Jacques Bugier, journaliste-écrivain (1953-2013) a rendu sa plume

  bugierPère de Julian Bugier, la “doublure” de David Pujadas sur France2, Jacques Bugier vient de mourir. Un hommage lui a été rendu vendredi en l’église de Cour-Cheverny (Loir-et-Cher). Jacques Bugier a rendu sa plume sans avoir fait la carrière de journaliste qui aurait du être la sienne. Brillant, cultivé, doté d’une écriture limpide souvent acerbe, exigeant, parfois exaspérant, toujours attachant, Jacques Bugier est passé à côté du meilleur. Par sa faute d’abord et aussi parce que des médiocres se sont employés à le brider. Alors, faute d’avoir servi à haut niveau dans ce métier, il a choisi de prêter ses talents à la chose politique. Lorsque nous l’avions rencontré sur ces terrains ces derniers temps, il ne nous avait pas semblé y avoir trouvé motif à aimer plus la vie.

Ch.B

L’article que lui a consacré le site Le Monde.fr :

“Journaliste, écrivain, proche de François Bayrou, dont il suivit la campagne présidentielle en 2007 et de l’ancien maire de Blois, Jack Lang, Jacques Bugier, ancien collaborateur régional du Monde à Blois est mort dans cette ville le lundi 10 juin à l’âge de 59 ans. Il y était né le 27 octobre 1953. Homme de lettres et de culture, original et singulier, il fut auteur de divers ouvrages et articles sur la politique, la vie culturelle et le patrimoine de sa ville du Loir-et-Cher, notamment pour La République du Centre et, de 1991 à 2008, pour le Monde.

“Un homme à l’intelligence déliée et au caractère sensible et fragile”, se souvient François Bayrou. Jack Lang décrit, lui, “un personnage”. L’ancien ministre de la culture et de l’éducation nationale avec qui Jacques Bugier collabora à une mission pour l’éducation artistique, se souvient d’un homme séduisant, complexe, ombrageux, aussi. Un journaliste, à la “plume incisive”, à l’esprit “indépendant”, doté d’une intelligence “intuitive, à plusieurs étages”, dit-il.

AMOUREUX DU MONDE ET DU MONDE

Amoureux du monde et du Monde, d’une sensibilité à fleur de peau, Jacques Bugier parlera avec nostalgie de ses premiers papiers pour le quotidien du soir qui “sentaient encore l’encre et le plomb.” Jérôme Godefroy, un ancien de RTL avec qui il a fréquenté le Centre de Formation des journalistes, rue du Louvre à Paris, se souvient d’un “gars très original”. “Une sorte de dandy qui se donnait parfois des airs cyniques qu’il n’avait pas”, dit-il. Mais aussi d’un homme “tellement fier du succès de son fils”, Julian, l’aîné de ses deux enfants, présentateur du Journal télévisé de France 2 à 20 heures, en tant que “joker” de David Pujadas.

Au-delà du journalisme, Jacques Bugier se passionnait pour la littérature et la politique. A défaut d’avoir pu écrire “ce grand livre” dont il parlait à ses amis, il sera l’auteur de plusieurs ouvrages, dont Les Enfances de l’art (Autrement, 2002) sur les classes à projet artistique et culturel, et Visages de Blois (éd. de Monza, 2001), préfacé par l’écrivaine Irène Frain avec qui il partageait sans doute, dit-elle, “la passion pour les patrimoines secrets”.

———————————————————–

La République du Centre, Le Monde, Jack Lang, François Bayrou

Jacques Bugier vient de quitter cette terre blaisoise et sa ville natale qu’il aimait et chérissait tant. Rapidement. Seul. En silence. Comme pour s’excuser de partir. Son cœur a brusquement lâché avant ses 60 ans programmés pour le 27 octobre prochain. Tout a été très vite dans cette vie qu’il a un peu brûlée, avec passion ou folie, au sens noble et positif du mot « folie », parfois avec excès, en en savourant, sans compter, tout ce qu’elle lui offrait, sous toutes ses formes, atouts, atours, séductions et appâts. Le baccalauréat à moins de 16 ans et voilà déjà Jacques Bugier dans la cour des grands. Bien avant les autres. Déjà.

 Cette rapidité d’esprit et de connaissances va guider toute sa vie au service du journalisme, d’abord à La République du Centre, sur le terrain à Blois, puis au secrétariat de rédaction au siège social à Saran, pendant des années, avant de claquer brusquement la porte, sans se retourner, car il avait déjà effectué le circuit complet de ce que pouvait offrir un journal de province. Il rêvait de grands titres. « Le Monde » en fit son correspondant régional pendant 17 ans.

 Il en profita, étant plus libre, sans les astreintes horaires d’un bureau ou la pression d’un chef carriériste, pour conquérir une forme de liberté en écrivant un livre-guide sur la Grèce, ce qui lui permit d’y séjourner longtemps. Il était amoureux de ce pays et fou de crocodiles. C’était le paradoxe de l’homme aux deux visages qu’il fut pendant près de quatre décennies où on le retrouve à la fois fan de Jack Lang, qui lui confia une mission sur l’éducation artistique, et de François Bayrou, avec qui il écrivit un livre dans le cadre des élections présidentielles de 2007. Les deux anciens ministres de l’Éducation nationale lui ont rendu un hommage appuyé dans « Le Monde ». PS et Modem. Gauche et Centre.

Jacques Bugier, fidèle en amitié, n’a jamais choisi vraiment et laissait ses relations le faire pour lui. On aimait beaucoup l’homme et on arrivait, des fois, à le détester fortement tant il savait ou pouvait se montrer hautain, cassant, incisif, moqueur, faux cynique, tourmenté et écorché vif, mais toujours dans la limite de la bienséance et du fair-play mariné à la sauce franco-british et au calme de La Loire. Cette forme d’originalité, c’était peut-être cela l’esprit d’indépendance qu’il voulait servir ou se donner, sans compter. Plus en carapace ou en armure qu’en façon d’agir. Avec un œil ouvert sur son entourage. Comme les crocodiles.

 

Puits de sciences, souvent touche-à-tout, Jacques Bugier, un peu dandy, comme le confie l’un de ses amis issus de la même promotion que lui au centre de formation des journalistes de la rue du Louvre à Paris, ne laissait personne vraiment indiffèrent. On ne le verra plus, cigarette aux lèvres, effectuer sa revue de presse en terrasse des cafés de Blois en buvant l’un des nombreux expressos de la journée. Il ne traversera plus, avec nonchalance étudiée, le marché du samedi, place Louis XII à Blois. Restent ses écrits « Les enfances de l’art » (Autrement 2002) et « Visages de Blois » (De Monza 2001), avec une préface d’une autre locale, la vendômoise Irène Frain, ou son blog « Conversations dans le Loir-et-Cher », suivi par bon nombre de ses fans, car il en avait, son talent littéraire naturel étant servi par une plume fine et intelligente.

 

Depuis deux ans, Jacques se réjouissait de la carrière télévisée de son fils aîné, Julian, qui éclata, au grand jour, en remplaçant David Pujadas, sur France 2, au journal de 20 heures. Il voyait, en cette réussite, se profiler une carrière dont il avait rêvé un instant, tout jeune, et il en souffrait un peu, sans l’exprimer, mais sans en être « jaloux ». « J’en suis très fier. Louise, ma fille, développe des talents de photographe et elle sera, peut-être, aussi, journaliste, un jour ».

 

Jacques Bugier adorait sa famille, ses vrais amis et Cour-Cheverny. Il y repose, dorénavant en paix avec lui-même, définitivement depuis le vendredi 14 juin dernier. Trop tôt ! Trop vite !

   Richard ODE

 

Ce que Jacques Bugier pensait du Monde il y a quelques années.

Commentaires

Toutes les réactions sous forme de commentaires sont soumises à validation de la rédaction de Magcentre avant leur publication sur le site. Conformément à l'article 10 du décret du 29 octobre 2009, les internautes peuvent signaler tout contenu illicite à l'adresse redaction@magcentre.fr qui s'engage à mettre en oeuvre les moyens nécessaires à la suppression des dits contenus.

Comments are closed.

Recevez chaque jour les nouveaux articles par e-mail

Votre e-mail ne sera communiqué à aucun tiers et servira uniquement à vous envoyer les titres chaque jour par e-mail