“Jeune et jolie” ou l’adolescence inexpliquée

jeune et jolie 2Bien sûr la question que se pose le spectateur tout le long du film, c’est pourquoi ?, pourquoi une adolescente de 17 ans, certes jeune et jolie mais qui n’a pas besoin d’argent, a des parents cools et fréquente un bon lycée parisien, décide de se prostituer ?
A première vue, Ozon nous propose des explications bien superficielles (comme le sont ses personnages), voire des poncifs: des parents un peu trop bobos qui fument des pétards en vacances, un père absent, internet, la télé, la conduite coupable de la mère avec un ami, tout ça n’est pas très convaincant !
Mais il y a le personnage d’Isabelle-Léa, l’adolescente par qui le scandale arrive, qui petit à petit nous intrigue parce que justement elle n’a rien à dire, pas d’explication à donner. Et le film prend alors toute sa dimension sur ce thème de l’adolescence, de ces défis inconscients que l’on se donne à cet age, ô combien fragile. Au delà de la prostitution et de son défilé de clients libidineux, le film parle avec une grande justesse de l’ inexplicable fragilité de cet age où l’on cherche sa “valeur” comme le souligne le psy de service.
Il y a les ados “normaux” de la soirée normale avec alcool, drogue et sexe, et puis il y a ceux et celles qu’aucun danger n’arrête dans leur dépassement des interdits, dans ce sentiment de liberté à l’entrée de l’age adulte…
L’actrice Marine Vacth incarne superbement ce personnage mutique et sans pudeur dans un rôle parfaitement maitrisé.
Dommage que la fin, avec Charlotte Rampling, nous livre une “morale” un peu laborieuse…

Gérard Poitou
Un film de François Ozon  (1 h 34) avec Marine Vacth

http://www.youtube.com/watch?v=m9lLtOxlQDY

Et n’oubliez pas de relire le magnifique poème de Rimbaud “On n’est pas sérieux quand on a dix sept ans” qui donne toute sa dimension au film.

I

On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
– Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
– On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L’air est parfois si doux, qu’on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits – la ville n’est pas loin –
A des parfums de vigne et des parfums de bière….

II

– Voilà qu’on aperçoit un tout petit chiffon
D’azur sombre, encadré d’une petite branche,
Piqué d’une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche…

Nuit de juin ! Dix-sept ans ! – On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête…
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête….

III

Le coeur fou Robinsonne à travers les romans,
Lorsque, dans la clarté d’un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l’ombre du faux col effrayant de son père…

Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d’un mouvement vif….
– Sur vos lèvres alors meurent les cavatines…

IV

Vous êtes amoureux. Loué jusqu’au mois d’août.
Vous êtes amoureux. – Vos sonnets La font rire.
Tous vos amis s’en vont, vous êtes mauvais goût.
– Puis l’adorée, un soir, a daigné vous écrire…!

– Ce soir-là,… – vous rentrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade..
– On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu’on a des tilleuls verts sur la promenade.

29 sept. 70    Arthur Rimbaud

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