Exclusif: l’Orléanais Yann Moix prix Renaudot à Magcentre, “Orléans fut une prison et une source d’évasion…”

 

moix3Avec son pavé controversé, certains disent “indigeste”, l’Orléanais Yann Moix vient de décrocher le prestigieux prix Renaudot. Pour Magcentre, Françoise Caries avait interviewé Yann Moix qui, à cette occasion avait évoqué sa jeunesse à Orléans en expliquant, “je suis marqué par mes origines”.  Retour sur cette rencontre.

Avant d’aborder « Naissance », le dernier livre de Yann Moix, il faut se préparer à cette lecture et mesurer l’énormité du défi qu’on se lance. Il faut d’abord surmonter l’hésitation qui vous saisit devant l’étal du libraire : Ce pavé à la couverture jaune pâle compte plus de mille pages, 1140 exactement. Impressionnant ! 1,3kg quand même ! Cela vous rend dubitatif. La main avance, se rétracte, délibère avec le cerveau avant de se saisir du volume. Il faut ensuite admettre que le parcours dans lequel Moix entend vous entraîner ne s’effectuera pas d’une seule traite, que vous allez ouvrir votre bourse pour vous faire souffrir, longuement, durablement. Mais ces noires perspectives peuvent être balayées par l’idée qu’à réussir cette angoissante traversée en solitaire vous pouvez en retirer un grand plaisir et beaucoup de satisfaction.

Verve flamboyante

moix3Sans doute faudra-t-il vous offrir des escales et prendre quelques chemins de traverse tant le propos est luxuriant et la verve flamboyante. L’auteur ne nie pas que cela puisse être nécessaire et ne s’en offusque pas. Il est écrivain, un vrai pro qui s’autorise toutes les libertés, saisit toutes celles qui passent à sa portée et reconnait les mêmes droits à ses lecteurs dont il accepte en jubilant « qu’ils le lisent différemment des autres ». C’est le but revendiqué de sa création. Il est passé maître dans l’art de botter les fesses aux fausses valeurs qui encombrent le paysage. Il aime bien les bousculer quitte à prendre en retour quelques dégelées.

Flèches affûtées

Le ronron éditorial n’a qu’à bien se tenir. Il l’aura à l’estomac et pour la répartie on peut lui faire confiance, preuve en est sa prestation dans l’émission « Salut les terriens » de samedi soir. Sur Hollande, Mélenchon, Eric Zemmour, Stéphane Guillon et quelques autres, il a décoché avec adresse des flèches soigneusement affûtées.

MoixYann Moix n’est pas facile, du moins en a-t-il la réputation .Il jongle avec des emplois du temps surbookés, avec une insatiable curiosité qui ne lui laisse aucun répit, avec un formidable appétit des livres et un besoin d’excellente musique. Pour le rencontrer, il faut aller le chercher chez lui près de la Porte de Clignancourt à Paris, dans un appartement très clair et zen qu’il souhaite vendre pour aller ailleurs et « s’enfoncer plus avant dans le réel ».

F.C

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Interview de Yann Moix pour Magcentre.fr

 moix2Ce livre « Naissance » vous l’avez écrit avec vos tripes ?

Yann Moix. “Oui, j’avais des choses à dire. J’y ai tout mis, je n’ai rien ôté. Ca a pris la place que ça a pris. La longueur est un faux problème. J’avais besoin de faire ce travail. La parole compte plus que le style. Je suis allé d’avant en arrière. Je crois qu’on ne peut avancer qu’en se retournant. Dans mon travail il n’y avait pas de calcul littéraire. J’écrivais indépendamment des conséquences. Plus j’avançais plus je me sentais libre. Il y a eu à moment donné un virage, un déclic, peut- être des endorphines excitantes secrétées par mon corps où tout me paraissait possible. J’étais comme un skieur qui découvre une immense étendue blanche et qui y imprime sa trace. Je me faisais plaisir.”

Vous ne craigniez plus d’être dans l’excès ?

Yan Moix. “Surement pas. Notre époque a oublié ou a tendance à oublier que l’excès est à la base du roman. Victor Hugo, Flaubert n’ont jamais reculé devant l’excès. Je suis sorti de l’esprit de sermon qui domine. La société actuelle se dilue dans les petites phrases, c’est la société du tweet-tweet. J’avais l’ambition de faire quelque chose qui a du coffre.”

Dans ce livre vous explorez la distance qu’il y a entre votre naissance biologique et votre naissance dans le monde…..

Yann Moix. “Le sujet du livre, c’est l’écart, le delta, qu’il y a entre les géniteurs et les parents, les passeurs, ceux qui vous révèlent à vous-même. Qui est le père de Picasso ? Son père biologique ou Rembrandt ? Tant qu’on n’a pas trouvé sa place on est hors sujet. Après on souffre pour de bonnes raisons. Il ne s’agit pas de tuer le père mais le fils, de nepas toujours tout ramener à sa condition biologique à ses gènes à sa détermination, de laisser tout cela derrière soi. On peut naître et renaître d’une passion, pour une femme, une voiture …., d’ une obsession, d’une rencontre, d’une parole”

 Vos parents habitent toujours Orléans où vous êtes né en 1968 et où vous avez grandi ?

Yann Moix. “Oui et je ne les reverrai jamais. Je les ai laissés derrière moi. Orléans compte beaucoup pour moi. Ce fut à la fois une prison et une source d’évasion. Les contraintes de la vie provinciale furent une source de création. En province le temps et l’argent n’ont pas la même valeur qu’à Paris. On voit le temps passer, il a une qualité autre que dans la capitale. A Paris le matin vous partez avec 100 euros, le soir il ne vous reste plus rien. A Orléans, vous n’aurez pas eu à faire des dépenses dévoreuses. Je suis un écrivain d’Orléans comme Jules Vernes est de Nantes. Je suis marqué par cette origine, je ne sais pas bien comment, c’est un ensemble de choses et de gens qui se rejoignent, une cohérence qu’il me faut approfondir”

 Vous vouez un véritable culte à un autre écrivain d’origine Orléanaise….

Yann Moix. “Immense écrivain à qui l’humour ne faisait pas peur, l’humour qui est une machine de guerre pour atteindre le réel. Péguy écrivait merveilleusement de façon claire et précise, piochant dans la pensée pour la rendre la plus précise possible. Personne n’a encore porté cette façon d’écrire dans le roman. Péguy avait le courage d’être.”

 Ce livre appelle-t-il une suite ?

Yann Moix.Oui mais pas tout de suite. Cela s’appellera ZOO et parlera de l’adolescence. Il y aura un ouvrage intermédiaire sur les dates clé du vingtième siècle, sortie en 2014. Je prépare aussi un Dictionnaire amoureux du jazz .

Propos recueillis par Françoise Cariès

Naissance : roman chez Grasset, 1140 pages, 26 euros.

 

 

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