Gérard Larcher: “Je ne veux pas que Chambord devienne le Mont-Saint-Michel”

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« 5440 hectares soit autant que la superficie de Paris intra-muros, ceinturés par un mur aussi long que le périphérique. Chambord, c’est un domaine architectural et naturel unique, le seul domaine royal qui nous soit parvenu intact. Il est unique vraiment unique ce qui lui a valu son classement au patrimoine de l’Unesco dès 1981 ».

Dans les yeux de Gérard Larcher brille sa passion pour le château et les forêts qui l’entourent. Cet ancien président du Sénat, sénateur maire UMP de Rambouillet, vétérinaire de formation et de profession, un temps président départemental d’une fédération de chasse, a été nommé pour cinq ans en janvier 2012 président du Conseil d’administration de l’ établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) qui gère ce domaine national.

IMG_0003Créé en 2005, aiguillonné par la Cour des Comptes en 2010, cette structure administrative s’est attelée à la mise sur pied et à la réalisation « d’un plan global de développement du domaine à la hauteur de son patrimoine culturel ».

Valorisation vers le haut 

Qu’on se le dise, il est bien terminé le temps où Chambord, son château, son village, sa forêt, sa réserve naturelle et son mur d’enceinte, rachetés aux Bourbon-Parme pour onze millions de francs or le 13 avril 1930 était géré vaille que vaille par huit administrations et établissements différents (ministère de la Culture, ministère de l’Agriculture, ministère de l’Environnement, ministère des Finances, ministère de l’Equipement, Centre des monuments nationaux, Office national des forêts, Office national de la chasse et de la faune sauvage).

Le domaine de Chambord se visite aussi.

Le domaine de Chambord se visite aussi.

Le domaine national de Chambord est désormais doté d’une gestion moderne qui doit le propulser dans le top ten des monuments historiques européens et en faire, pourquoi pas, un concurrent de Versailles. Ni plus ni moins. « Je ne veux pas que Chambord devienne le Mont Saint-Michel », déclare Gérard Larcher, autrement dit oui à la foule des visiteurs mais pour des spectacles de qualité, (le son et lumière va être repensé), pour un château mis en valeur et pour une autre offre de découverte du domaine forestier associé dans la gestion de son patrimoine cynégétique à celle des grands domaines équivalents en Europe en particulier belges très en pointe et efficaces. Les 4/5e de la forêt ont toujours été réservés à la chasse, jusqu’en 2005 aux chasses présidentielles abandonnées depuis Nicolas Sarkozy, ne laissant que 700 hectares ouverts au public.

L’image brouillée

Philippe Martel, ancien directeur général du site de 2004 à 2009, le reconnaissait : « La partie de la forêt actuellement ouverte (…) n’est ni la plus belle, ni la plus intéressante. Elle est, de plus, relativement éloignée du château et pas du tout signalée, ce qui réserve sa fréquentation aux habitants de la région connaissant bien Chambord. »

IMG_3089En 2010 la Cour des comptes déplorait aussi une politique de constitution des collections qui, en voulant effacer l’image d’un château vide et justifier le paiement de la visite des intérieurs, a abouti à « une grande hétérogénéité des collections présentées qui contraste avec l’homogénéité du bâti et brouille l’image « Renaissance du château ».

Il faut donc tout revoir, « donner beaucoup plus d’éclat au site, le médiatiser » et l’Etat manquant d’argent, « faire appel au mécénat », ne cache pas Gérard Larcher qui s’appuie également sur un rapport du préfet Andrieu, dont il s’est entretenu avec tous les membres du Conseil d’administration auquel participent des représentants desquatre ministères de tutelle (culture, budget agriculture, environnement) , le préfet, le président du Conseil général du Loir-et-Cher et le maire de Chambord entre autres

Le grand chambardement passe mal

Si Gérard Larcher et le Conseil d’administration décident, sur place c’est, Jean d’Haussonville, directeur du domaine depuis janvier 2010 qui orchestre la réalisation des décisions « avec talent », se réjouit Gérard Larcher. Il espère que le directeur aboutira rapidement à un accord avec le maire et les gens du village. Pas très simple pourtant. Comme tout est unique à Chambord, la commune l’est aussi : tous ses bâtiments de la mairie aux habitations, le cimetière, les commerces et les cours de tennis appartiennent à l’Etat seul propriétaire. Le maire et ses 137 administrés locataires sont désormais gérés par l’EPIC. Inacceptable pour l’élu. Comme au temps de Pépone et de Don Camillo, il y a donc à Chambord deux patrons, le maire, André Joly et le directeur, Jean d’Haussonville.

L’orage ne pouvait qu’éclater. Ce fut à la fin août quand les habitants et les commerçants du village furent sommés par courrier de signer des conventions d’occupation avec le domaine. Eux qui jusque-là payaient au fisc des loyers en vertu de beaux commerciaux ou d’habitation en eurent les sangs tout retournés.

Le St Michel résiste toujours

Pour les habitations, les conditions financières ne changeant pas et la moitié des 42 logements étant occupés par des employés du domaine, la modification ne posa guère de problème bien qu’aux dernières nouvelles une quinzaine d’habitations hésiteraient encore à s’exécuter. Du côté des commerçants la pilule était plus dure à avaler. Il ne leur était plus demandé un loyer mais 12% de leur chiffre d’affaires. Anne-Laure Fistahl, par exemple, est très remontée.

Gérard Larcher.

Gérard Larcher.

A deux pas du château, elle exploite l’hôtel du Grand Saint-Michel détenu par sa famille bien avant que l’Etat nationalise. « Que le domaine cherche à se développer nous le comprenons parfaitement. Mais un passage en force sans aucune concertation, non », maintient cette maîtresse femme, par ailleurs conseillère municipale. Les jours du Grand Saint-Michel qui sent bon la province et pratique des nuitées à prix modestes sont sans doute comptés. L’EPIC songe sérieusement à le remplacer par un établissement de grand standing. Difficile à accepter.

Les Chamborigènes

Le maire, André Joly, sans étiquette, que soutiennent de nombreux élus ruraux du Loir-et-Cher et le FN, a failli s’étrangler quand l’EPIC a exigé qu’il signe des conventions pour la mairie, l’église, la salle des fêtes, le terrain de sport, en un mot tous les biens immobiliers de la commune. « Demain, les habitants de notre village ne seront plus que des Chamborigènes auxquels les touristes jetteront des cacahuètes », répète –il à tout vent.

Gérard Larcher qui se retranche derrière Jean d’Haussonville à qui il revient, il est vrai, d’avoir les mains dans le cambouis sur le terrain pourrait, lors du prochain Conseil d’administration en décembre, se trouver devant une situation plus compliquée qu’il l’envisage depuis son bureau sénatorial. Il va falloir proposer des ajustements et trouver un « médiateur » qui pourrait être le préfet.

Françoise Cariès

 

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