Robillard, en chemin et à domicile

Fusil

Dans le cadre de l’exposition André Robillard et l’Art Brut au musée des Beaux-Arts d’Orléans, Henri-François Imbert présentait ce jeudi 24 octobre son film André Robillard, en chemin.

Après André Robillard, à coup de fusils, film qui retraçait le parcours de l’artiste lors d’un voyage à Cologne en Allemagne, le réalisateur revient sur ses rapports plus personnels avec Robillard, les deux hommes se connaissant depuis une vingtaine d’année.

Au cours d’entretiens informels, l’artiste connu pour ses fusils si singuliers décidément si aptes à « tuer la misère » confie son ressenti et son itinéraire si particulier.

Preuve à l’appui, les portraits de ses bienfaiteurs « sans qui peut-être rien ne serait arrivé », dans un coin de son atelier. Paul Renard d’abord, qui le premier envoya un fusil de son patient à Lausanne, puis Jean Dubuffet,  théoricien de l’Art Brut qui « l’adouba » comme un digne représentant de cette indiscipline qui nécessite un total mépris de toute connaissance, de tout héritage et de toute contrainte artistique. Fût-elle esthétique. Mais Dubuffet n’est pas né critique d’art, il était marchand de vin !

De scène en scène, André Robillard se raconte, parle de son univers, l’hôpital psychiatrique, et exprime avec ses mots les progrès accomplis au sein des institutions psychiatriques, le passage de la camisole au médicament. Henri-François Imbert, lors des entretiens qui suivent cette avant-première confie son hésitation initiale de présenter en parallèle de ce film les avancements réalisés en matière de thérapie pour la maladie mentale (l’art-thérapie, évoquée indirectement mais aussi la zoothérapie) pour revenir finalement à un fil narratif plus instinctif.

Car Robillard a fait sienne la pensée de Montaigne qui écrivait « Mon métier et mon art, c’est vivre ». L’artiste, quand il parle de « contre-attaquer », lutter contre la misère, ne parle pas des 200 euros qu’il fixe arbitrairement pour la vente d’un fusil, mais bien d’une misère extra-matérielle, de la misère de la condition humaine, de l’existence à l’inexistence, aux yeux de soi autant qu’aux yeux des autres.

De son fauteuil perché au sommet de la salle, on pouvait l’entendre : « Aujourd’hui Dieu est avec moi ! ».

Et Robillard de le prouver, improvisant une interprétation personnelle de la marseillaise armé d’une boite de bonbon et muni de cartouches à l’extrémité de ses doigts dans la fin du film.

L’exposition du Musée présente une centaine d’œuvre, dont les fameux fusils de Robillard mais aussi des dessins, principalement d’animaux et concernant l’univers spatial, autre centre d’intérêt majeur pour lui.

Jean Dubuffet, sentant la mort venir, avait contacté le ministère de la culture français pour faire don de sa collection de près de 5 000 œuvres. C’est finalement à Lausanne qu’elle a atterri, accueillie les bras ouverts en 1971 et ouverte au public pour la première fois en 1976, « une véritable perte pour le patrimoine culturel français » d’après la direction de l’exposition.

L’exposition est ouverte au public du 24 octobre 2013 au 26 janvier 2014

Nicolas Pons






Recevez chaque jour les nouveaux articles par e-mail

Votre e-mail ne sera communiqué à aucun tiers et servira uniquement à vous envoyer les titres chaque jour par e-mail