A propos de “L’argent” et de Charles Péguy

 PeguyTandis que nous publiions deux extraits de “‘L’Argent” de Charles Péguy dont la teneur est plus que jamais d’actualité, Jean-Pierre Sueur craignait sur son site (www.jpsueur.com) qu’Orléans ne se souvienne pas de ce livre ” qu’il y a un siècle exactement – en 1913 –, Charles Péguy publiait dans Les Cahiers de la Quinzaine, ce livre, L’Argent, qui prend sa source et son sens à Orléans, ce livre dont certaines pages auront marqué notre littérature, auront été citées partout, sont devenues des symboles, et qui n’existerait pas, n’aurait pas de sens, si Péguy n’avait pas vécu à Orléans son existence singulière.

L’Argent, nous rappelle le sénateur du Loiret, c’est d’abord ce que montrait le second extrait que nous avions choisi,” un hymne au travail bien fait et à la probité de l’artisanat du faubourg de Bourgogne : « J’ai vu toute mon enfance rempailler des chaises exactement du même esprit et du même cœur, et de la même main, que ce même peuple avait taillé ses cathédrales ».

L’Argent, c’est un hymne à l’Ecole Normale d’Orléans, faubourg de Bourgogne, qui était « le foyer de la vie laïque, de l’invention laïque dans tout le département » et qui « était un modèle en cela et en tout pour les autres départements ». « Le jardin était taillé comme une page de grammaire et donnait cette satisfaction parfaite que seule peut apporter une page de grammaire. Les arbres s’alignaient comme de jeunes exemples. (Avec seulement le jeu d’exceptions qu’il faut, les quelques exceptions qui confirment la règle) ».

L’Argent, c’est, bien sûr, un hymne aux « hussards noirs de la République » qu’étaient les normaliens et les instituteurs : « Nos jeunes maîtres étaient beaux comme des hussards noirs. Sveltes, sévères, sanglés. Sérieux et un peu tremblants de leur précoce, de leur soudaine omnipotence ».

L’Argent, c’est un hymne à l’école annexée à l’Ecole Normale qui servait d’école d’application où Charles Péguy fut élève et où les normaliens apprenaient leur métier – et « c’était une grande question parmi les bonnes femmes du faubourg de savoir si c’était bon pour les enfants, de changer comme ça de maître tous les lundis matin ».

L’Argent, c’est un hymne à Théophile Naudy, le directeur de l’Ecole Normale qui envoya Péguy faire des études, qui attrapa le petit Péguy « par la peau du cou » et déclara : « Il faut qu’il fasse du latin » – si bien que lui, issu du peuple, fut élève du lycée Pothier, puis de l’Ecole Normale Supérieure. Péguy sait qu’il n’aurait jamais été l’écrivain qu’il fut sans Naudy. Il sait ce qu’aucun « fils de bourgeois qui entre en sixième n’aurait pu comprendre » : « J’étais déjà parti, j’avais déjà dérapé sur l’autre voie, j’étais perdu quand M. Naudy, avec cet entêtement de fondateur, avec cette sorte de rude brutalité qui faisaient vraiment de lui un patron et un maître, réussit à me ressaisir et à m’envoyer en sixième ».

L’Argent, c’est un hymne à l’enseignement primaire et secondaire – aux maîtres qu’eut Péguy à Orléans – et, concomitamment, une diatribe contre la Sorbonne, les sorbonnards et le « monde moderne », sujet d’une colère qui s’étendrait sur des centaines de quatrains d’Eve.

L’Argent, c’est un hymne à l’enfance. « Nous étions des petits paysans sérieux de cette ville sérieuse ». Charles Péguy quitte le faubourg pour se rendre au catéchisme à Saint-Aignan ; il parcourt la rue de l’Oriflamme et « traverse le cloître froid comme une cave sous les marronniers lourds ». Il écrit : « Nos jeunes vicaires nous disaient exactement le contraire de ce que disaient nos jeunes élèves-maîtres (…) Nous ne nous en apercevions pas. La République et l’Eglise nous distribuaient des enseignements diamétralement opposés. Qu’importaient, pourvu qu’ils fussent des enseignements ».

Et le sénateur de conclure, L’Argent “est une nouvelle illustration du fait que Péguy est résolument inclassable. Il refuse tous les dogmes. Sa pensée est ouverte et c’est pourquoi il reste d’une singulière actualité.”

les Editions des Equateurs viennent de republier cette œuvre qu’on peut donc facilement se procurer et autour de laquelle il serait bon d’organiser une lecture et un débat à Orléans plus que partout ailleurs.

F.C..






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