Veillée d’armes pour les favoris des prix littéraires

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Novembre est le mois des prix littéraires. Chaque année le Goncourt ouvre le bal, le Renaudot, le Fémina, le Médicis, l’Interallié suivent avec le Goncourt des lycéens, quelques autres viennent ensuite dont on parle moins mais qui sont tout autant attendus par les auteurs, les éditeurs, les libraires et les lecteurs. Quelques grandes brasseries parisiennes, le Flore, Lipp, le Weppler ont récemment créé le leur et le prix décembre inspiré par le mécène Pierre Berger fait la nique à tous ceux de novembre.

                                                                      Le 6 novembre à 13h, le Goncourt

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Amélie Nothomb.

Pour le microcosme littéraire, la Toussaint n’est pas que le jour des morts, c’est aussi une veillée d’armes. Malins et parce que c’est la tradition, tous les jurys ont publié la courte liste dans laquelle ils feront leur choix, l’ultime sélection avant le verdict définitif. Pour le Goncourt dont le lauréat sera connu le 6 novembre aux environs de 13 heures, ils sont quatre auteurs sur le grill, trois hommes et une femme : Karine Tuil avec « L’invention de nos vies » explore la question de l’identité communautaire et des faux-semblants chez Grasset qui a obtenu le Goncourt pour la dernière fois en 2005. Jean-Philippe Toussaint clôt avec « Nue » chez Minuit un cycle romanesque à l’univers poétique, fantaisiste et sensible. Frédéric Verger présente « Arden » chez Gallimard, un premier roman exubérant qui se situe dans un pays imaginaire en guerre. Enfin Pierre Lemaitre avec « Au revoir Là-haut » chez Albin Michel, donné grand favori, figure aussi parmi les lauréats possibles du Renaudot et du Fémina et caracole déjà en tête des ventes.

                                                                      La forêt des livres

livre1Ces happy few dont tout le monde parle ne doivent pas faire oublier la riche forêt des livres bien vivace quoi qu’on en dise. Entre la fin août et la mi-octobre, 1,15 millions d’ouvrages estampillés « Rentrée littéraire » se sont vendus, générant un chiffre d’affaires de 22,3 millions d’euros selon une étude de l’Institut GfK Consumer Choices. La majorité des 555 romans français et étrangers de la rentrée étaient proposés par les éditeurs en format papier et en version numérique. Cette dernière représente 4,5% du marché soit une augmentation sensible par rapport à la part estimée pour l’ensemble de l’année 2013.

fakirComme en 2012 le palmarès est dominé par Amélie Nothom avec « La nostalgie heureuse » (Albin Michel) , 92 600 volumes papier écoulés et 3 530 versions numériques. Viennent ensuite beaucoup d’habitués des rentrées littéraires et des meilleures ventes, tels Jean d’Ormesson, Eric-Emmanuel Schmitt, Yasmina Khadra, Chantal Thomas, Richard Ford, Jean-Louis Founier et Claudie Gallay. Le premier roman de Romain Puértolas « L’extraordinaire voyage du Fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikéa » (Le Dilettante) a créé la surprise en s’emparant de la troisième place du hit- parade. Il s’est écoulé 45 000 exemplaires papier de ce roman digne des épopées picaresques et 2 060 versions numériques. Les Renaudot l’ont repéré et inscrit parmi leurs finalistes.

                                             La ballade des poilus

livreComment faire du neuf avec la grande guerre après Georges Duhamel, Maurice Genevoix, Roland Dorgelès, Henri Barbusse, Jean Giono et bien d’autres. Pierre Lemaitre qui vient du polar y a parfaitement réussi dans « Au revoir là-haut ». Il ne s’intéresse pas aux morts mais aux survivants, à ces revenants, ces humiliés, ces oubliés envers qui la société des Années Folles n’est pas reconnaissante, c’est peu dire ! « Il y a une dizaine d’années, un matin de 11 novembre je suis passé devant un monument aux morts. Le maire lisait les noms qui y figuraient dessus en ajoutant après chacun d’eux, « mort pour la France. J’ai ressenti un sentiment de profonde injustice envers eux. Je me suis fait la promesse de m’intéresser à eux. Pour autant je n’ai aucun compte à régler avec cette guerre, je n’ai perdu personne de ma famille, c’est juste un rendez-vous de la vie que je me suis fixé, parmi d’autres » dit Pierre Lemaître.

                                           Bras d’honneur à la société

Avec une douce ironie, « Au revoir là-haut » fait le portrait d’une époque où l’ingratitude domine .Les soldats démobilisés ont eu droit pour solde de tout compte à un manteau qui déteint à la première pluie ou à 52 francs de l’époque. Les estropiés doivent se débrouiller. Non seulement on ne les reçoit pas mais on les rejette. Edouard, l’un des héros principaux refuse ce mépris . Alors qu’il a perdu une partie de sa face, il refuse une prothèse et dit au médecin qu’il préfère retourner à la vie civile avec « cette tête- là ». Il monte une extraordinaire arnaque qui est un suprême bras d’honneur à cette société qui l’a trahi.

« Au revoir là-haut » n’est pas à proprement parler un roman historique mais une belle fresque dessinée par un maître du suspense.

Françoise Cariès

 






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