Audace et diversité avec Traverses, 14e Semaines Chorégraphiques d’ Orléans

 

Rosa , par Nina Dipla. Photo: Jérôme Tisserand

Rosa , par Nina Dipla. Photo: Jérôme Tisserand

Le Centre chorégraphique national d’Orléans organise du, 28 novembre au 7 décembre, un festival de danse contemporaine en lien avec différents sites culturels de l’agglomération. Poignante Nina Dipla, étourdissante et poétique performance d’Anne Perbal.

En 1999, Josef Nadj et le Centre chorégraphique national d’Orléans faisaient le pari de proposer au public orléanais, le temps d’un festival,un panorama de la nouvelle scène chorégaphique européenne.Cette année, du 28 novembre au 7 décembre, le festival Traverses célèbre sa quatorzième édition. Plus que jamais, il s’agit pour ses concepteurs de favoriser l’émergence de nouvelles formes artistiques”. A la confluence des arts de la danse et du théâtre, de la musique et de l’image, Traverses privilégie la curiosité, l’audace et la diversité.

Comme l’an passé, c’est de manière itinérante, au Centre chorégraphique et dans plusieurs lieux de l’agglomération, que se décline l’édition 2013.

“Lieux de partage, de découverte et de convivialité, ce sont avant tout des espaces d’expression pour des chorégraphes, débutants ou confirmés,qui livrent ainsi au public le résultat de leurs expériences et de leurs recherches” expliquent les organisateurs

Inattendu, poétique et surprenant

Inattendue, poétique et surprenante, la programmation 2013 se veut “un regard sur l’actualité”. La danse comme témoignage du monde : c’est ainsi que Josef Nadj et le CCNO, maîtres d’œuvres de la manifestation,conçoivent ainsi ce parcours de découverte. Des recherches formelles de la compagnie Toujours après minuit (Change or die, Avant-propos) autour des textes de Robert Walser à à Nina Dipla (Rosa,  une œuvre inspirée  de la situation grecque), en passant par  Nasser Martin-Gousset (Le Visiteur), les chorégraphes proposent donc un instantané du “monde tel qu’il est”.

Dans une veine plus intimiste, Thierry Baë (Sad Songs) et la Compagnie Affari Esteri (Embrace) questionnent avec intensité le rapport à “L’autre”.

Deux femmes chorégraphes – Veronica Vallecillo (Le vrai faux film muet qui vous parle) et Anne Perbal (Phasme) - travaillent de leur côté la danse comme un appel aux sens.

“Danser ici et maintenant, partager avec tous, telles sont  les missions que s’est fixé le festival Traverses” explique le Centre chorégraphique national d’Orléans.

 Avant de conclure:Pour que la danse soit, encore et toujours, un espace d’expression, une manière de vivre ensemble, une occasion exceptionnelle de se rencontrer.”

Demandez le programme !

Change or die, par Toujours après minuit. Photo: Brigitte Eymann

Change or die, par Toujours après minuit. Photo: Brigitte Eymann

– “Change or die”, compagnie Toujours après minuit (Brigitte Seth et Roser Monttlo Guberna).

En puisant dans l’œuvre littéraire de Robert Walser, les chorégraphes Brigitte Seth et RoserMontlló Guberna interrogent sans relâche la place de l’homme dans le monde contemporain.Auteur méconnu, le Suisse Robert Walser (1878-1956), dont la vie s’écoula entre petits boulots et publications discrètes, pose, à travers des textes irrigués d’une déconcertante désinvolture, des questions existentielles fondamentales. 

Jeudi 28 novembre, 20h30, Scène nationale d’Orléans.

 

“Embrace”, compagnie Affari esteri (Edmond Russo et Schlomi Tuizer).

 

 

Embrace par Cie Affari Esteri. Photo: Agathe Poopeney.

Embrace par Cie Affari Esteri. Photo: Agathe Poopeney.

Avec Embrace, variation rock et poétique à deux personnages, Edmond Russo et Shlomi Tuizer posent la question du “Moi”. De son existence corporelle et psychologique. De son authenticité. De son rapport à l’“Autre”. “To embrace”, en anglais, signifie en effet “enlacer” mais également“contenir” et “comprendre”. C’est cette complexité polysémique que les deux chorégraphes et danseurs fouillent avec précision. Sur scène, ils sont l’un à côté de l’autre, puis l’un face à l’autre et enfin l’un avec l’autre.

Vendredi 29 novembre, 20h30,| Scène nationale d’Orléans

– “Rosa”, Nina Dipla

 

Nina Dipla est grecque mais elle vit à Paris. Régulièrement, elle revient dans son pays d’origine.Frappée par la violence du cataclysme grec, bouleversée par la fragilité dans laquelle les femmes de son pays ont été précipitées, Nina Dipla impose, avec Rosa, une chorégraphie du dépouillement. Les femmes d’Athènes ou de Thessalonique, la ville natale de Nina Dipla, qui autrefois couraient les grands magasins, fouillent aujourd’hui les poubelles. Rosa, spectacle cru et brutal à l’image de la crise hellène, s’impose donc comme une progressive descente aux enfers. Rosa, c’est un personnage – une femme – seul en scène. Un corps qui s’impose dans l’espace. Un corps tout d’abord socialement valorisé, apprêté, qui traverse le plateau (le monde) d’une démarche hautaine. Puis Rosa dégringole. Et c’est la déchéance : économique,

morale, psychologique. Jusqu’au dénuement absolu. 

Samedi 30 novembre, 20 h 30, Centre chorégraphique national d’Orléans.

 

– “Sad songs”,compagnie traits de ciel,Thierry Baë.

 

Véritable équilibriste, toujours à la recherche d’une forme nouvelle, Thierry Baë est adepte d’une chorégraphie qui travaille autour de l’identité. Avec Sad Songs, dans cette belle

économie de moyens qui révèle nécessairement la profondeur de son travail, il provoque une nouvelle fois une série de questionnements tout en favorisant un merveilleux enrichissement de nos sens. Faisant fi de toute certitude en matière de danse (et d’art), Thierry Baë accueille à bras ouverts toutes les disciplines connexes à la chorégraphie (l’art de l’acteur, la liberté du musicien) pour élaborer un spectacle à deux personnages qui travaille l’idée même de la complexité. 

Mardi 3 décembre, 20h30, Le Bouillon ,Centre culturel de l’Université, Orléans La Source.

– “Le Visiteur”,  remake, Nasser Martin-Gousset.

 

 

Le Visiteur, par Nasser Martin Gousset. Photo: Agathe Popueney.

Le Visiteur, par Nasser Martin Gousset. Photo: Agathe Popueney.

Depuis ses débuts de chorégraphe dans les années 90, Nasser Martin-Gousset a toujours intégré les autres arts (cinéma, théâtre, musique) comme des éléments essentiels de ses

chorégraphies. Dans Le visiteur, le dispositif scénographique fait donc de nouveau appel à l’image. Le visiteur ancre son inspiration dans le réalisme du quotidien. Un homme répète les mêmes gestes au coeur de son appartement. Puis survient un mystérieux visiteur sans identité. Le visiteur suscite le mouvement et le désir. Réalité ou paranoïa ? De la séduction à la peur de l’autre, le spectacle fait ainsi évoluer le personnage au gré de ses angoisses. 

Mercredi 4 décembre, 20h30, Centre chorégraphique national d’Orléans

 

– “Phasme”, Anne Perbal.

 

Phasme, par Anne Perbal. Photo: Isabelle Arnon.

Phasme, par Anne Perbal. Photo: Isabelle Arnon.

Le phasme est un insecte au corps allongé capable d’imiter à la perfection la nature qui l’entoure. S’inspirant du cinéma expressionniste, Anne Perbal, seule en scène, perdue dans

un costume trop grand pour elle et son visage masqué, nous invite ainsi à assister à la mutation d’un personnage uniquement animé par son instinct de survie.  Phasme a été élaboré à l’issue d’un long questionnement autour des rapports entre psychologie et comportement. Les interférences entre le végétal et le minéral, l’animal et l’humain sont les

pistes qui amènent Anne Perbal à travailler sur le geste et, plus largement, sur le processus de mutation qui anime sans relâche le monde vivant. A travers Phasme, une œuvre en délicat équilibre entre improvisation et préparation, elle nous livre quelques-unes de ses conclusions. Nantie d’une formation classique mais également nourrie d’influences plus exotiques (comme la danse Butô), Anne Perbal a travaillé avec Josef Nadj et Nasser Martin-Gousset. Fondatrice de la compagnie  Les Yeux Grands Ouverts, elle travaille essentiellement sur des performances en solo (Phosphène en 2003 et Cinésis en 2005) qui laissent généralement une belle part à l’improvisation.

Jeudi 5 décembre, 19h30, Théâtre de la Tête Noire, Saran.

 

– “Le vrai faux film muet qui vous parle “, Veronica Vallecillo

 

 

Le vrai film muet qui vous parle, par Veronica Vallecillo.

Le vrai film muet qui vous parle, par Veronica Vallecillo.

Dès la découverte de la scène, c’est la curiosité qui saisit le spectateur. Un parallélépipède à trois côtés. Trois surfaces sur lesquelles sont projetées des images en noir et blanc.

Et puis s’impose le corps d’une femme, porté par la danse flamenca de Veronica Vallecillo. Dans le silence. Un silence qui fait pourtant entendre quelque chose. De terribles souffrances. Des secrets inavouables. Exploitant avec force ce processus d’exclusion sensoriel (moins on entend / plus on voit), Veronica Vallecillo pose des questions essentielles sur le monde moderne. Dans un style flamboyant et rageur, son corps irradie. 

Vendredi 6 décembre, 20h30, et séance scolaire à 14H30, centre culturel de Saint-Jean-de-la-Ruelle.

 

– “Avant-propos”, compagnie Toujours après minuit, Brigitte Seth et Roser Montlló Guberna

 

Pour leur second spectacle inspiré par les textes de l’écrivain Robert Walser, Brigitte Seth et Roser Montlló Guberna explorent la volonté revendiquée de l’auteur de disparaître, de ne pas participer à notre monde. Mais derrière ce refus, cette insistance à “ne pas vouloir être” que Walser écrivait / décrivait sans relâche, pointe un cri, comme un appel. Comme une revendication à sa propre reconnaissance. C’est donc autour de cette dualité développée par l’auteur, cet apparent paradoxe dans lequel la disparition s’impose comme une révélation, que les deux danseuses / chorégraphes ont élaboré Avant-propos.. Comme un appel ultime à exister, envers et malgré tout.

Samedi 7 décembre, 20h30, Centre chorégraphique national d’Orléans

 

INFORMATIONS: 02 38 62 41 00. Site: www.josefnadj.com

 

Au cœur vif de la danse

Corps musical, silence, poésie, vidéo, monde dansé… Mardi en fin de matinée, au Centre chorégraphique national d’Orléans, en l’absence de Josef Nadj, donnant ce même jour Sho Bo Gen Zo à Forbach, quelques uns des  chorégraphes invités par le CCN dont les responsables sont toutefois en devant de scène,  présentent volontiers leur travail, vidéo à l’appui. Nina Dipla danseuse et chorégraphe de Rosa est prenante d’humilité: “C’est un cri qui doit sortir, comme je ne sais pas parler, c’est mon solo qui officie”.  Anne Perbal, étourdissante de poésie, Brigitte Seth et Roser Montllo Guberna, conjuguant humour et profondeur,  sont également présentes. Tout comme cette éblouissante  comme brûlante Veronica Vallecillo: “Pour moi le geste est une parole”. Ce mardi, divers acteurs culturels de l’agglomération sont aussi venus, dont Patrice Douchet, metteur en scène et directeur de la Tête Noire (Saran) qui annonce que son nouveau Text’Avril n’aura lieu qu’en 2015. Rosine Touchard, du Centre chorégraphique national d’Orléans résume avec sourire et grâce la reconnaissance des organisateurs: “Ne nous y trompons pas, toute la magie de ces soirées repose sur les épaules de ces artistes”.

Jean-Dominique Burtin.






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