La commune de Chambord ne veut pas être chasse gardée de l’Etat

 

le-chateau-de-chambord-se-refletant-dans-l-eauDans le conflit surréaliste qui oppose la commune et l’Epic seule une solution politique peut ramener la paix. Les sénateurs sont intervenus. La parole est maintenant aux députés.

Les sénateurs du Loir-et-Cher, Jacqueline Gourault et Jeanny Lorgeoux, et le président de la commission des lois de la Haute assemblée, le sénateur du Loiret, Jean-Pierre Sueur, ont mis les pieds dans le plat : « Il faut clarifier la situation à Chambord. Il y a urgence », ont-ils plaidé devant leurs collègues qui dans l’ensemble découvraient l’imbroglio qui met à feu et à sang ce paisible joyau de notre patrimoine. Ils ont profité de la loi ALUR que Cécile Duflot défendait pour faire adopter un amendement qui délimite clairement les territoires et les compétences de chacun. « Font partie du domaine privé de l’Etat les biens lui appartenant situés sur le territoire de la commune de Chambord à l’exclusion du château, de ses dépendances attenantes et de son parc. Cette disposition s’applique à la date de création de l’établissement public ».

A vélo dans le parc de Chambord.

A vélo dans le parc de Chambord.

Mais rien de définitif. Il faut encore que l’Assemblée où il sera présenté avant Noël vote cet amendement pour qu’il n’y ait plus à y revenir. En attendant, ce jour 6 novembre, l’Epic tient à Paris un conseil d’administration présidé par Gérard Larcher. Il doit porter sur les propositions d’indemnisations des commerçants situés sur la place St Louis sur laquelle souhaite régner l’Epic et à propos de laquelle d’après l’amendement la commune a son mot à dire.

Les sources du conflit

A l’intérieur d’un mur circulaire d’un peu plus de 30km s’affrontent un Epic (établissement public à caractère industriel et commercial) et une commune. La commune, issue de l’ancienne paroisse, existe depuis 1792 comme toutes les communes de France. L’Epic destiné à gérer le domaine est apparu en 2005, après la fin des chasses présidentielles qui s’exerçaient en grande partie dans les bois de Chambord. Lors de la création de l’Epic, sans doute aurait-il été trop simple, pour le législateur, de définir clairement les droits de celui-ci et ceux de la commune qui sont à respecter. Dans ce flou artistique, l’affrontement entre l’Epic et la commune était inévitable, d’autant plus que le domaine de quelques 5 000 ha est situé sur le territoire de la commune et que la commune, mairie, église, terrain de sport et cimetière compris est locataire du domaine.

                                                                                        Les Astérix solognots

Dès son arrivée, le directeur de l’Epic, Jean d’Haussonville a déclenché les hostilités en cherchant à imposer sa vision de l’avenir au maire, aux habitants, aux commerçants. Les Astérix solognots ont répliqué sans tarder et le César étatique a très vite constaté qu’il n’étendrait pas sa puissance aussi vite qu’il l’avait rêvée.

assemblée nationaleEn juillet 2012, le Conseil d’Etat rend un avis favorable à l’Epic mais ce n’est pas une décision applicable. Ce dernier ne peut transformer les baux commerciaux des commerçants en concession comme il le souhaite. Fidèle à sa méthode d’ancien ministre du travail, Gérard Larcher a cherché à débloquer la situation en nommant un médiateur, Bernard Landrieu, chargé d’établir un rapport. Celui-ci y écrit clairement, « Il est profondément regrettable que la Cour des Comptes ( elle aussi sollicitée) , souvent mieux inspirée, ait donné sa caution morale à l’hypothèse de la suppression de la Commune de Chambord dans son rapport de Septembre 2009. En effet, cette commune, même singulière puisqu’elle n’a pas de patrimoine, jouît d’une légitimité incontestable, non seulement démocratique mais également historique et sociologique : son territoire, entouré d’un mur, ses habitants à la mentalité spécifique ont droit à une représentation élue, à l’égal de tous les autres territoires de la République ».

Le 5 septembre dernier l’association des maires ruraux de France affirmait son plein et entier soutien au maire de Chambord et réclamait le respect de cette commune dont un fax douteux parti d’une ligne téléphonique du château à la fin de l’été réclamait la suppression et « son rattachement à la commune de Huisseau-sur-Cosson voisine (2 182 habitants au dernier recensement).”

                                                                                  « La politique se fait à la chasse »

Claude Bartolone.

Claude Bartolone.

Avec leur amendement, les sénateurs ne demandent pas autre chose que le respect de la commune et de ses droits. En délimitant les territoires et droits de chacun ils permettent une cohabitation apaisée. Cécile Duflot qui ne s’est pas opposée à cet amendement au Sénat pourra difficilement changer d’opinion devant l’Assemblée nationale. Il semble également difficile que Gérard Larcher ancien président du Sénat qui est le représentant des collectivités locales n’adhère pas à cette solution. Pourrait-il en être autrement pour Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale et président des amis de Chambord , qui vient aussi souvent y chasser ? Pourrait-il en être autrement pour les ardents républicains que sont Michel Charasse, ancien ministre de François Mitterrand, François Patriat, président de la région Bourgogne, Ladislas Poniatowsky, sénateur de l’Eure rurale qui appartiennent au Conseil d’orientation de Chambord ou encore David Douillet, tous chasseurs habitués de Chambord ?

« La politique se fait à la chasse » dit le maire de Chambord, André Joly avant d’ajouter « il n’y a plus les chasses présidentielles mais rien n’a changé ». Des battues son indispensables dans les bois de Chambord pour la régulation du gibier mais ne pourraient-elles pas être ouvertes au privé et devenir payantes pour renflouer les caisses du domaine ?

Françoise Cariès

 






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