L’Orléanaise Laurence Lacour parle de son amie “gigi”, assassinée au Mali “de deux balles dans le cœur”

Ghislaine

Ghislaine Dupont, assassiné près de Kidal (Mali).

 

Laurence Lacour

Laurence Lacour

A l’aube blême, mardi à Roissy, elle faisait partie du petit groupe qui attendait les corps des deux journalistes de RFI. Surtout celui de « gigi », sa copine de toujours, sa « sœur ». Tuée à Kidal au nord Mali « de deux balles dans le cœur » précise t-elle. « Et lui, Claude Verlon, de trois balles dans la tête ». Effondrée mais rigoureuse, comme la journaliste qu’elle a été longtemps, l’Orlanaise Laurence Lacour a perdu l’une des ses meilleures amies.

Elle raconte « Gigi » qu’elle avait connue en 1982 à Belfort, à Radio France où elles faisaient toutes deux leurs débuts radiophoniques. Laurence Lacour, la Fleuryssoise, venait de la République du Centre. Ghislaine Dupont du Courrier Cauchois. « C’était une fille très drôle, elle avait un humour dévastateur. Elle faisait rire toute l’a rédaction en permanence. Elle s’était sortie de situations difficiles, des malheurs qu’elle a connus dans sa vie personnelle, par l’humour toujours, en prenant de la distance…”.

Leurs chemin professionnels se sont ensuite séparé, mais les deux amies se retrouvaient souvent, « toujours en tête à tête ». Ghislaine venait parfois dîner à Fleury-les-Aubrais dans la maison de Laurence. « Je l’avais revue en septembre, elle devait passer ici à son retour du Mali… ».

“Tiens bon je pense à toi”

Aujourd’hui écrivaine et directrice de collection dans une maison d’édition après avoir été journaliste à Europe1, Laurence Lacour a appris l’enlèvement de Ghislaine par une alerte sur Le Monde.fr. Elle lui a envoyée un SMS aussitôt, « tiens bon je pense à toi »…« Pas une seconde je n’imaginais qu’ils allaient la tuer ».

Ghislaine Dupont devenue une star en Afrique de l’est, surtout en RDC (République démocratique du Congo ) qu’elle avait sillonnée dans tous les sens et où elle fut correspondante à Kinshasa, n’en était pas à son premier reportage périlleux. « Elle avait été menacée par deux types avec des machettes au Rwanda » où elle avait couvert la guerre. « J’imaginais déjà qu’elle avait du les agonir d’insultes » raconte Laurence en évoquant le début de son enlèvement au nord Mali. « Au fil des ans elle était devenue une grande professionnelle, vérifiant dix fois une information, intransigeante, pas froid aux yeux, Gigi était chaleureuse mais emmerdeuse aussi, une vraie journaliste ».

Pas un “garçon manqué” pour autant, Gigi le grand reporter adorait les chaussures et les chapeaux…

Jamais aux ordres, Ghislaine avait même trainé RFI aux Prud’hommes lorsque le président Kabila, mécontent de ses reportages, fit couper l’antenne de “la radio mondiale” en RDC durant deux ans. A l’époque, Christine Ockrent était directrice déléguée de RFI et Bernard Kouchner son compagnon… patron du Quai d’Orsay, un joli mélange des genres.

Pas le genre de “Gigi” qui tint bon et fut “placardisée” à Paris avant de repartir vers cette Afrique des grands lacs qu’elle aimait tant et qui le lui rendait bien, où elle était devenue la “voix de la France”. Lorsque François Hollande lui a serré la main dans le pavillon d’honneur de Roissy, Laurence Lacour lui a dit que Gigi “‘n’aurait pas goûté ces cérémonies, ces hommages officiels“. Le Président a répondu qu’en ces circonstances, pour ses enfants, “la République n’avait pas besoin d’être invitée, elle était là…”. Bel hommage.

 Christian Bidault.

 

 






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