“Abigail’s Party” à Orléans: voyage émotionnel, folle performance d’acteur

 

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Ils sont touchants et violents. Certains semblent flotter dans des ennuis trop grands. D’autres enjambent, tentant tant bien que mal de valser avec le bonheur, la rudesse de la vie. Cinq merveilleux acteurs norvégiens sont sur scène. Ils sont  foudroyants d’évanescence, d’une sensualité torride, d’une présence burlesque décapante. Comédie, satire et tragédie, pièce écrite en 1977 par le cinéaste Mike Leigh (entre autres “Secrets et mensonges” ), “Abigail’s Party”, inédite en France, est présentée depuis mercredi au Théâtre d’Orléans dans une mise en scène d’Arthur Nauzyciel.
Cette œuvre campe , le temps d’une soirée alcoolisée, une fête donnée par des britanniques d’une classe moyenne qui aspirait alors au profit et au matérialisme. La réunion de voisins conviviale à ses débuts  vire à l’aigre doux, à l’énoncé de petites horreurs ordinaires, à de nombreux “déraillements” . C’est une réussite. Une nouvelle fois, le metteur en scène Arthur Nauzyciel, directeur du Centre dramatique national d’Orléans, continue de faire sens tout en relevant, par ailleurs un défi impressionnant: présenter une œuvre joyeuse et grinçante  écrite par un auteur anglais mais interprétée par des comédiens norvégiens avec surtitrage en français (par Marie Darrieussecq).
 
05 (2)Comédie, satire et tragédie
 
Une fois dépassé le cap de  vingt bonnes minutes pour parvenir à suivre ce qui se joue sur le plateau et ce qui s’écrit sur les prompteurs au-dessus de la scène, on s’abandonne volontiers à cette histoire magistralement interprétée par Anne Krigsvoll, Tone Mostraum, Agot Sendstad, Kare Conradi, Christian Skolmen (et quatre poissons rouges…). Soulignons cette belle idée d’Arthur Nauzyciel (qui avait déjà créé cette œuvre à Boston en 2007  puis à Oslo en 2012) d’accueillir public et comédiens sur le plateau même de la salle Touchard. Séduisants et captivants sont les ressorts discret d’une mise en scène qui souligne de manière intimiste la violence et l’anodin des situations.
Peu avant cette belle performance d’acteurs et cette perfection de la technique à laquelle est souvent sobrement suspendu  le spectacle, Mike Leigh et Arthur Nauzyciel  étaient reçus par la journaliste Joëlle Gayoy lors d’une rencontre publique à l’Atelier du centre dramatique national d’Orléans.  Premier amour pour le cinéma, regard porté sur l’ excentricité de l’humanité, admiration pour Pinter et souci de l’humain: Mike Leigh parle avec passion et simplicité. Athur Nauzyciel en fait de même : “Cette œuvre  subversive, fait encore aujourd’hui étrangement sens. Où en sommes nous aujourd’hui de nos aspirations, de nos engagements et de nos désirs? Nous avons respecté le texte comme une partition. Dans le travail, il nous fallait aussi reconstruire l’humeur de l’improvisation”. Immense pari gagné.
 
Jean-Dominique Burtin.
 
Théâtre d’Orléans. Jeudi 7  novembre à 19 h 30, vendredi 8 novembre à 20 h 30, samedi 9 novembre à 19 heures, mardi 12 novembre à 20 h 30, mercredi 13 novembre à 20 h 30, jeudi 14 novembre à 19 h 30. Durée: 2 h 30 entracte compris.
Réservation et billetterie, du mardi au jeudi, de 14 heures à 19 heures  et le vendredi de 14 heures à 18 heures.
Téléphone: 02.38.81.01.00.
Rencontre avec Mike Leigh, Marie Darrieussecq et Arthur Nauzycuel  à 18 heures à la médiathèque d’Orléans.
Carte blanche au cinéma Les Carmes  à Mike Leigh le jeudi 7 novembre à 19 h 30. Projection de “Soy Cuba”, de Mikhail Kalatozov (1964, 2 h 21).
Photos du spectacle: L-P. Lorentz.





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