Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part…

BrassensIl faudrait remettre Brassens à la mode. Ce n’est pas la plus fredonnée, mais le poète a toujours raison avec cette bluette tellement actuelle . Elle s’appelait “les imbéciles heureux qui sont nés quelques part”. Brassens y racontait, “mon dieu qu’ils sont plaisants tout ces petits villages, ces bourgs, ces hameaux...”. Au hasard,  on pourrait actualiser “qu’ils sont beaux ces villages de granit avec leurs églises flanquées d’enclos paroissiaux….” Et le vilain iconoclastes de chanter encore…“ils n’ont qu’un seul défaut et c’est d’être habités par des gens qui regardent le reste du haut de leurs rempart…la race des chauvins, des porteurs de cocardes, les imbéciles heureux qui sont nés quelque part”.

Photo Le Télégramme.

Photo Le Télégramme.

Je ne sais pas vous, mais il est des Français républicains qui en ont ras le béret basque et la baguette de pain de ces manifestations de régionalisme, borné lorsqu’il tourne à la violence. L’indigestion de biniou, de coiffe bigouden de festival interceltique et autres boites de pâté Henaff gagne le reste de la France lorsqu’elle sert d’alibi à des bonnets rouges assoiffés de castagne et de vandalisme et soutenus par l’extrême droite. La Bretagne est une région magnifique mais il en est plein d’autres en France des plus défavorisés, de l’Ariège à la Creuse, du Berry à la Lorraine.

Xénophobie rampante

Et puis mettons les pieds dans le plat, puisqu’il faut dire les choses, ce chauvinisme tellement porté au pinacle par les médias en temps de “paix” se double d’une xénophobie rampante  à peine dissimulée, en Bretagne, au Pays basque, en Corse, dans toutes ces régions dites pudiquement “à forte identité…”

mondeLe magazine du vendredi du Monde nous vendait en juillet dernier une belle couverture “Breizh power, à l’abordage”, bien prémonitoire. Et de porter au pinacle les quatre ministres bretons du gouvernement Ayrault et les Bretons qui ont réussi, les Le Lay, Pinault et le lobby breton à Paris. A quand des revendications d’indépendance au point où l’on en est…? Nous sommes tous nés quelque part. Notre acte de naissance ne nous sert pas pour autant de bréviaire politique et social, de carte d’identitaire.

 Oui à l’attachement au patrimoine, à la mise en valeur des singularités régionales et à leur exploitation touristique et économiques, non à leur exacerbation lorsqu’elle sert de rejet du reste de la France et de l’Europe.

L’image de la Bretagne est aujourd’hui souillée par ces images d’excités en cagoule et en bonnet rouge. Lorsqu’il s’agit d’autres populations, “moins gauloises” on parle de “communautarisme”. Comment qualifier autrement ce mouvement des heureux imbéciles qui sont nés quelque part… à l’ouest.

Ch.B

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 Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part (Georges Brassens). 

 

C‘est vrai qu’ils sont plaisants tous ces petits villages

Tous ces bourgs, ces hameaux, ces lieux-dits, ces cités

Avec leurs châteaux forts, leurs églises, leurs plages

Ils n’ont qu’un seul défaut et c’est être habités

Et c’est être habités par des gens qui regardent

Le reste avec mépris du haut de leurs remparts

La race des chauvins, des porteurs de cocardes

Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

 

Maudits soient ces enfants de leur mère patrie

Empalés une fois pour toutes sur leur clocher

Qui vous montrent leurs tours leurs musées leur mairie

Vous font voir du pays natal jusqu’à loucher

Qu’ils sortent de Paris ou de Rome ou de Sète

Ou du diable vauvert ou de Zanzibar

Ou même de Montcuq il s’en flattent mazette

Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

 

Le sable dans lequel douillettes leurs autruches

Enfouissent la tête on trouve pas plus fin

Quand à l’air qu’ils emploient pour gonfler leurs baudruches

Leurs bulles de savon c’est du souffle divin

Et petit à petit les voilà qui se montent

Le cou jusqu’à penser que le crottin fait par

Les chevaux même en bois rend jaloux tout le monde

Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

 

C’est pas un lieu commun celui de leur connaissance

Ils plaignent de tout cœur les pauvres malchanceux

Les petits maladroits qui n’eurent pas la présence

La présence d’esprit de voir le jour chez eux

Quand sonne le tocsin sur leur bonheur précaire

Contre les étrangers tous plus ou moins barbares

Ils sortent de leur trou pour mourir à la guerre

Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

 

Mon Dieu qu’il ferait bon sur la terre des hommes

Si on y rencontrait cette race incongrue

Cette race importune et qui partout foisonne

La race des gens du terroir des gens du cru

Que la vie serait belle en toutes circonstances

Si vous n’aviez tiré du néant tous ces jobards

Preuve peut-être bien de votre inexistence

Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

 

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