Petits meurtres entre mafiosi avec “American Desperado”

American Desperado raconte la vie de Jon Roberts, un gangster américain mouillé jusqu’au cou dans le trafic de drogue dans les années 70 et 80 au Etats-Unis. Une vie mouvementée de ce vétéran du Viêt-Nam rapportée par le journaliste américain Evan Wright, auteur du célèbre Generation Kill sur son expérience de la guerre en Irak.

10334940-largeAccompagné de son fils lors d’un match de basket à l’American Airlines Arena de Miami en 2008, Jon Roberts a la surprise de se voir soudain filmé sur l’écran géant et d’entendre le commentateur hurler dans le micro : « Jon Roberts, l’authentique « cocaïne cowboy » est parmi nous ce soir ». Applaudissement général.

Acteur central du trafic de cocaïne en Floride et fugitif recherché vingt ans plus tôt, partenaire actif de Pablo Escobar et des barons de la drogue colombiens, Roberts est surpris de ce succès : « Quand je suis né, l’Amérique était un pays très droit. Un mec comme moi n’aurait jamais été applaudi comme ça ».

“American Desesperado”

Né dans une famille dans laquelle son père et ses oncles font parti de la mafia italienne à New York, Jon Roberts était presque destiné à cette vie criminelle. Sa seule morale il la tient d’ailleurs de son paternel, un homme incapable d’amour qui abat un jour quelqu’un sans raison valable sous les yeux de son fils encore très jeune : « Le mal est plus fort que le bien ».

Avec beaucoup d’anecdotes qui témoignent d’une vie de crimes et de folies, le « cocaïne cowboy » dévoile aux fils des pages la longue liste de ses méfaits avec un objectif précis, que son fils connaisse la vérité sur sa vie et qu’il ne fasse pas les même décisions que lui (ou qu’il les fasse en connaissance de cause).

Pour autant ce livre n’est en aucun cas une forme de repentance pour cet homme qui a pris du plaisir à mener cette vie. Avec un humour grinçant, les entretiens avec Evan Wright reviennent sur les méthodes employées, la préméditation des meurtres, les combats de rue, les femmes et la fête aussi. Le livre renvoie Scarface et Miami Vice à des caricatures brouillons et bien en deçà de la réalité. Au cours de sa carrière, Roberts a eu sa dose d’avocats, de flics et de juges corrompus, sans compter le gouvernement lui-même qui l’aurait d’après ses dires employé pour faire du trafic d’arme.

Un très joli tableau de la décadence aux Etats-Unis et de la manne engendrée par cette sorte de seconde prohibition qui façonne de nouveaux Al Capone dans une équipée sauvage où les règlements de compte échappent désormais au contrôle de la toute puissante Cosa Nostra.

jon-roberts-ccad5305ec9d700d621c76219774c5ac3771c9fb-s6-c30Un récit sans concessions d’un homme très certainement marqué par le Viêt-Nam qui l’a précipité de son propre aveux dans une folie meurtrière dont il ne rend pas responsable le gouvernement. Tout juste ironise t-il « la première fois que j’ai tué quelqu’un, le gouvernement m’a payé pour le faire ». A son retour en Amérique quand un psychiatre lui demande de dessiner quelque chose de plaisant, il dessine des soldats Vietnamiens dans la forêt et lui dit qu’il aimerait bien les tuer.

« Je suis peut-être un sociopathe. La plupart du temps, depuis que je suis sur Terre, la vie humaine n’a pas eu grand intérêt pour moi. C’est la clé de mon succès. »

Quoi qu’il en soit, Roberts n’aura de cesse au cours de ces entretiens de couper court à toute tentative de sensiblerie. Alors que sa sœur le dit abattu par la mort de leur grand-père et pleurant à chaudes larmes alors qu’ils jettent les cendres dans la mer depuis un hélicoptère, il s’empresse de remettre les pendules à l’heure : « Je ne pleurais pas. J’avais les larmes aux yeux parce que le vent me renvoyait les cendres de Papy sur le visage ».

Nicolas Pons

  •  American Desperado. Une vie dans la mafia, le trafic de cocaïne et les services secrets de Jon Roberts et Evan Wright
  • 704 pages, 25,95 euros





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