France 3: une lettre ouverte salée des salariés aux téléspectateurs

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Une équipe de France 3 en direct (archive);

 

Nouvelle crise à France 3 Centre. Les syndicats de journalistes et de techniciens ont décidé de s’adresser directement aux téléspectateurs.

Les coupes drastiques opérées dans les recettes puis dans le budget de France 3 en région, correspondent à des conditions de travail dégradées que connaissent d’ailleurs depuis longtemps les journalistes d’autres médias, eux aussi polyvalents et mis à toutes les sauces. Pour les syndicats de France 3, ces restrictions débouchent sur des journaux “low cost” qui font la part belle aux présentateurs au détriment des reporters.

Dans cette lettre ouverte, les syndicats de la station régionale dénoncent le harcèlement dont Magcentre avait déjà parlé contre les “anciens” salariés afin de faire la place à des jeunes journalistes moins bien payés et corvéables à loisir. Les baisses d’audience de France 3 sont dues, selon les syndicats, à ces choix éditoriaux qui tendent à faire ressembler les stations régionales à des chaines d’infos.

IMG_0166Le texte intégral de cette lettre ouverte:

“France Télévisions connaît actuellement de graves difficultés financières à la suite de deux décisions politiques :

– En 2009, Nicolas Sarkozy décidait la suppression de la publicité sur les chaînes publiques après 20h, créant ainsi un déficit structurel.

– Ce déficit a été aggravé en 2013 par la décision du gouvernement Ayrault de réduire de 10% (320M.€) le budget attribué au groupe dans le cadre de l’effort de solidarité nationale.

 Face à ces contraintes, la direction a choisi de faire porter une grande partie de l’effort sur le réseau régional de France 3, où est engagée une politique d’information low-cost, qui vise essentiellement à supprimer un grand nombre d’emplois techniques pour rendre les journalistes multi-polyvalents.

Quels seront la place et le rôle du journaliste quand il devra jouer au preneur de son, documentaliste, monteur, mixeur, infographiste, scripte, assistante… ?

Quand fera-t-il son métier de journaliste ? C’est-à-dire enquêter, chercher l’information ailleurs que dans la presse écrite ou les communiqués de presse, se rendre sur le terrain pour la vérifier, prendre du recul.

Ces métiers techniques que la direction souhaite supprimer ne sont pas des options que l’on peut faire disparaître au bon vouloir d’une politique comptable, ils sont indispensables à la réalisation d’un journal de qualité. Leur suppression s’accompagne nécessairement d’une dégradation de l’offre éditoriale.

France 3 copié-collé avec les chaînes d’info

En région Centre, depuis trois ans, les salariés et les téléspectateurs de France 3 subissent déjà une ligne éditoriale copiée-collée sur les chaînes d’information en continu.

Au fil des mois, on assiste dans nos journaux à une disparition progressive des reportages qui ont vocation à montrer la région telle qu’elle est, au profit d’un « journalisme de plateau » où les présentateurs sont valorisés, au détriment de l’information venue du terrain.

Considérés comme des séquences « bouche-trou » entre deux plateaux, réduits à des durées minimales, la plupart des reportages sont ainsi vidés de leur substance, se contentant d’aborder les sujets de manière superficielle sans jamais aller au fond des choses. Le fait divers, par exemple, est systématiquement considéré comme prioritaire tandis que la culture ainsi que les problématiques politiques et sociales sont négligées.

Cette dérive n’est pas passée inaperçue aux yeux d’un grand nombre de nos téléspectateurs puisque les audiences de France 3 Centre se sont fortement dégradées et que son journal est devenu régulièrement le moins regardé du réseau.

A cette politique éditoriale indigne des valeurs du service public, la direction ajoute, en plus, des méthodes de management qui relèvent dans certains cas du harcèlement pur et dur. Elles visent principalement ceux qui osent s’opposer à ces choix éditoriaux. Et dans un contexte de plan de départ volontaire non financé, la direction peut avoir intérêt à ce que des salariés expérimentés et donc mieux payés que les jeunes, partent d’eux-mêmes.

Les salariés dociles

A l’inverse, ceux qui appliquent docilement les directives sont récompensés par des promotions dans l’encadrement alors que ses effectifs sont déjà pléthoriques (certains cadres n’ont que deux salariés sous leur responsabilité !) et que l’on manque cruellement de main d’œuvre sur les postes réellement opérationnels.

Tous ces problèmes, la direction refuse de les évoquer avec les salariés, considérant que ces choix n’ont pas à être discutés.

Cependant cette télévision n’est pas la propriété d’un petit groupe d’actionnaires ou d’un clan. Cette télévision est la télévision publique. La vôtre. La nôtre. Financée par la redevance payée par tous les français. Et aujourd’hui ces français ont le droit de savoir ce qu’on fait de leur argent.

Dans ce contexte économique contraint, d’autres choix sont possibles. Les téléspectateurs de la région Centre méritent mieux que la pensée unique. Ils ont le droit à une information pluraliste et de qualité.”

 L’intersyndicale des élus DP, CE, CHSCT de France 3 Centre

Aux organisations syndicales CGT ( SNJ et SNRT) et CFDT ( médias)

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   Le soutien de Michel Ricoud (PC) conseiller général d’Orléans la Source:     

                   .” …C’est bien le service public qui est visé et la qualité des reportages mis en cause. Et comme toujours dans pareil cas, celles et ceux qui résistent sont menacés, harcelés. Je tiens à leur faire part de mon soutien… Je vous réaffirme donc mon soutien et vais demander à être reçu par Monsieur Yvan Avril, délégué régional de France 3 Centre,  pour lui faire de mon désaccord quant à la politique menée et aux décisions prises.”

                                                                                                

                                                

                      

 

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