Théâtre de l’éternel champ de bataille européen avec “Hannibal”

20132014_Spectacles_Hannibal_HerveBellamy_005_zoomBernard Sobel, est un vieux monsieur qui n’a peur de rien. Du haut de ses 78 ans, il prend encore le temps de fouiller le passé et d’y dénicher une pièce de Grabbe, Hannibal, écrite en 1835 et représentée pour la première fois à Munich en 1918. Il aura donc fallu attendre 2013 pour que cela soit fait dans l’hexagone.

 

 

Pas une mince affaire quand on pense aux contrées traversées, de Carthage à Capoue en faisant un petit détour sur les rives de la Mer Noire, et aux très nombreux personnages.

Hannibal Barca, traversant mer et montagne marche donc vers son destin, contre Rome et contre son jeune ennemi Scipion.

Destin qu’il sait tragique.

Alors même qu’il marche sur Capoue et que la victoire lui tend les bras, il négocie sa sortie avec un maure qui lui est fidèle, les préservant tous les deux de l’humiliation de la défaite le cas échéant. L’impuissance des hommes à inverser ou même influer le cours de l’Histoire est  mise en évidence dans toute sa splendeur au cours de la pièce, que ce soit pour Gisbon, étranglé par les conditions de capitulation romaines ou pour Hannibal lui-même.

g_T2G13Hannibal02BChapeau à Jacques Bonnaffé qui campe un Hannibal vétéran des champs de bataille et des tempêtes de sable, vieux soudard grimé dans son imperméable qui sent presque les marées.

Chapeau aussi à Gaëtan Vassart  qui joue entre autres Gisbon, affublé de son complet 3 pièces, le verbe posé et goguenard, les trémolos incendiaires.

Les costumes ne sont pas d’époque (laquelle d’ailleurs ?) mais ne gênent en rien le bon déroulement de la pièce, accompagnés de décors simples mais suggestifs du marché au esclave à la galère fendant les flots. En réalité ils s’accordent très bien aux nombreux effets comiques disséminés dans la pièce, bleu de travail de rigueur pour les seconds couteaux et le peuple, cravate pour les puissants.

De très beaux moments de théâtre, comme cette scène où un portier et un gamin décrivent le carnage qui se déroule sous leurs yeux, le discours haut et la métaphore riche. Jusqu’à la défaite inéluctable : « Que le mugissement de tous les tonnerres, que le tourbillon et la fumée de tous les déserts face taire ce silence ! »

Nicolas Pons

Hannibal de Christian Dietrich Grabbe, mise en scène de Bernard Sobel

2h40

Centre Dramatique National d’Orléans

http://www.cdn-orleans.com/2013-2014/fr/saison/spectacles/hannibal






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