Tours, Jean Germain (PS) dévoile une liste de rassemblement, qui déconcerte sa gauche

 

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Marisol Touraine et Jean Germain candidat à un quatrième mandat.

De notre correspondant à Tours, Xavier Renard 

Jean Germain, le maire sortant de Tours, qui brigue un 4ème mandat, accueille sur une liste largement renouvelée plusieurs personnalités tourangelles du centre et du centre-droit. Pascal Ménage (Ex-UMP), l’ancien suppléant de Renaud Donnedieu de Vabres s’est curieusement rallié au candidat socialiste.

 Jean Germain a renouvelé sa liste pour moitié, avec 28 nouvelles têtes. Deux membres de l’opposition actuelle, Laetita Jallot (4ème sur la liste) et Pascal Ménage (25è) quittent les rangs de la droite pour rallier cette liste du « rassemblement », selon ses propres mots. Pour la première, la rumeur circulait depuis de nombreuses semaines. Pour le second, l’annonce a pris tout le monde de court. Alors qu’on attendait plutôt Bruno Lavillatte, un proche de Philippe Briand, le député-maire de Saint-Cyr-sur-Loire (UMP), l’arrivée de Pascal Ménage constitue le principal coup d’éclat du maire de Tours, qui manie à merveille l’art du contre-pied.

Ménage longtemps en 1ère ligne contre Germain

Éclaboussé par la retentissante affaire dites des Mariages chinois, pour laquelle il a été – doublement – mis en examen, Jean Germain joue son va-tout. Mais cette « prise de guerre » a de quoi interpeller. À plus forte raison que Pascal Ménage, 53 ans, (ex-UMP) a longtemps été en première ligne pour dénoncer les errements du maire sortant. Sur l’affaire des mariages

Claude Roiron a migré vers la Normandie.

Claude Roiron a migré vers la Normandie.

chinois, il lui demandait publiquement fin janvier, dans une interview accordée à La Nouvelle république, de «s’expliquer », n’ayant « jamais obtenu de réponse claire ». Ces derniers mois, il s’était rapproché du camp de Claude Roiron, l’ancienne présidente socialiste du Conseil général d’Indre-et-Loire, évincée par Marisol Touraine et désavouée par Jean Germain lui-même, avant qu’elle se décide à prendre part aux élections européennes… en Normandie. Il cherchait aussi à attaquer le maire sortant sur d’hypothétiques malversations au Maroc, dans le cadre de la coopération décentralisée avec Marrakech. Pascal Ménage n’a pourtant pas mis longtemps à se décider. Les premières discussions se sont tenues il y a quelques semaines : « Il n’y avait rien de prémédité. J’entends que cela puisse déconcerter mais j’avais envie de marquer le coup, j’ai pris trop de coups à droite ! », se justifie-t-il.

 

Six Modem sur la liste

Esseulé dans son ex famille politique, parfois bousculé, il avait quitté l’UMP en janvier 2012, ainsi que son poste de délégué de la circonscription (environ 400 adhérents), contestant le virage idéologique droitier de ses anciens amis politiques.

Il assure qu’aucun poste d’adjoint ne lui a été promis. « Je vais essayer d’œuvrer dans le social, modestement, dans mon coin, pour ce qui sera mon dernier mandat d’élu. J’ai toujours dit que je m’arrêterai à 60 ans», poursuit-il.

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Pascal Ménage, la grosse prise de Jean Germain à la droite.

Sur cette liste, Pascal Ménage est accompagné d’élus du Modem (qui a placé six personnes). Pierre Commandeur (19ème) et Fanny Siouville (30ème), succèdent à Colette Girard, actuelle adjointe à la Culture qui n’a pas été retenue, payant sans doute son opposition de moins en moins masquée au maire.

En dépit de ces nombreux changements, auxquels s’ajoutent l’arrivée de petits nouveaux en politique, venant du monde associatif ou de la société civile, Jean Germain a maintenu sa confiance aux quadras du PS : Cécile Jonathan (numéro 2), Nicolas Gautreau, le député Jean-Patrick Gille, successeur naturel du maire, Mickael Cortot, le premier secrétaire fédéral ou Frédéric Thomas le président du Conseil général.

Jean Germain aurait souhaité poursuivre le chemin avec Régine Charvet-Pello, son adjointe à l’éducation mais les difficultés liées aux aménagements des rythmes scolaires, dont elle avait la charge, et son travail de chef d’entreprise l’ont convaincue de prendre du recul. La patronne de

Régine Charvet-Pellaud.

Régine Charvet-Pello.

RCP, qui a conçu le design du tramway de Tours, n’aurait pas digéré les soupçons de « conflit d’intérêt » portées à son égard. « N’étant pas élue aux transports, je n’allais tout de même pas me priver de proposer mes services pour le tramway de ma ville, alors même que j’étais intervenue partout ailleurs », se justifiait-elle il y a quelques mois.

Des voix de gauche éparpillées

Claude Bourdin a aussi claqué la porte, agacé par l’absence « de réponse et de soutien » concernant des projets associatifs qu’il a défendu depuis 2008 : la reprise du Bateau ivre par le collectif Ohé du Bateau et la création d’un Pôle de l’image sur Tours-Nord, porté par les Studio et Ciné Off. À la tête d’une liste « de gauche, sociale et écologique », soutenue par le Parti de gauche et le Mouvement Ensemble (membres du Front de gauche), le NPA, il pourrait jouer les trouble-fêtes, captant les voix à gauche, de tous les déçus des années Germain. La liste Europe Écologie Les Verts, menée par Emmanuel Denis, 42 ans, symbole du renouveau des écologistes en Touraine, peut aussi contribuer à l’éparpillement des voix au premier tour.

En dépit d’un début de campagne poussif, Serge Babary (UMP), le principal challenger de Jean Germain, n’attendait pas d’autre coup de pouce pour créer une dynamique. À moins d’une triangulaire – le score du FN sera suivi avec attention – la bagarre s’annonce finalement plus incertaine que jamais.

 

Xavier Renard

 

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