Serge Babary détrône le « Roi Jean » à Tours

 babary2Par Xavier Renard

Ce que le premier tour des élections municipales permettait d’entrevoir s’est confirmé à l’issue du second tour. Prenant tous les observateurs de court, la droite a conquis à Tours, une citadelle imprenable. Serge Babary, 66 ans, occupera bien le fauteuil de maire durant les six prochaines années.

 

Malgré le maintien du candidat FN Gilles Godefroy (8% au second tour) et une triangulaire, traditionnellement favorable à la gauche, Serge Babary (UMP) obtient plus de 49% des suffrages. Cette franche victoire n’appelle aucune contestation possible. À l’annonce des résultats, l’ancien président de la CCI d’Indre-et-Loire, un immense sourire aux lèvres, a laissé exulter sa joie : « C’est un moment historique, depuis le temps qu’on attendait ça ».

Car l’attente fut interminable. Comme lors du premier tour, le dépouillement a traîné en longueur. A la fermeture des bureaux de vote, la tension est montée d’un cran. Les rares élus socialistes à faire leur apparition en public avaient le visage fermé. « On a vite compris que c’était plié », explique l’un d’eux. Ce n’est que vers 21h15, que les cris de joie ont commencé à se faire entendre dans la salle des mariages, littéralement désertée par les proches du maire. Pour la droite, une pareille fête ne s’était pas vue depuis plusieurs décennies. L’ombre de Jean Royer a alors resurgi. « Même les victoires de Renaud Donnedieu de Vabres aux Législatives en 1997 et en 2002 n’avaient pas la même saveur », lâchait un militant à la retraite.

“Ouverte à tous”

Vers 21h30, une autre rumeur s’est propagée. Joué-lès-Tours, autre solide bastion socialiste, a basculé à droite. Frédéric Augis l’emporte d’une courte tête face au maire sortant Philippe Le Breton (PS). Plus tard, les caciques de l’UMP, Philippe Briand, Claude Greff, Dominique Leclerc ou Thierry Boutard ont rejoint la mairie, entonnant la Marseillaise, pour arroser cette victoire retentissante. Peu avant 22h00, Serge Babary a pris, brièvement, la parole, promettant que « cette mairie sera, à partir de maintenant, ouverte pour que vous puissiez rencontrer vos élus ». Cette élection était la chance de sa vie.

Jean Germain et Marisol Touraine sont proches.

Jean Germain et Marisol Touraine sont proches.

En rassemblant les centristes jusqu’aux « Boutinistes » et libéré de la présence de Guillaume Peltier, le trublion de l’UMP, qui s’est fait élire à Neung-sur-Beuvron, il avait déjà réussi la gageure de remettre la droite en ordre de bataille. Personne à gauche ne l’a vraiment pris au sérieux. Beaucoup s’en mordent les doigts. Son histoire, son parcours et son discours, alliant modestie et fermeté, collent – mieux que ce que la gauche avait imaginé – aux attentes et à la sociologie des électeurs tourangeaux.

 Après 19 ans de règne sur la capitale ligérienne, Jean Germain va, pour sa part, se laisser le temps de réfléchir à son avenir politique. Celui qui demeure sénateur paye cash son rapport distancé sinon froid avec la population, l’ouverture de sa liste à des personnalités du centre et de la droite, ses deux mises en examen dans le cadre de l’affaire des « Mariages chinois », le rejet du cumul des mandats par les électeurs, le mauvais traitement de la question des rythmes scolaires. Dans l’indifférence des médias nationaux, ce revers est d’autant plus cinglant que « personne ne l’avait vu venir à gauche », regrette une élue PS.

 Claude Roiron le retour?

Claude Roiron a migré vers la Normandie.

Claude Roiron a migré vers la Normandie.

La gauche va devoir se chercher un nouveau chef et retrouver le contact perdu avec la population. Jean-Patrick Gille peut endosser ce rôle mais, en dépit de ses deux victoires consécutives aux Législatives, son profil ne fait pas l’unanimité. Grâce à leur score prometteur au premier tour et à un enracinement profond dans la vie locale, les écologistes auront leur mot à dire. Tout comme le Front de gauche. Quant aux – rares – fidèles de Claude Roiron, l’ancienne présidente du Conseil général, évincée du pouvoir par Jean Germain, certains ne cachaient pas leur satisfaction. Candidate PS aux prochaines européennes en Normandie, Claude Roiron se dit, pour l’heure, loin de la vie politique tourangelle. Mais d’ici les prochaines élections municipales, de l’eau aura coulé sous les ponts. Le PS local tient peut-être avec cette proche de Laurent Fabius, la femme de conviction qui lui permettra de regagner, un jour, une ville qui s’était habituée à voter à gauche durant ses vingt dernières années. La roue a tourné. Une autre histoire commence.

X.R

 

 

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