Anne Pingeot, la "captive" de François Mitterrand

Pingeot © Arno Lam 93191-RVB

Mazarine Pingeot. (Arno Lam)

La fille parle, la mère se tait. Une nécessité pour l’une comme pour l’autre, en raison de leur histoire commencée à l’ombre tutélaire de François Mitterrand.

L’amour est mort, vive l’amour

La fille publie un nouveau roman « Les invasions quotidiennes », l’histoire d’une maman tout juste séparée du père de ses enfants, en quelque sorte son double. Mazarine et le réalisateur Mohamed Ulad-Mohand avec qui elle a eu trois enfants, viennent de se quitter.

‘Joséphine, l’héroïne du roman, la trentaine passée et la quarantaine approchant, vit la réalité de beaucoup de femmes actuelles, qui décident de jeter aux orties leur précédant quotidien et d’ entamer une deuxième vie. Un passage compliqué et exaltant. « A cet âge, on a généralement trouvé sa voie , on s’est installé professionnellement, on est épanouie par la maternité, d’autant que nos enfants commencent à grandir. On a devant soi une grande décennie pour affirmer sa la féminité » dit Mazarine Pingeot dont le livre raconte ce passage d’une vie à une autre.. Quitter quelqu’un n’est pas une décision facile à prendre et à vivre. Pour les enfants c’est la fin d’une forme de sécurité, du mythe parental.

L’éclatement du cocon familial leur impose de prendre conscience de la précarité des choses et du temps qui passe. Mais des parents heureux, la clarté retrouvé dans les relations entre les êtres qui leur sont le plus proches ou devraient l’être les aide à se structurer. Mazarine-Joséphine n’est pas tendre avec les hommes jusqu’à ce qu’elle rencontre son nouvel amour, un guide, un vrai car personne ne peut vivre sans amour.

Le livre avance sur des chapeaux de roues. Il est “speed” comme la période que traverse l’héroïne. Sans jamais une fausse note, l’écriture est rapide, précise, agréable. Elle est celle d’une normalienne, agrégée de philosophie.

La captive de Mitterrand

pingeot4La mère a beaucoup fait pour que « La captive de Mitterrand » qui lui est consacrée ne paraisse pas. Elle a refusé toute rencontre, à interdit à ses proches de parler, a tempêté, menacé. Le journaliste David Le Bailly s’est obstiné. Il avait « décidé d’écrire la biographie d’une femme qui a partagé la vie d’un président de la République pendant quatorze ans. Une femme dont personne ne connaissait l’existence, hormis quelques initiés, et sur l’influence de laquelle il est légitime de s’interroger ».

Au fil d’une enquête très poussée, du moins autant qu’il était possible de le faire, l’auteur dévoile une jeune-fille « ardente, ambitieuse, contrainte de se dissimuler derrière un masque de femme effacée, soumise ». , une « femme à facettes, déconcertante » qui pouvait tenir tête à François Mitterrand, une femme qui bâtit sa légende avec son silence.

Captive elle le fut d’un homme qui avait 27 ans de plus qu’elle, un ami de son père. Captive qui vécut clandestinement avec le président dès 1983, quai Branly dans une dépendance de l’Elysée Deux fois, selon Le Bailly, Mitterrand songea à épouser celle qu’il avait rencontrée lors de vacances communes à Hossegor. Apparentée aux Michelin, Anne appartenait à la grande bourgeoisie française nourrie de pétainisme, celle qui fut tentée par la collaboration.

L’amour devait être puissant, total pour accepter un tel renoncement trente ans durant : attendre sans fin l’homme aimé, accepter le silence et quelques entorses. Faire un enfant quand même. et travailler sans relâche au département des sculptures du musée d’Orsay, y imprimer sa marque. . Le Bailly voit en d’Anne Pingeot une héroïne de tragédie, prêtresse d’une folle passion qu’elle ne veut surtout pas abîmer avec des mots. Un essai biographique, élégamment écrit qui dépasse et de loin les anecdotes intimes ou supposées.

Françoise Cariès

 « Les invasions quotidiennes »

Mazarine Pingeot

Julliard, 238 pages, 19 euros

« La captive de Mitterrand »

David Le Bailly

Stock 340 pages 19,5 euros

 

 

Commentaires

Toutes les réactions sous forme de commentaires sont soumises à validation de la rédaction de Magcentre avant leur publication sur le site. Conformément à l'article 10 du décret du 29 octobre 2009, les internautes peuvent signaler tout contenu illicite à l'adresse redaction@magcentre.fr qui s'engage à mettre en oeuvre les moyens nécessaires à la suppression des dits contenus.