Une nouvelle biographie de Maurice Genevoix, survivant de 14

GenevoixAlors que le code civil les considérait jusqu’ici comme des « biens meubles », les députés viennent de reconnaître officiellement aux animaux la qualité « d’êtres vivants doués de sensibilité ». Maurice Genevoix, qui aimait les bêtes et comprenait leur langage, en aurait été très satisfait. Dans la biographie qu’il vient de lui consacrer Jacques Tassin rappelle le lien étroit et charnel qui unissait l’écrivain des Vernelles et la nature. « Les bêtes veillent sur les hommes par leur permanence et leur fidélité au monde » écrit Tassin en prenant maints exemples dans l’œuvre de Genevoix.

Si Jacques Tassin, chercheur au Cirad, ce centre qui, à Montpellier, s’occupe des enjeux internationaux de l’agriculture avec les pays du sud, s’intéresse cette année à Maurice Genevoix c’est parce qu’il fut un revenant de la grande guerre alors qu’on s’achemine vers la célébration du centenaire de cette monstrueuse “boucherie”.

L’auteur démontre que « la poésie de Genevoix est née de l’insolence du printemps des Eparges, de ces choses qui ne savent pas et se poursuivent au-delà de la guerre. Le monde, la vie et la lumière sont indifférents à la guerre…. Les choses, comme la vie et la lumière, se contentent d’être au monde…..Il suffit du silence et de la paix pour que la beauté revienne et que fleurissent au pied des hêtres défoliés, jusqu’au bord des entonnoirs d’obus, fragiles et vivantes, plus belles que dans tous les souvenirs des anémones sylvie».

Amoureux de la Loire

La Loire à Châteauneuf-sur-Loire.

La Loire à Châteauneuf-sur-Loire.

Tout est dit, tout s’explique d’une œuvre où bien sur la Loire eut une importance primordiale. Parce que l’homme des Vernelles en fut profondément amoureux, parce qu’il est né sur ses bords à Châteauneuf, parce que près d’elle il vécut une enfance heureuse, parce que près d’elle, il pensa ses blessures, qu’il retrouva la paix, parce qu’il entretint avec elle un dialogue ininterrompu. L’enfant s’est épris de la lumière qui finira par se confondre avec sa lumière intérieure de l’homme. Toute sa vie , même devenu académicien, il reviendra à elle poussée par ses racines et une indéfectible affection

Jacques Tassin n’oublie rien de l’univers de Genevoix dont il est indéniablement un familier. Sa documentation est fournie, précise. Il tient à la faire partager. Il s’y emploie dans un style fourmillant de détails , adorné au point d’en devenir parfois lourd., daté, proche de celui qui faisait flores dans la première moitié du vingtième siècle.. “C’est là que la nuit venue, les potaches retirés du monde, futures élites du peuple de France, astiquent farouchement mais sans joie leur rude cuir cérébral”. Dommage. A force de vouloir être précis, le scientifique Jacques Tassin ne laisse pas à l’imagination du lecteur l’espace qui lui est nécessaire pour se déployer et s’approprier le sujet. Dommage car lorsqu’il évoque la Loire, l’écrivain reprend de l’ampleur. Le fleuve royal lui a imposé sa prose. De là où il est , Maurice Genevoix doit en être ravi.

Françoise Cariès

« Maurice Genevoix, Survivant de 14 » par Jacques Tassin

Doyen éditeur , 295 pages, 18 euros.

 

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