La prison d’Orléans-Saran ouverte par Christiane Taubira

Prison saran

Christiane Taubira n’est jamais prisonnière du protocole. Elle l’a encore prouvé vendredi à Saran où elle a inauguré le centre pénitentiaire d’Orléans-Saran. Interrogée lors du point presse final sur l’absence de contact avec les détenus, la ministre de la Justice a fait tourner en bourrique son entourage et en particulier ses officiers de sécurité. D’ordinaire lorsqu’elle rencontre un détenu, la chose est préparée, hier à Saran, elle est rentrée dans une cellule au hasard, mais aux dires de ceux ont assisté avec à l’entretien avec deux prisonniers, “tout s’est bien passé”.

Le ruban coupé.

Le ruban coupé.

A chaque fois qu’elle entre dans une prison, Christiane Taubira, taxée de laxiste par ses adversaires, ne fait pas les choses à moitié. Et n’en sort pas avant trois heures de visites et de rencontres au minimum! Guidée par Didier Voituron, le directeur de l’établissement qui prépare l’arrivée des détenus depuis presque un an, elle a longuement parcouru les coursives lumineuses, de couleurs claires, du couloir du parloir, s’est arrêtée dans une Unité de vie familiale, au poste d’information et d’échange avec les agents, à l’unité socio-éducative. a rencontré aussi l’équipe médicale en salle de soins…celle du SPIP (insertion et probation) et la Juge de l’application des peines.

Le développement durable en prison

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Du végétal dans la galerie des parloirs.

Signe des temps, la prison d’Orléans, à défaut des longues peines, intègre le développement durable: pour la première fois comme l’ont souligné le directeur Didier Voituron et Marie-Laure Bousseta, responsable de l’immobilier, un établissement est végétalisé, en harmonie d’ailleurs avec le bâtiment d’accueil des familles en bois et l’ameublement des cellules façon Ikea. En revanche, qu’on ne s’y trompe pas, les barreaux eux ne sont pas osier et les miradors ne servent pas à observer le chevreuil. De la présence des 89 détenus arrivés début juillet de la prison de la Santé à Paris, en travaux, les visiteurs de prison d’une journée n’auront qu’entendu des effluves de Rap et aperçu un appareil photo glissé par un détenu paparazzi entre deux barreaux pour saisir la visite ministérielle.

A terme, ce centre de pénitentiaire d’Orléans-Saran permettra de fermer (définitivement) les deux vieilles prisons d’Orléans et de Chartres et de décongestionner les établissement de la région parisienne. Elle accueillera au total 768 détenus homme et femmes. Christiane Taubira a eu des mots agréables et bien tournés comme à son habitude pour tout le monde, les surveillants, l’administration judiciaire et les élus locaux. 

Saran: après les ordures, la prison

Michel Guérin et la médaille offerte à Mme Taubira.

Michel Guérin et la médaille offerte à Mme Taubira.

Avec truculence, Michel Guérin, l’éternel maire de Saran, même s’il ne l’est plus officiellement, en l’absence de la titulaire, a raconté avec sa verve habituelle, comment sa ville avait accepté la prison, après l’usine d’incinération des ordures, malgré un référendum défavorable. Une prison dont personne ne voulait. A Ingré on a ainsi invoqué un tuyau de gaz sous le terrain pressenti, qui sentait surtout l’hypocrisie à plein nez. “Malgré ça on a été réélu deux fois en 2008 et en 2014”, a lancé l’inusable Michel Guérin. 

IMG_0551Alors qu’elle vient de faire voter au Parlement sa réforme pénale, fruit d’un compromis avec Manuel Valls, Christiane Taubira insisté sur les 4 600 places supplémentaires et les 400 postes de surveillants à Saran (sur un millier en France), prévues  par son ministère. “Il faut remettre de la cohérence entre la politique pénale et la politique carcérale”, a lancé Christiane Taubira lors des discours au gymnase, une façon de renvoyer la balle dans le camp de Nicolas Sarkozy qui voulait taper très fort sur les délinquants mais sans prévoir les places de prison nécessaires. Saran faisait partie du plan précédent (13 200 places prévues en 2002). Mais deux surveillants, fatalistes, confient: “cette prison, elle est plus faite pour les détenus que pour nous, nos locaux sont sous-dimensionnés…” Et ils ajoutent: “quant à la capacité, on dépassera déjà les mille détenus à la rentrée…”

Ch.B

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 La ville va hériter de l’ancienne prison mais hésite sur sa future vocation

La vieille prison d'Orléans (photo France Bleu).

La vieille prison d’Orléans (photo France Bleu).

“Nous avons failli boycotter l’inauguration”, révélait Olivier Carré, le premier adjoint qui remplaçait Serge Grouard, le maire d’Orléans. Motif: le silence du ministère sur le devenir de l’ancienne prison qui appartient à l’Etat. Interrogée, Mme Taubira a confirmé que le vieil établissement sera cédé à la ville. Dans quelle condition? A l’euro symbolique? “Cela dépend des Domaines, pas du ministère de la Justice. Il m’est arrivé d’aider les maires à négocier les prix pour obtenir des baisses significatives. Lorsqu’une mairie a un projet à caractère social, d’aménagement du territoire, je le fais quelle que soit la sensibilité politique. Si c’est un projet avec un promoteur privé, c’est France domaine qui évalue le prix.”

Que faire de l’ancienne prison? Une patate chaude dont la ville se serait bien passée. “La démolition va coûté très cher”, estime Olivier Carré, adjoint en charge de l’économie. “C’est très bien situé mais l’environnement n’est pas fabuleux.” Un équipement public? Lequel? La réhabilitation serait aussi hors de prix. Lors de l’exposition Orléans 2025, un quartier d’habitation et des bureaux avait été prévu à l’emplacement de l’ancienne prison. La ville traitera t-elle avec un promoteur pour financer un équipement public du genre centre social, culturel, crèches? En tous cas, la menace de boycott de la ville d’Orléans a porté ses fruits. Vendredi matin, le ministère répondait que l’Etat voulait bien céder les lieux et Christiane Taubira en prenait l’engagement ensuite. Ce qui n’a pas empêché Olivier Carré de …s’échapper de la prison prématurément en cours d’inauguration.

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 Christiane Taubira: “Incarcérer dans les meilleures conditons pour protéger la société

La visite à Saran.

La visite à Saran.

Cette prison de Saran représente-t-elle la prison du futur?

Christiane Taubira:  “vous l’avez vu c’est un établissement moderne, il y a eu un travail sur les codes couleurs, sur les volumes, sur les espaces, la lumière naturelle, également sur les lieux de rencontre, d’activités, de sport, de soins qui sont à l’intérieur des bâtiments. Et puis la bibliothèque, pour moi c’est très important parce que l’incarcération doit être un temps utile, parce que le détenu doit avoir en perspective sa sortie. Pour cela il faut qu’il se penne en charge, qu’il comprenne le sens de sa peine, qu’il participe activement à l’exécution de sa peine et qu’il prépare sa sortie. Or dans notre population carcérale nous avons un taux d’illettrisme qui avoisine les 30%, soit trois fois plus que la moyenne nationale. Dans les régions nous avons généralisé l’intervention de la formation professionnelle. Cet établissement de Saran est pensé dans ce schéma. L’incarcération c’est une décision de justice, on accepte mais nous veillons à ce que cette incarcération s’accomplisse dans les meilleurs conditions pour protéger la société, c’est à dire aussi réduire la récidive et faire en sorte que les gens sortent du parcours de la délinquance.

-Il manque un quartier pour les mineurs…

– Oui je suis contrariée qu’il n’y en ait pas, d’autant que les autorités judiciaires l’avaient souhaité. iL se trouve que lorsque la demande a été prise en compte et étudiée, il n’était pas possible de revoir la conception même de l’établissement, cela aurait été extrêmement coûteux d’une part et cela aurait reporté de deux ans la livraison de l’établissement. Je suis contrariée parce que le maintien de liens familiaux, la socialisation, le maintien à proximité, l’accompagnement, le caractère éducatif de la sanction. C’est encore plus important que pour les autres. En éloignant les mineurs à Tours, on aggrave les risques de désociabilisation. Je vais regarder s’il est possible de réparer encore les choses, mais ce serait coûteux et cela prendra du temps.

Vous voulez lutter contre l’illettrisme mais la bibliothèque que nous avons visitée paraît bien vide…

C’est exact mais vous avez vu qu’il y a plusieurs bibliothèques au nom du principe de l’accès à l’activité dans chaque bâtiment. Je n’ai pas eu l’occasion de bien voir le fonds. Dans certains centres il y a beaucoup de BD, mais ce n’est pas choquant car il y a des personnes qui entrent dans la lecture par la BD. J’ai aussi demandé à l’administration pénitentiaire d’étudier la possibilité de prendre contact avec des maisons d’édition.

– Qu’est ce qui garantit que cette prison ne sera pas surpeuplée dans quelques mois?

IMG_0610Je ne peux pas donner ce genre de garantie car les décisions d’incarcération sont prises par l’autorité judiciaire. J’espère qu’elle ne sera pas surpeuplée car dans un établissement surpeuplé, les conditions de surveillance, les conditions de maîtrise des risques, des violences, des tensions et la préparation de la sortie, sont rendues plus compliquées. Dans le centres de détention, la règle c’est une personne par cellule. C’est dans les maisons d’arrêt qu’on a le risque de surpeuplement. J’espère que l’on n’y viendra pas je vous rappelle que la réforme pénale concerne beaucoup de courtes peines. Il n’y a pas d’utilité indispensable à l’incarcération. Par exemple, dans le cas du non paiement d’une pension alimentaire, on incarcère actuellement une personne pour deux ou trois mois. Il est plus utile de recourir à une contrainte pénale ou à un autre type d’accompagnement à l’extérieur qui oblige à une activité professionnelle permettant de rembourser les pensions alimentaires. On a élargi les réponses possibles, alors que jusqu’à maintenant les magistrats ne disposaient souvent que de l’incarcération.

 

Le centre pénitentiaire d’Orléans-Saran.

IMG_0496– Un quartier d’hébergement centre de détention pour hommes (210 places) pour les détenus condamnés.

– Deux quartiers maison d’arrêt pour hommes (210 places chacun) pour les prévenus (non encore condamnés) et les condamnés à une peine inférieure à trois ans.

– Un quartier maison d’arrêt pour femmes (30 places).

-Un quartier d’accueil (30 places).

– Un quartier de semi-liberté (60 places).

– Un service médico-psychologique régional de 18 places.

– 768 places sur sept bâtiments

– Une unité sanitaire

– Cinq unités de vie familiale

– 2000 m2 d’ateliers.

– Personnels

355 personnels pénitentiaires dont 5 membres de la direction, 22 personnels administratifs, 10 officiers, 40 gradés et 277 surveillants.

– Budget: 95 millions d’euros

-Durée des travaux 30 mois avec deux cents personnes employées sur le chantier

-Surface du Centre pénitentiaire, 36 500 m2.

– Superficie du terrain, 18,3 hectares.

– 10 espaces consacrés à l’enseignement

-dix salles d’activités

– Cinq salles de sport

– Cinq cours de promenade

-Un gymnase

 

 

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