Michel Dubois: petits et grands secrets d’une aventure américaine

dubois NY

Incroyable mais vrai. Picasso, Miro, Matisse, Van Gogh, Lichtenstein, Rothko,  Jasper Johns … De 1988 à 2002, Michel Dubois, directeur de l’entreprise  orléanaise Dubois Imageries a édité quelque 150.000 posters représentant des œuvres signées par quelques-uns des plus grands noms de l’art contemporain pour le MoMA, musée d’art moderne de New York. Aujourd’hui responsable de la galerie orléanaise le Garage,  cet homme de l’art continue de défendre le patrimoine et d’en partager les richesses.

duboisgroupePrésident des Amis des Musées d’Orléans depuis 2011, Michel Dubois vient, à ce titre, d’organiser pour cinquante membres de l’association deux voyages aux Etats-Unis (du 26 septembre au 1er octobre et du 3 au 8 octobre) à la découverte des plus belles collections du MoMA, du Metropolitan Museum, de la Frick Collection ou du Brooklyn Museum.

Dans la cité où il installa un temps ses bureaux, au cœur même de Manhattan, Michel Dubois fut GROUNDpour le premier voyage un guide plus qu’enthousiaste et conquis : ” Chaque fois, dans ces hauts lieux de l’art, l’accueil fut chaleureux et personnalisé. Aujourd’hui encore je porte un regard émerveillé sur cette ville tellement ouverte et en permanente effervescence.”

Avec cette passionnante odyssée, l’occasion était trop belle de ne pas renoncer à dévoiler quelques secrets de l’aventure new yorkaise de l’un des sérigraphes incontournables des années 80. Croustillantes anecdotes à la clé.

 

Jean Dominique Burtin

 

Miro nous en met plein les mirettes

Le tirage d'un Miro...

Le tirage d’un Miro…

Lorsque le bon à tirer est validé, cela veut dire que le MoMA  est satisfait et que l’entreprise de Michel Dubois va pouvoir tirer le fameux “Bleu II” , œuvre de Miro qui appartient du reste au Centre Pompidou. Fort de l’accord, Michel Dubois livre ainsi, en septembre 1993, mille superbes reproductions aux USA. Quelques temps après, le Centre Pompidou organise la même exposition à Paris. Incroyable mais vrai :  c’est au MoMA que s’adresse l’établissement parisien pour imprimer le fameux  “Bleu II”.  Bien évidemment, le MoMA s’adresse une nouvelle fois au sérigraphe orléanais qui va s’empresser de lui adresser un nouveau tirage de mille exemplaires qui finira par atterrir à Paris. Détour inutile tout cela ? Pas vraiment. Car c’est en mesurant le travail effectué sur Miro que le Centre Pompidou décidera désormais de faire appel directement pour ses reproductions à Dubois Imageries.

Restauration Matisse

L’œuvre de Matisse  ” Christmas Eve “, pièce de 1952, est composée de collages et de découpages. L’original portait des traces de ruban de  scotch. Michel Dubois décide reproduire l’œuvre telle qu’elle sans interpréter quoi que ce ce soit. Une nouvelle fois le bon à tirer est accepté par le MoMA et mille exemplaires seront donc livrés. Quelques mois passent et le MoMA se rapproche toutefois de Michel Dubois pour lui demander de bien vouloir nettoyer le tableau en gommant les traces de scotch jugées disgracieuses par le public américain. L’entreprise accepte de reprendre, en photogravure, l’œuvre originale. Un nouveau bon à tirer est accepté et mille exemplaires repartent pour New York. Désormais, l’œuvre de Matisse passée entre les mains des restaurateurs orléanais (sacrés faussaires !) va se vendre comme des petits pains. Pas moins de cinq mille exemplaires seront, en effet, imprimés pour les USA entre 1996 et 2002 !

Marilyn et son double

Warhol

Le “Golden Marilyn” d’Andy Wawrhol.

Michel Dubois : ” Lorsque le MoMA me  demande en 1999 de reproduire le splendide et mythique “Golden Marilyn” d’Andy Warhol, je pars cette fois avec une équipe à New York afin de mesurer l’intensité de l’original. L’œuvre est majeure, et le challenge consiste à respecter les tons subtils d’or et de cuivre de l’arrière-plan ainsi que le visage de la déesse. Dans les réserves, légitimement surprotégées  du MoMA, je me suis donc muni d’un nuancier couleurs Pantone pour échantillonner l’œuvre au plus près. Grand protecteur de la divine, l’un des gardiens m’interdit toutefois d’approcher le visage et, bien que conquis, je dois toutefois plier bagage”. Plus tard, le MoMA fera parvenir une reproduction photographique de l’œuvre, que Dubois devra réinterpréter. Tout le savoir-faire de son entreprise se met alors en mouvement et deux mois seront nécessaires pour restituer tout ce que le sérigraphe n’avait pu appréhender de manière indispensable et vivante dans les ateliers du MoMA. Compte tenu de la reproduction du chef d’œuvre,  le musée américain insistera pour venir assister au tirage de cette impression qui aura nécessité, à l’identique, neuf passages successifs de couleurs. Lisa Polay vient ainsi expressément de New York à Orléans. Accueillie à à sa descente d’avion par l’entreprise orléanaise, cette dernière est immédiatement prise en chasse par les paparazzi …En vérité, Michel Dubois a une idée derrière la tête et a confié le soin à un ami, de photographier le visage de la représentante  du MoMA dans une attitude identique à celle de la fameuse Marilyn de Warhol. Quelques  jours plus tard, après avoir effectué un tour de ses fournisseurs européens, Lisa Polay rejoint Orléans pour assister au tirage. Quelle n’est pas sa surprise, lorsque devant les responsables économiques et les représentants des médias régionaux, elle voit soudain son propre visage, habilement maquillé, supplanter celui de Marilyn.

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Le tirage de l’affiche Marilyn à Ortléans.

A l’arrivée, la ” Lisa Polay ” de Dubois, à la griffe Warhol,  sera éditée à huit exemplaires confidentiels. Complice, l’entreprise  offrira à l’ambassadrice américaine ce portrait inédit qui la fera devenir, dira-t-elle plus tard, rose de confusion, la vraie star du MoMA. Plus sérieusement, deux mille exemplaires de la vraie Marilyn seront livrés au 3 East 54 th Street, NY, NY 10022. Et cette belle version obtiendra, pour la qualité de la reproduction, une médaille d’Or au salon international de la sérigraphie de Munich (FESPA) et une autre à Las Vegas (SGIA Expo).

Sous le charme de Lichtenstein

Michel Dubois : “Un beau jour, en 1999, place du Martroi, la Chambre de Commerce d’Orléans reçoit la French-American Chamber of Commerce de Chicago. Au cour d’un déjeuner, lors de la conversation, je confie de manière badine au directeur, Michel Gilbert, que je travaille pour le Moma . Et pourquoi ne pas travailler pour le musée de Chicago, me demande-t-il alors? Dès lors, je lui laisse ma carte et, bien entendu, lui remets différents posters réalisés pour le MoMA. Quelques semaines plus tard me parvient la proposition enthousiaste d’éditer ” Nude with yellow flowers “, création de Roy Lichtenstein à réaliser en douze couleurs.” Cette délicieuse femme au téléphone sera ainsi reproduite à mille lumineux exemplaires. Pour la petite histoire, après avoir pris livraison des posters, le musée de Chicago, impressionné et renversé, adressera un courrier de remerciements à l’attention de l’ensemble du personnel de Dubois Imageries. Respect pour la qualité de la reproduction.

Juste un regret

La période Kandinski.

La période Kandinski.

“Dans la continuité des commandes du MoMA me parvient, un beau jour, la proposition de reproduire une œuvre de James Rosenquist. il s’agissait d’une œuvre Pop de 1962, titrée “Marilyn Monroe “. Comme d’habitude, un Ektachrome nous est adressé par le département d’art américain. Nous nous mettons à l’œuvre, mais en dépit de nos efforts, deux bons à tirer nous seront successivement refusés”. En vérité, les tons aluminium et chrome  ne convenaient pas parfaitement. N’ayant pas vu l’œuvre in situ, comme ce fut le cas pour la Marilyn de Warhol, Michel Dubois n’est pas parvenu à affiner son regard sur l’œuvre. D’un commun accord, en fonction des délais, le projet sera ainsi, malheureusement abandonné. Conscient de la difficulté, le MoMA, aura toutefois défrayé l’entreprise pour son travail. A ce jour, il est à noter que nulle reproduction de Rosenquist n’aura été effectuée…

Le choc

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La femme au miroir de Picasso.

Michel Dubois : “C’est en 1988 que j’ai reproduit “La Femme au miroir”, cette merveille de Picasso datée de 1932. Pour ce grand format, il m’a fallu travailler d’après des documents photographiques fournis par le MoMA. Cette fois, ces derniers ne sont pas flous comme ce fut le cas pour “La Nuit étoilée”, de Van Gogh…  Quadrilaser, grand photograveur orléanais et partenaire de l’entreprise travaille avec nous sur la séparation des couleurs. On imprime. On livre. ” No problem ! “. Douze mille exemplaires seront ainsi imprimés et livrés entre 1988 et 2002 à New York. Quelques années plus tard, à l’occasion d’un voyage, lorsque je découvre sur place l’original sur lequel nous avions tant travaillé, c’est le choc. Elle s’offrait enfin à moi. J’ai mis infiniment de temps à me remettre de cette rencontre. Nous étions tombés pile. Je n’avais pas trahi”.

Jean-Dominique Burtin

 

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