Mis et Thiennot, une affaire si mal menée !

Par Patrick Martinat

L’affaire dite « Mis et Thiennot », espère en sa sixième demande de révision en 67 ans. C’est surtout l’histoire d’une enquête particulièrement mal menée, mais aussi un dossier phagocyté par un instituteur communiste qui en a fait l’œuvre de sa vie.

Mis et Thiennot lors d'un  procès en réhabilitation.

Toute leur vie, Raymond Mis (à gauche) et Gabriel Thiennot n’ont cessé de clamer leur innocence.

Hiver 1946. En marge du Berry, la Brenne, avec ses étangs disposés jadis en chapelets par des moines paysans mobilisés contre la fièvre jaune et ses fermes perdues en brume comme des carcasses de bateaux échoués sur d’improbables plages désertes, offre, après-guerre, le décors sauvage idéal à ces histoires de meurtres dont raffolent les vieilles anglaises. Celle-ci a figé son titre générique sur deux « présumés coupables » quoiqu’ils furent dix concernés et huit condamnés. Ce sera L’affaire Mis et Thiennot. Elle aurait pu tout aussi bien s’intituler L’affaire Boistard du nom de la victime ou encore L’affaire de Saint-Michel-en-Brenne commune du fond de l’Indre qui, ce 29 décembre après midi, résonne de quatre coups de feu comme le voudrait la règle tacite d’une fin de partie de chasse. Et pourquoi pas L’affaire Thibault, ces deux jeunes bouchers de Saint-Genou, dont la vie s’est amèrement diluée dans l’histoire ?

Dans les eaux basses d’un étang

Louis Boistard, garde-chasse chez l’industriel sucrier Jean Lebaudy, est depuis huit ans chargé de surveiller la propriété du Blizon, principalement contre les braconniers titillés par ses 2800 hectares d’étangs de landes et d’étangs giboyeux. Ce matin-là, glacial et brumeux comme à souhait, il a accompagné son patron à la passée des canards, est revenu déjeuner, pas très tôt, juste avant que sa femme, Louise, qui, comme à son habitude, lui avait tenu ses plats au chaud, et ses deux filles, ne partent pour l’arbre de Noël du château.

Il était aux alentours de 14 heures. Il n’avait pas tardé à renfiler son paletot de velours et repartir faire sa tournée, gibecière en bandoulière, fusil à l’épaule et son chien sur les talons. Un témoin, non retenu par les gendarmes, se vantera le lendemain, publiquement, avoir vu passer Boistard à une cinquantaine de mètres devant lui, entre 15h30 et 15h45. Puis ses traces se perdent dans un brouillard qui peine à se lever, bientôt rattrapé par la fin du jour. Il est passé minuit lorsque son chien revient seul. Mme Boistard, réveillée en sursaut, se décide à prévenir de l’absence de son mari : d’abord un fermier voisin logeant à La Dorasserie, Paul Naudet, puis le régisseur du Blizon, M. Béthune. La brigade la plus proche, celle de Mézières-en-Brenne, sera alertée par téléphone peu avant 4 heures du matin.

mis et thiennot

Les gendarmes vont mener activement une battue toute la journée du lundi jusqu’à la nuit. En vain. C’est mardi matin, vers 9 h 15 que le garde-chef de la régie du Blizon, René Beigneux, découvre dans les eaux basses de la queue de l’étang des Saules, le corps flottant sur le ventre du garde-chasse Louis Boistard. Non loin, Désiré Brunet, le fermier de la ferme « Prends garde à toi », laboure son champ…Certains s’étonneront de l’attitude de ce premier témoin qui, le dimanche après midi, assure également avoir assisté de loin à « l’altercation » entre le garde et une faction de chasseurs. Vers 15h30, près de l’étang des Brandes précise-t-il. Son neveu, André Thiennot, a aperçu le garde se dissimulant derrière des petites tailles comme pour surprendre quelqu’un. Enfin, Paul Naudet, qui fait partie lui aussi de la ronde des témoins, a entendu « une fusillade suspecte » venant des Rondières, entre 16h30 et 17h.

Ainsi commence, dans ce « pays aux mille étangs », une trame qui ne va cesser de s’épaissir, un écheveau à se dévider emmêlant à l’envie ses fils, un fatras de convictions et de mensonges à s’entasser, salmigondis d’indices et de malfaçons, de contradictions et d’incertitudes, de procès et de recours.

Les gueux contre les nantis

Mis et thiennotFin décembre 2011, ce sont 65 années de combat qui s’achèvent, amnistie fragile à l’issue d’une guerre déclarée au nom d’une vérité qui ressemble à un Graal pour un PCF, notamment représenté par Boiseau, un instituteur du coin qui a entamé une croisade contre le patronat…Guerre qui deviendra lasse faute de combattants.

Mis et Thiennot font partie (malgré eux ?) de ces héros ouvriers potentiels contre le pouvoir bourgeois idéalement représenté par Lebaudy, industriel sucrier patron du garde chasse Boistard, bénéficiant d’un entregent qui lui permet de recruter des ténors du barreau comme Me Maurice Garçon.

Les enquêteurs imposent en l’occurrence, une incontestable incompétence qui nourrira évidemment la partie adverse. A force de quadriller un terrain miné d’avance, de suivre des pistes mal jalonnées qui mènent nulle part, se fier à des témoignages qui s’effritent en rumeurs, en laisser d’autres au bord du chemin sans autre raison que l’autocratie d’un bon vouloir et d’un pouvoir sournois mais réel, à prêter l’oreille à d’inutiles polémiques ou vaines querelles, la justice s’est épuisée. Les principaux acteurs vont s’éteindre avant elle1.

Les faits

Arrivée de la police et des gendarmes chez les Mis, à la Blinerie

Arrivée de la police et des gendarmes chez les Mis, à la Blinerie

Ce 29 décembre 1946 au petit matin, ils avaient grimpé tant bien que mal dans la vieille Hotchkiss des frères Thibault, Emile et Gervais, bouchers à Saint-Genou. Il y avait leur voisin André Chichery, Jean Blanchet, des Bruères, deux cousins Bernard et Roland Chauvet. La camionnette avait rejoint Raymond et Stanislas Mis, des anciens voisins de ces deux-là. La matinée avait été désespérante d’absence de gibier.

Vers midi, en rentrant déjeuner à la Blinerie chez les Mis, à l’origine de la partie de chasse, ils avaient rencontré le jeune Gabriel Thiennot et Christian Grosjean qu’ils avaient invité à partager le café. Ils étaient 14 à s’entasser après déjeuner dans la camionnette, une bande de joyeux et bruyants lurons d’après une jeune fille à vélo qui les croisa sur la route les menant au bois Jacques-des-Bœufs.

Au retour à la Blinerie, quelques uns de ces chasseurs, toujours aussi bredouilles, tentent un dernier tour dans les champs derrière la ferme, histoire pour (dixit Gabriel Thiennot) de tuer un lapin et les autres de tirer sur « une volée d’alouettes »…Phrase récurrente qui pèsera lourd dans le dossier. Emile Thibault situe cette fusillade, qui sera entendue pas plusieurs chasseurs dans le coin, vers 16 heures 30. Puis c’est le retour à Saint-Genou (entre 17h et 17h30 selon Emile Thibault) via Mézières pour y déposer Gabriel Thiennot.

Les témoignages de Désiré Brunet, son neveu André Thiennot et de Paul Naudet, convaincu dès la nuit de la disparition du garde, que celui-ci a été tué à l’heure de la fusillade par le groupe de chasseurs, là où il avait cru distinguer dans le brouillard un des frères Mis, vont ouvrir les premières pistes de l’enquête. Celui d’Albert Niceron, témoin direct accusant Raymond Mis et Gabriel Thiennot d’avoir tiré sur le garde, scelle l’affaire.

Huit chasseurs, dont Mis et Thiennot, sont arrêtés. Ils avouent. Puis se rétractent. Avant de signer des aveux, après une semaine d’interrogatoires qui va prendre des allures de séances de tortures.

Une enquête contestable et contestée

Le dix-neuf octobre 1948, le magazine « Détective » publie sur une double page un titre énorme : «  HUIT INNOCENTS ! »

Le 19 octobre 1948, le magazine « Détective » publie sur une double page un titre énorme : « HUIT INNOCENTS ! »

Le 14 janvier La Marseillaise2* informe ses lecteurs que Mis et Thiennot sont revenus sur leurs premières déclarations et nient désormais avoir tiré sur le garde. Ils clameront leur innocence jusqu’à leurs décès respectifs, en 2003 et 2009.

L'inspecteur Emile Lecocq à Mézières-en-Brenne en 1996

L’inspecteur Emile Lecocq à Mézières-en-Brenne en 1996

L’enquête est dirigée, ou plutôt menée à la diable par un commissaire aux manières contestables, ou du moins contestées, peu farouche aux pressions du pouvoir, Georges Daraud, soupçonné d’attitudes laxistes pendant l’Occupation…Il est, dans le cas présent, pressé de changer ses intuitions en convictions. Pressions ? Une autopsie du garde chasse effectuée dans des conditions suspectes et pour le moins négligées par le docteur Bougarel, présentera un rapport rédigé – de mémoire, quinze jours plus tard ! – surchargé de ratures. Ce document va servir de socle à trois procès et davantage de recours initiés par un comité de soutien mené par Léandre Boiseau, instituteur convaincu de l’innocence des condamnés. Cinq requêtes en révisions rejetées une à une vont suivre pour échouer au loin d’une vérité à jamais perdue dans les errances d’un dossier aujourd’hui éparpillé3*.

Gabriel Thiennot et Raymond Mis lors de leur deuxième jugement en décembre 1948.

Gabriel Thiennot et Raymond Mis lors de leur deuxième jugement en décembre 1948.

Autour d’une montre à l’heure faillible, retrouvée dans une poche du garde-chasse, qui n’indique pas forcément l’heure du crime, de pièces à conviction contestées ou mal traitées, de témoignages discutables, deux mondes se sont affrontés, les « rouges » et les « blancs », les « petits » et les « gros », jusqu’à porter un drame rural à l’échelon emblématique de ces affaires qui marquent les esprits parce qu’elles reflètent des zones d’ombre de la société estampillée d’une certaine époque. Les acteurs étaient bien campés : l’ouvrier peu instruit, Thiennot l’artisan modeste, les Thibault et le « polak » autrement dit l’étranger, Mis, d’un côté ; de l’autre l’hobereau, Le Baudy et ses gens emblématiques d’un temps en voie de disparition a commencé par son garde chasse, Boistard ; le tout dans l’après-guerre jonché de séquelles en tout genre liées à la résistance, qui fut particulièrement féroce dans l’Indre, et de fractures morales mal cicatrisées.

Ainsi que la plupart des affaires criminelles mal appréhendées par les enquêteurs, celle-ci a peu de chance d’être résolue un jour. Restent des convictions et des contradictions laissées lâchement en marge4*

P.M.

 

Trois procès et cinq requêtes en révision

67 ans de recours en justice

24 juin 1947. La Cour d’assises de Châteauroux où Me Maurice Garçon va plaider pour la partie civile, Raymond Mis et Gabriel Thiennot sont condamnés à 15 ans de travaux forcés et 10 ans d’interdiction de séjour.

10 octobre. Emile et Gervais Thibault, Stanislas Mis, Bernard Chauvet, André Chichery et Jean Blanchet sont condamnés à des peines de 18 mois à 2 ans de prison par le tribunal correctionnel du Blanc.

28 mai 1948. L’arrêt de la Cour d’assises est cassé et annulé et le procès est envoyé aux assises de Poitiers.

Mis et Thiennot 1er décembre. La Cour d’assises de Poitiers condamne Mis et Thiennot à 20 ans de travaux forcés.

9 décembre 1949. L’arrêt de Poitiers est cassé. Le procès est renvoyé à Bordeaux.

4 et 5 juillet 1950. La Cour d’assises de Bordeaux condamne Mis et Thiennot à 15 ans de travaux forcés.

24 juillet 1954. Mis et Thiennot graciés par le président de la République René Coty.

1980. Publication de Ils sont innocents ! de Léandre Boizeau et constitution d’un comité de soutien.

8 juillet 1980. Dépôt d’une requête en révision à la Chancellerie.

Janvier 1984. Requête supplétive suite à un nouveau témoignage.

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=9tePTrGsT-k[/youtube]

19 janvier 1986. Refus de la Chancellerie de saisir la cour de cassation.

11 février 1986. Le ministre de la justice défère le dossier devant la chambre criminelle de la Cour de cassation.

15 juin 1988. La Cour rejette la requête en révision.

17 janvier 1991. Dépôt d’une nouvelle requête en révision.

5 mars 1993. Nouveau rejet de la commission de révision des condamnations pénales.

Mars 1996. Nouvelle requête en révision.

18 novembre 1996. Pour la quatrième fois, la commission de révision rejette la requête.

2 juin 2003. Mort de Gabriel Thiennot.

Juin 2006. Cinquième requête.

19 mars 2007. Rejet de la requête.

Octobre. Me Jean Paul Thibault dépose un recours devant la Cour européenne des droits de l’homme.

23 septembre 2009. Mort de Raymond Mis.

31 octobre 2010. Mort de Me Thibault, avocat depuis trente ans de Mis et Thiennot.

12 janvier 2015. la Cour de cassation va de nouveau examiner le dossier.

L’inconnu du commissariat du Blanc

L'inspecteur Emile Lecocq, en 1996

L’inspecteur Emile Lecocq, en 1996

En 1996, un inspecteur à la retraite, Emile Lecocq, revient à Mézières-en-Brenne. Il n’y était jamais repassé depuis 50 ans. Il affirme avoir reçu le 31 décembre 1946 alors qu’il était en poste au Blanc (Indre) un coup de fil du commissaire Daraud, de la PJ de Limoges, « aux environs de 17 heures » lui demandant de se rendre à Mézières pour le remplacer lors de l’autopsie du garde Boistard prévue le soir même ; qu’il s’y est rendu en motocyclette conduite par un gardien de la paix ; qu’ils sont arrivés vers 18h30 » ; que l’autopsie du dr Bougarel qui l’attendait s’est effectuée seulement en sa présence, un « homme de service de l’hospice(…) qui procéder au déshabillage (…) du cadavre gelé ». Ayant aidé le médecin légiste, il souligne que l’estomac de la victime était vide « à peine une cuillerée à soupe de liquide blanchâtre, sans consistance ».

Dans son ouvrage paru en 1998 Mis et Thiennot, Innocents dites-vous ? cet inspecteur précise qu’il récupéré les deux bourres prélevées lors de l’autopsie -mais qu’il a « omis de prélever quelques plombs logés dans l’épaule de la victime » – qu’il a remises au commissaire Daraud ainsi que ses notes relevées au cours de l’autopsie. Il ajoute que le 2 janvier il interroge, d’abord seul, dans les locaux du commissariat du Blanc à la demande du commissaire Daraud (qui se joindra à lui dans la journée) « cinq ou six suspects (…) dont le plus âgé devait avoir dix-neuf ou vingt ans ». S’il affirme que le commissaire et lui ont « pu connaître le déroulement du drame » au cours de ces interrogatoires, il admet que l’insuffisance de personnel et de matériel ne leur ont permis de recueillir que « les points essentiels des déclarations ».

Enfin il rappelle que la montre du garde-chasse s’était arrêtée d’elle-même – et s’est remise à fonctionner lorsque l’on a remonté le mécanisme – ce qui ne justifie pas que l’heure indiquée (17h05 ou 5h05) puisse être interprétée comme étant l’heure du drame.

Bibliographie

1980. Ils sont innocents ! Léandre Boizeau, éditions La Bouinotte
1991. La prière des juifs, Gilbert Collard, éditions Denoël
1995. Le crime des puissants, Daniel Sarne, éditions JC Lattès
1998. Mis et Thiennot, innocents dites-vous ?, Emile Lecocq, Les éditions du Panthéon.
2002. Les enfants du brouillard, Jean-Claude Derey, éditions Phébus.
2004. Thiennot, l’homme qui hurlait d’innocence, Léandre Boizeau, éditions La Bouinotte.
2007. L’affaire Mis et Thiennot, Louis Gildas et Gérard Clam, éditions CPE (bande dessinée).
*1 Gabriel Thiennot est mort le 2 juin 2003, Raymond Mis le 23 septembre 2009, leur avocat, Jean-Paul Thibault le 31 octobre 2010.
*2 La Marseillaise, journal créé en 1944 par le PCF
*3 Le dossier réclamé (en 1996) auprès de Me Thibault, avocat du comité de soutien était particulièrement et curieusement incomplet, sans que celui-ci puisse en donner les raisons. Ou sont les pages manquantes ?
*4 Lire « L’inconnu du commissariat du Blanc »

Commentaires

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  1. Je suis passé de la croyance en l’erreur judiciaire condamnant Mis et Thiennot à la certitude de leur culpabilité dans l’assassinat du garde-chasse Boistard après une étude des sources de cette affaire malmenée par les médias.
    La place du commentaire étant limitée, je vais me limiter à quelques points soulevés dans l’article.
    Je connais les documents qui servent de trame au point de vue exprimé par Patrick Martinat. Il parle « d’une enquête contestable et contestée ». Il doit savoir que toute enquête de police est contestable et c’est le rôle du juge d’instruction, du président, du procureur et des avocats lors des procès de faire la lumière pour éclairer les jurés qui condamnent ou libèrent les accusés. C’est le rôle des cours d’appel de réexaminer à nouveau les faits pour confirmer ou infirmer, avec d’autres jurés, le jugement initial. C’est ainsi que fonctionne la justice de la République qui, par trois fois, à Châteauroux, Poitiers et Bordeaux a condamné les deux chasseurs qui, comme l’écrit le journal La Marseillaise n’ont pas « convaincu de leur innocence »
    Pour juger de la qualité de l’enquête, Patrick Martinat a -t-il pris connaissance du rapport de la gendarmerie de Mézières-en-Brenne daté du 2 janvier 1947 ? Rapport que j’ai consulté aux archives de la Défense à Vincennes.
    Connait-il le rapport daté du 14 février 1947, du Commissaire Daraud chef de la brigade de Police Judiciaire , qui est intervenue dès le 31 décembre 1946 sur les lieux du crime ? Rapport détenu par les archives départementales de la Haute-Vienne ? Ce rapport donne tous les détails sur les constatations sur le terrain, les pièces à conviction mises sous scellés, les PV d’entretiens et d’aveux co-signés avec toutes les personnalités témoins et acteurs dans l’affaire ? Je l’ai consulté, et analysé.
    Connais-t-il les menaces de mort proférées par Gabriel Thiennot envers le couple Boistard le 23 novembre 1944 ?
    Connait-il le compte rendu intégral du procès du tribunal correctionnel de Le Blanc des 2 et 3 octobre 1947 qui a condamné les autres chasseurs à des peines de prison ?
    Connait-il le long récit enregistré à sa retraite de l’Inspecteur Vidal qui a recueilli les aveux de Gabriel Thiennot le dimanche 5 janvier 1947 ? Je l’ai dans mes archives.
    Gabriel Thiennot a renouvelé cet aveu, sans avoir subi de violences, au juge d’instruction Haulon le 8 janvier 1947, et trois années plus tard, au procès de Bordeaux , rapporté par le quotidien « La République du Sud Ouest de Bordeaux  » daté du 5 juillet 1950. Extraits :
    L’avocat Maurice Garçon s’adressant à Thiennot :
    – L’inspecteur Vidal ici présent,vous a-t-il interrogé ?
    – Oui
    -Avez-vous avoué à l’inspecteur Vidal que vous étiez l’auteur du meurtre du garde chasse Boistard ?
    – Oui
    – L’inspecteur Vidal vous a-t-il frappé pour vous faire avouer ?
    – Non
    -J’enregistre que de vos propres aveux, vous avez bien reconnu être l’auteur du meurtre, sans avoir été frappé. Cela me suffit.
    Le journaliste du quotidien La République du Sud-Ouest et de Bordeaux écrira : » L’inspecteur Vidal reçoit des accusés un hommage inattendu : « C’est le seul policier, disent -ils, qui ne nous ait pas battus ».
    – Le président de la Cour : «  Et pourtant, vous lui avez passé des aveux ».

    Patrick Martinat énumère ensuite les rejets des requêtes en révision qui se sont succédées, sans expliquer pourquoi. Or chaque réponse circonstanciée de la Cour mérite d’être connue pour comprendre. À chaque requête il y a eu enquêtes sur le terrain. Le rejet daté du du 5 mars 1993 mérite une attention particulière, car intervenu après modification de la loi qui renverse la charge de la preuve. J’ai le document dans mes archives.
    Il ne parle pas de la campagne de presse du journal du parti communiste, au mois d’août 1952 qui a été la matrice de la conviction de l’instituteur Léandre Boizeau, qui a relancé l’affaire en 1980. Cette campagne a vu un témoin accusateur capital Niceron , brutalement frappé et conduit à l’hôpital.

    Comment Patrick Martinat interprète-t-il l’obstacle mis par Léandre Boizeau à la réalisation du l’émission qu’il avait conçue en 1996, pour la chaine Antenne 2 réunissant les condamnés et les policiers ? Dans le dossier de l’inspecteur Maurice Vidal, j’ai lu ses échanges de correspondances avec les policiers…J’interprète cet obstacle comme un aveu de la culpabilité de ses « protégés ».

    Reprenant l’argument de l’avocat Jean-Pierre Mignard dans la 6è requête : « Georges Daraud soupçonné d’attitudes laxistes pendant l’Occupation » Patrick Martinat n’apporte aucun fait confirmant cette suspicion. Je sais qu’ Émile Lecocq, policier médaillé de la Résistance, Maurice Vidal policier résistant emprisonné par la Gestapo, ont considéré Georges Daraud comme un résistant actif, qui naturellement ne le criait pas sur les toits. Des résistants du Blanc aussi qui l’ont fait savoir au procès en correctionnelle à l’avocat des accusés André Le Troquer.
    Je sais aussi que Jean Lebaudy, capitaliste sucrier, grand propriétaire au château du Blizon, et comme tel, vilipendé comme collaborateur, ayant acheté ses titres de la Résistance, crapahutait l’été 1944, dans les maquis du Morvan, adjoint du colonel anglais Hutchison, d’un groupe Jedburgh, parachuté pour aider la résistance locale à s’organiser. J’ai découvert le document dans un fonds privé aux Archives nationales, et donné une copie du rapport au Musée de la Résistance de Saint-Honoré-les-Bains dans la Nièvre où on peut le consulter.
    Dans un livre en instance d’édition, je présente d’autres faits et apporte d’autres explications. Ce livre est préfacé par un avocat du Barreau de Paris, ami personnel du premier avocat du Comité de soutien à la révision de la condamnation de Mis et Thiennot.
    Patrick Martinat laisse entendre, mais ne prouve rien.

  2. Un autre “fait” troublant: comment se fait-il qu’on ne puisse trouver nulle part (même chez l’éditeur, les éditions du Panthéon) sur aucun site de vente en ligne, dans aucune librairie en France, le livre de l’ancien inspecteur Lecocq “Mis et Thiennot, innocents dites-vous ?”, ouvrage qui posent certains problèmes concernant l’innocence revendiquée par les condamnés. De méchants bruits courent comme quoi tous les exemplaires en vente de ce livre auraient été rachetés par les partisans de l’innocence et de la révision à tout prix et ensuite détruits car n’allant pas dans le sens “obligatoire” voulu par les “révisionnistes”…Le bon peuple attend avec impatience le livre annoncé par Gilmor (?)…

    • Nous avons DEUX exemplaires de ce fameux livre introuvable et nous allons le copier (les éditions du Panthéon n’existant plus aujourd’hui et Monsieur Lecoq étant très âgé)et l’envoyer à qui de droit pour qu’il soit enfin disponible pour tout un chacun (il est dispo à la médiathèque de Bourges mais chut!…) afin qu’on puisse en juger. Car il n’est anormal d’avoir un seul son de cloche dans cette affaire, alors que des témoins, encore vivants aujourd’hui, affirment des choses qui vont complètement à l’opposé des affirmations fausses et à consonance ultra politique (même encore en 2017) du dit comité de soutien aux dénommés Mis et Thiennot, décédés aujourd’hui mais toujours condamnés à ce jour par deux cours d’assises pour leur forfait malgré cinq pourvois en révision. Le rachat avéré de tous les exemplaires de ce livre de l’inspecteur Lecoq est un indice qui ne joue pas en leur faveur non plus. Il faut que les choses soient dites sans crainte (nous ne sommes plus en 45-47 où les communistes ont tentés de prendre le pouvoir) et elles seront dites.

  3. Réponse à M. Patrick Martinat qualifié par Stéphanie Payssan dans l’Echo du Berry du 4 décembre 2014 de «journaliste retraité correspondant régional du Monde» et rappel de quelques règles déontologiques du journalisme : vérification des faits, liberté d’information et d’expression, respect de la personne, protection des sources.

    Dans votre article, paru dans le Mag’ Centre du 4 janvier 2015, traitant de l’affaire Mis et Thiennot (1946), juste avant la 6e requête en révision du 19 janvier 2015, vous expliquez que «c’est surtout l’histoire d’une enquête particulièrement mal menée», et personne ne conteste ce fait. En cela, vous reprenez des articles de journaux de cette période d’après-guerre, des extraits de livres parus successivement sur l’affaire ainsi que la documentation du site internet de notre Comité de défense de Mis et Thiennot sans en citer la source. Grave faute déontologique monsieur Martinat !
    Et c’est là que le Comité de soutien Mis et Thiennot tient à réagir contre votre article, lorsque vous insultez de façon particulièrement violente monsieur Léandre Boizeau, (avec un Z, (dois-je vous rappeler que l’orthographe des noms doit être respectée) auteur du livre-enquête «Ils sont innocents» en disant de lui que le «dossier (a été) phagocyté par un instituteur communiste qui en a fait l’œuvre de sa vie.» Insulte doublée de parti-pris politique manifeste !
    Léandre Boizeau, donc, a « phagocyté », dites-vous, le dossier.
    Non, monsieur car, seul, tel un Journaliste, il a repris les faits les uns après les autres, rencontré les personnes concernées et les témoins en consignant leurs déclarations, révélé les incohérences de l’enquête et, surtout, écrit que les aveux ont été obtenus sous la torture, après huit jours et huit nuits de sévices, brimades et autres supplices perpétrés par des policiers déjà très zélés pendant l’Occupation allemande.
    Nous avons des preuves, nous ! Il vous suffit monsieur Martinat de lire les rapports du médecin qui a ausculté les malheureux accusés à leur arrivée à la prison de Châteauroux et vous serez édifié. Comment ne pas se révolter contre pareilles violences ?
    Vous semblez également oublier que Léandre Boizeau a eu accès au dossier judiciaire intégral qui a servi à l’écriture de son livre «Ils sont innocents» qui a dénoncé l’injustice dont Mis et Thiennot, et leurs co-accusés, avaient été victimes. En quoi le fait de ressortir une affaire mal ficelée et inique est-il critiquable ? L’on comprend son opiniâtreté à contribuer à faire reconnaître l’innocence de ces personnes injustement condamnées. Mais l’accuser de «phagocytage» est un outrage langagier de journaliste voulant faire mal par manque d’argument.
    Quant à l’attaque idéologique dont vous faites montre à son égard, «instituteur communiste», cela dénote, monsieur Martinat, votre partialité politique. Votre anticommunisme primaire va à l’encontre de ce qu’un journaliste honnête et objectif se doit de respecter : les opinions des autres. Sachez tout de même, pour votre gouverne et pour que vous ne fassiez plus d’impair à l’avenir, que monsieur Boizeau n’est plus encarté au parti communiste depuis plus de trente ans.
    Et si l’affaire Mis et Thiennot a refait surface grâce à un «instituteur», fût-il en 1980 «communiste» ne vous en déplaise, c’est tout simplement parce que les journalistes de l’époque n’ont pas effectué leur travail correctement. Et qu’un simple instituteur vienne faire ce travail de recherche et d’investigation à leur place doit vous déplaire fortement.

    Reprenez, si vous le pouvez, le dossier de A à Z ? Épluchez-le comme l’a épluché Léandre Boizeau. Appuyez-vous sur de vraies sources, plutôt que sur de fallacieux témoignages d’anciens policiers et gendarmes dont le nom n’apparaît nulle part dans la somme de documents que nous avons eu à consulter.
    Il en est ainsi d’Émile Lecocq, qui a couvert le commissaire Georges Daraud, chargé de cette affaire, en lui attribuant des lettres de Résistance plus que douteuses. Quel procès-verbal ce monsieur Lecocq a-t-il signé pour que l’on puisse dire qu’il a bien assisté à l’autopsie du garde Boistard ? Ou n’était-il qu’un témoin «anonyme» ? Impossible !
    C’est pour combattre, et nous sommes très nombreux, une injustice gravissime qui a miné la vie de personnes qui se sont retrouvées, pour leur malheur, au mauvais endroit et au mauvais moment, que Léandre Boizeau a pris à cœur cette affaire : rendre à la justice ses lettres de noblesse quand celle-ci aura enfin reconnu ses erreurs et, notamment, celle commise à l’encontre de Mis et Thiennot, dont l’innocence est évidente.

    Christian Pineau au nom du Comité de soutien à Mis et Thiennot

  4. Il se trouve que j’ai eu à connaître, à l’occasion d’un forum du livre local, un témoin essentiel : Monsieur Emile Lecoq qui a produit – à compte d’auteur – un ouvrage relatant son rôle méconnu dans cette affaire. Témoignage qui en donne un tout autre éclairage. Son affaire m’ayant ému dans les années 2000 je lui ai réalisé gracieusement et très très laborieusement mon tout premier site Internet. Après quoi j’ai renoncé. Du fait de maladresses son site perso fut affublé du titre de TEMOIGNAGE 0 ; difficile de faire pire.
    Toutefois lorsque le 5 05 2005 j’ai recroisé Monsieur Lecoq , je ne pus en rester là et ma technique WEB ayant évolué je me suis attaché à rebâtir le premier jet initial pour en faire quelque chose d’un peu plus présentable. Ce site est trop alambiqué certes, et qui plus est en déshérence du fait de nouvelles incompréhensions avec ce monsieur respectable mais quelque peu raide.
    Agé de plus de 90 ans il n’a pas renoncé à clarifier la légende de Mis et Thiennot. Ce courrier est toutefois dû à ma seule initiative et s’il y avait un minimum d’argent à la maison, aval ou pas, j’aurais mis en ligne de façon directement accessible le site en question :
    http://temoignage0.chez-alice.fr/pages/24achomepag.html
    Monsieur Lecoq Emile habite à 89100 GRON
    NB Un nouveau livre écrit par un historien vient de sortir.

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