Berlin se souvient…

Après avoir cultivé l’oubli, Berlin se souvient. Son passé recomposé, la capitale allemande met le « soft power » sur le pied de guerre. On a beau l’avoir grattée jusqu’à l’os, jusqu’à en faire  jaillir des audaces architecturales signées par la fine fleur de l’architecture internationale : Ming Pei, Jean Nouvel, Renzo Piano, Helmut Jahn, Arata Isozacki, Rafael Moneo, Christian de Portzamparc … Berlin reste une mutante qui se réinvente.

East Side Gallery berlin © dpa

East Side Gallery berlin © dpa

25 ans après la chute du Mur, à défaut de métropole économique, celle qu’on a baptisé Athènes-sur-Spree, a retrouvé sa place de capitale culturelle et artistique sur l’échiquier européen. Celle qu’elle tenait alors que Reine du Music hall dans les années 20, on y croisait Aragon, Bertolt Brecht, Kafka, comme les gloires du Bahaus Paul Klee, Wassily Kandinsky, Lyonel Feininger, Oskar Schlemmer.

Aujourd’hui, la capitale attire encore et toujours les artistes, écrivains et autres créatifs qui s’inquiètent d’une autre ruée : celle des lofts et autres complexes immobiliers qui envahissent le Mitte et Kreuzberg. Ces quartiers en pleine gentrification ont vu les prix des loyers grimper bien plus vite que les toiles dans les galeries. Certes, Berlin reste une capitale encore confortable comparée à Paris ou Londres mais jusqu’à quand ?

Ultime vestige du Mur

Potsdamer platz

Potsdamer platz ©potsdamerplatz.de

Pour l’heure le Mitte s’en donne encore à cœur joie entre, clubs, galeries chics ou déjantées et cafés branchés! Cet ex cœur historique de l’Est, aujourd’hui ventre futuriste a vu s’épanouir un Potsdam entièrement rénové par les  enfants de le Corbusier. Coup de chapeau à Renzo Piano pour ses 19 édifices encastrés comme des play mobils. Situé près du centre sur la Mühlenstraße, l’East Side Gallery, demeure l’ultime vestige du Mur couvert de fresques et où l’on a immortalisé sous cloche l’illustre « baiser fraternel » entre Honecker et Brejnev.

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=ZmetSpcU3Yc[/youtube]

On a beau avoir détruit les traces de l’ex RDA, débaptisées les rues, déboulonnées les statues, et détruits les bâtiments publics, ce passé refait surface sans arrêt, à l’instar des Ampelmännchen. Ces petits bonshommes des feux de signalisation, personnages symboliques de la RDA sont en passe de se substituer à l’ours berlinois, comme emblème de Berlin. Ils font l’objet d’un business en déclinaisons multiples : laisses de chiens, moules à gâteaux, T-shirts …

East Side Gallery berlin © dpa

East Side Gallery berlin © dpa

L’ex RDA a fait un come back dont s’est emparé le tourisme surfant sur la vague du rétromarketing. Et fait les beaux jours des tours de ville en trabant, comme le plein du Memorial du Mur ou des bunkers comme la Sammlung Boros, qui date de la 2nde guerre mondiale. En parfait état de conservation, ce lieu exceptionnel a servi à l’armée rouge, au stockage de marchandises sous la RDA, avant d’être converti en club techno, puis racheté par le collectionneur Boros qui l’a complètement relooké et transformé en galerie d’art contemporain…

Mur de la honte devenu fierté

berlin ddr ostelAutre icône à ne pas rater : l’Ostel DDR. Cet hôtel installé à une encablure du Mur et au cœur d’un ensemble résidentiel en béton a reconstitué un authentique décor de l’époque communiste. Les chambres vintage à souhait y sont aussi confortables que bon marché, comptez 45 euros pour une double avec salle de bain.

Ainsi va Berlin, un espace urbain où tout se superpose, ou tout se recompose, comme son aéroport Tempelhof. Inauguré en 1923, il figurait, au centre de la ville, parmi les trois aéroports de Berlin depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il a fermé ses portes au trafic aérien en 2008, et ouvert ses pistes converties en coulée verte, aux Berlinois qui viennent y pédaler ou promener bébé en toute tranquillité. C’est peu dire que Berlin cultive sa mémoire cristallisée en partie autour de ce Mur et de ses anciens no man’s land devenus friches et zones de tension. Aujourd’hui, ironie de l’histoire ce qui fut le Mur de la honte est devenu la fierté de ceux qui luttaient hier pour le faire tomber. Ils se battent désormais contre les promoteurs qui veulent le démolir pour construire de nouveaux projets immobiliers sur ses friches. Dans cette métropole où le rêve est devenu réalité, le passé est réhabilité. Le « soft power » n’est pas prêt de s’arrêter.

Martine Guilcher

 

 

Pratique

S’y rendre

Avec Air berlin, vols AR à partir de 111 euros

www.airberlin.com

A faire

Ecouter un concert à la Philharmonie, réputée avoir la avoir la meilleure acoustique du monde et une architecture aussi hors norme que l’autogestion de cet orchestre parmi les meilleurs de la planète.
www.berliner-philharmoniker.de/

Dormir

Comme un Ossi à l’Ostel…
www.ostel.eu

Plus chic et à 2 pas de l’île aux musées et 3 d’Alexanderplatz
Mon bijou hôtel : boutique hôtel design
www.monbijouhotel.com/

Où manger

Le Fleischerei, réputé pour le choix de ses vins, ses viandes et son décor laissé dans son jus. Ambiance très tendance. Nombreuses spécialités locales comme le boudin.
www.fleischerei-berlin.com/

Se renseigner

www.visitBerlin.de
www.germany.travel/fr
http://berliner-unterwelten.de/visites-guides.3.3.html

 

Afficher les commentaires