Mag’Centre: nous sommes tous des journalistes de Charlie

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Les journalistes, chroniqueurs et ceux qui participent à l’aventure de Mag’Centre, écrivent ici leurs mots sur Charlie.

Patrick CommunalJe suis de l’époque du Charlie Hebdo des années 70 celui de Cabu, Cavanna, Reiser, Wolinski que j’achetais chaque semaine. J’ai retrouvé le contact avec la nouvelle version quand mon fils s’est mis à son tour à l’acheter. J’aimais bien les articles de Bernard Maris, un excellent pédagogue pour nous parler d’économie, j’adorais toujours Cabu ce pacifiste, antimilitariste qui n’aurait pas fait de mal à une mouche.

J’ai parfois tiqué sur certaines couvertures que je pouvais trouver excessives ou de mauvais gout, parfois blessantes, mais en définitive j’admirais le courage de ces gens qui se sachant menacés avaient décidé de ne pas céder à la peur en continuant d’écrire et de dessiner ce qu’ils voulaient, pour affirmer leur – notre – droit à la libre expression, y compris de critiquer ou de se moquer des religions qui sont des idéologies et des lieux de pouvoir comme les autres lorsque dépassant les sphères de l’intime elles entendent intervenir dans l’espace public et influer sur les choix collectifs de société. J’ai ressenti la disparition de ces artistes et de ces journalistes comme une perte personnelle, parce qu’ils ont partagé une bonne partie de ma vie de lecteur et d’observateur de l’actualité. Je pense que comme beaucoup, je vis un deuil et que le temps du deuil c’est celui simplement de la tristesse. Les spéculations politiques, notamment dans les réseaux sociaux, qui s’étalent sans pudeur depuis hier, me semblent vaguement exprimer des appétits inassouvis de charognards.
Patrick Communal

Nous ne nous tairons pas

lacoste“Nous sommes Charlie” Nous étions des milliers hier, partout en France et même dans le monde à nous rassembler, accablés, désemparés,  atterrés. Les mots nous manquaient pour dire notre chagrin et notre écoeurement  face à ces assassinats terroristes et sauvages . Nos pensées, notre émotion allaient bien sûr à la rédaction de Charlie et à la famille de ceux qui vont nous manquer douloureusement.  Cabu, Wolinski, Bernard Maris, Charb, Honoré, Tignouf, leurs collègues lâchement abattus avec les policiers qui assuraient leur protection nous étaient précieux. Leur insolence, leur courage face aux menaces et aux agressions qui les visaient, leur sens de la dérision et du sarcasme  forçaient le respect des uns, l’admiration des autre. Ils nous ont fait sourire hier; aujourd’hui, nous sommes au bord des larmes. Ils incarnaient des libertés qui fondent la démocratie: la liberté de presse, la liberté d’expression, la liberté d’opinion. Ce sont ces valeurs qui doivent nous souder  face aux forces du mal, de la haine et de l’obscurantisme. Opposer l’humanisme, la solidarité, la liberté, la fraternité, l’égalité au totalitarisme et au fanatisme sous toutes leurs formes, c’est  une nécessité pour défendre ce qui nous est cher et prolonger leur mémoire. Nous sommes Charlie. Nous ne nous tairons pas!

Bertrand Lacoste

La liberté du crayon fusillée 

bardin Orphelin des meilleurs
La rédaction de Charlie décapitée! La liberté du crayon fusillée!
Qu’en réponse, l’union soit sans faille et la peur sans présence.
Ils auront manqué leur coup les cons! Mais rendu la presse orpheline parmi ses meilleurs.

G.B. 

 

Ils sont immortels

degonBien sûr qu’ils sont immortels. Pensez, moi je les ai connus quand j’étais ado dans les années 60. A l’époque, Hara Kiri se vendait sur les trottoirs quasi à la criée. Les vendeurs faisaient chier le bourgeois pour qu’il achète un numéro en lui courant après. Or Hara Kiri n’était pas un journal « comme y faut ». Alors difficile à vendre.  Puis il y eu un bal tragique à Colombey. Heureusement il n’y eu qu’un mort ! Puis l’époque Pompidou et l’inénarrable Claude P. sur son prie-Dieu en train de se mettre les doigts dans le pif qu’elle avait grand, enfin d’après Cabu, le capitaine Kronenbourg, le beauf, Reiser, l’amoureux fou des foufounes, si, si. Les aiguilles ont tournées, l’esprit est demeuré. Les jeunes cons sont devenus des vieux cons mais toujours animés de la même soif de liberté et toujours follement iconoclastes et fondus du cul des femmes sous la jupe qui virevolte un matin de printemps lorsque ça sent bon l’amour. Alors, soyez en sûrs, ils sont forcément immortels. Ils font partie de notre vie, ils seront toujours à côté de nous pour nous aider à vivre et à rire de la connerie humaine.

André Degon

Je suis Charlie

caries“Je suis Charlie…Bien sur que je suis Charlie et rien ne m’empêchera de l’être. Non, rien. Je l’étais avant l’horreur. Je le reste après l’innommable. Je suis trop attachée à la liberté d’expression, à la liberté tout court. Dire, écrire, montrer , la parole et le dessin contre le silence complice. Férocité mais pas méchanceté. Le  rire et non la barbarie. L’ironie pour éviter que viennent  les larmes.
Même pas peur comme tout le pays. Ce soir j’ai levé bien haut ma carte de presse et mon stylo, place de la République à Paris. Autour de moi des milliers de gens  comme partout en France. Un front du refus contre la haine. L’unité  du pays  autour du flambeau de la liberté
J’ai le cœur en berne  parce que Cabu m’a manifesté de l’amitié en plusieurs occasions. Notre  dernière rencontre date de la fin du mois de novembre. Je sais combien sa femme Véronique est malheureuse ce soir. J’ai le cœur en berne parce que je ne m’entretiendrai pas avec Bernard Maris vendredi comme prévu. Il devait figurer dans le livre sur les Toulousains que je prépare. D’origine ariégeoise il a fait  ses classes à Toulouse. Il avait épousé Sylvie Genvoix et après son décès continuait à venir en week-end dans la maison de son beau-père. Nous partagions une même admiration pour la Loire”.

Françoise Cariès

La lumière de la laïcité

Talpin “Quand les intégristes, les églises, les mosquées, les temples, les synagogues, les curés, imams, rabbins et autres pasteurs auront détruit la République, il restera une lumière, celle de la laïcité que les kalachnikovs ne réussiront pas à éteindre. Alors comme Charlie Hebdo combattons pour défendre ce joyau et cette liberté!”

JJ.Talpin

Mourir pour des dessins

bouland“Mourir pour des idées, des mots, des dessins. D’accord, mais de mort lente, aurait dit M. Georges. En ce jour où la mort violente a surgi, les mots me manquent. Mais la volonté de continuer à défendre le droit à l’expression libre est encore plus forte. Ce soir, Nous sommes tous Charlie. A nous de perpétuer son esprit dès demain, jusqu’à la caricature…”

Jean-Luc Bouland

Arme lourde

berkoviciusLe dessin est une arme lourde contre la barbarie… Malheureusement il ne protège pas contre les tirs de kalashnikov. Ici un hommage aux victimes, venu des quatre coins du monde. http://www.liberation.fr/monde/2015/01/07/l-hommage-des-dessinateurs-a-charlie_1175567

Christine Berkovicius

 

Atteinte à la liberté

mareix“On ne parle pas d’une atteinte à la liberté de la presse mais d’une atteinte à la liberté tout court”, disait l’un de mes amis journalistes, ce soir, lors du rassemblement en homme à Charlie Hebdo, à Tours. Il est difficile de trouver les mots, de rassembler ses idées, de se rendre compte de l’horreur des événements de la journée. Alors, je remercie cet ami d’avoir prononcé cette phrase si juste. Il ne s’agit pas d’une seule profession, il s’agit d’une dizaine d’innocents lâchement assassinés et de leur famille. Je ne sais pas grand chose ce soir mais une chose est certaine, cela n’empêchera pas les journalistes que nous sommes d’effectuer leur précieux travail. Et cela ne découragera pas les jeunes étudiants en journalisme, dont je fais partie, à poursuivre leur objectif : apprendre. Apprendre pour rendre ce service indispensable à la société qui est d’informer, malgré la lâcheté d’une poignée d’hommes.”

Pauline Mareix (magcentre à Tours) étudiante en journalisme

Tacler le fanatisme

Puyo“Comment ne pas parler de cette attaque en règle menée contre la liberté d’expression, par des fanatiques extrémistes ? Elle touche l’Homme au plus profond. Mais ce n’est qu’un simple accroc dans l’histoire des remises en question de  nos libertés fondamentales. Le combat, déjà entamé depuis des siècles, continue et il faudra encore jouer serrer  pour l’emporter contre nos adversaires.
En attendant, ce 7 janvier est une sérieuse alerte. Si l’on s’en tient aux pertes en vies humaines, la note est bien salée, trop salée. Des journalistes de Charlie Hebdo sont morts au champ d’horreur. Comment peut- on en arriver là ? Comment peut-on ôter la vie à des gens ? La question peut paraître stupide et pourtant…  les images de la vidéo de l’exécution pure et simple du policier, sont insoutenables. Pourquoi tant de barbarie et de violence ? Les auteurs de ces actes se sont enfuis lâchement, évitant ainsi de devoir répondre à ces questions.

N’a-t-on plus le droit de s’exprimer ? De caricaturer ? De critiquer ?

Le parallèle avec le sport est difficile et peut être maladroit, mais si un journaliste sportif attaque un joueur, une équipe, un club ou une institution, il s’expose à son tour à être critiqué. Les armes sont égales, se sont celles du verbe ou de l’écriture.
Pour répondre aux journalistes de Charlie Hebdo, on a cette fois-ci utilisé des mitraillettes et ils en sont morts. Le monde du journalisme est touché et la France est sous le choc.

Dans le vestiaire, cet après-midi, cette histoire était au centre des conversations. L’incompréhension régnait. Musulmans, catholiques, athées, peu importe ses croyances, chacun condamnait cet acte immonde. Quelle va être la suite maintenant ? Comment vont réagir les médias, les journalistes ? On peut compter sur la solidarité et la mobilisation pour que cet événement serve de leçon. L’esprit d’équipe doit combattre ce mal. Le collectif doit se montrer plus fort et toute tentation d’amalgame reviendrait à marquer un but contre son camp.
Il faut tacler ce fanatisme pour ainsi permette à notre liberté d’expression, à nos valeurs, de rester debout. Le milieu du journalisme a besoin du soutien de tous. Nous ne devons pas lâcher un pouce de terrain. J’ai noté une phrase du défenseur belge de Manchester City, Vincent Company :”Le Kalachnikov peut réduire un individu au silence, le peuple en revanche lui devient plus bruyant.” On connaît tous la bande dessinée “Où est Charlie ?” aujourd’hui des membres de sa famille ont été tués, mais l’esprit de résistance en sort renforcé.  En attendant, grosses pensées pour les familles des disparus. La France est solidaire.

Loïc Puyo, US Orléans foot

Fière d’être journaliste

estelle boutheloup“Il faut toujours des drames pour se souvenir… Et bien moi, c’est de Cabu dont je me souviens ce soir. Je connaissais peu Charlie Hebdo mais Cabu, c’est toute mon enfance ! Je l’ai découvert dans Récré A2 aux côtés de Dorothée, Corbier et Zabou, j’avais alors une dizaine d’années. C’était tous les mercredis ! Cheveux bruns, coupe au bol et petites lunettes rondes à la John Lennon, il ponctuait l’émission de ses dessins (je me souviens encore du bruit de son feutre sur le paperboard) : caricatures de Dorothée affublée d’un long pif pointu et d’une longue queue de cheval, mais aussi dessins de super-héros (Superman, Albator, Goldorak…) qu’il réimaginait dans de nouvelles aventures parfois en lien avec une actu ou un événement. C’était sa façon à lui d’initier la jeune génération au dessin, à la BD, à la satire, à la réflexion. Et moi, j’adorais, je rigolais.  

Ce soir, je suis triste, affligée, révoltée : on a lâchement assassiné des dessinateurs-journalistes en pleine conf’ de rédac’, on a décimé un titre, on a voulu éradiquer un genre. On a attenté à la liberté d’expression, craché sur les valeurs de la démocratie, muselé le droit de rire de tout, d’informer avec humour. Mais ce soir, la France était unie, digne et rassemblée dans toutes les places de La République du pays. Elle a repris – ou elle est en train de reprendre – conscience de sa chance d’avoir une presse libre ! Justement depuis la Libération. 

Alors oui, ce soir j’ai la mine cassée mais je n’ai jamais été aussi fière d’être journaliste !  “

Estelle Boutheloup

La France debout

photo jean

 

« Je préfère mourir debout que vivre à genoux », avait déclaré Charb. Ces fanatiques voulaient mettre la France à genoux, ils l’ont mise debout!

M.D. 

 

Mourir d’humour

bidaultGrignotée au fil des ans par le politiquement correct, la liberté de rire de tout et de tremper sa plume satyrique dans les toutes les plaies, en a pris plein la tête. Restaient quelques irréductibles à manier la gauloiserie assassine au fil du crayon. Les piliers  de Charlie étaient de ces résistants à la bienséance ambiante. Comment imaginer que Wolinski, Cabu, Charb et leurs potes allaient un jour mourir d’humour?

Cabu était un génie. En 1998, au conseil régional à Orléans, il était venu croquer l’alliance maudite entre certains RPR et le Front national. Je l’avais cornaqué à la tribune de presse lui indiquant qui était qui, en y ajoutant quelques anecdotes inavouables. Il en avait tiré une page féroce et talentueuse dans Charlie. Féroce oui, car Cabu qui était la crème des hommes avait le trait caustique, il savait à merveille comme tous les grands caricaturistes grossir le trait, noircir les travers. Certaines n’avaient pas apprécié la charge. L’avaient menacé de diffamation…

Il y a un plus d’un an, son grand Duduche et ses nouveaux beaufs sous le bras, Cabu était venu signer un bouquin à la librairie Passion culture. Eternel ado avec son casque de cheveux à la Jeanne d’Arc, en quelques saillies de son feutre noir, le septuagénaire avait  encore fait preuve, à l’égard de ses lecteurs, de sa gentillesse légendaire. A son âge respectable, Cabu s’amusait toujours de ses dessins.  Comme un gosse qui vient de commettre une bonne blague. Tirer sur un gosse, surtout un sale gosse, c’est pire que de la barbarie.

Christian Bidault

En guise d’Et pis paf !

martinatEn guise d’Et pis paf !
(avec références fournies par l’auteur)
Allo…! Pas…Pas, Tango Charlie !
Répondez, on vous cherche depuis
Qu’on est comme un mec qu’a bu (Cabu)
Comme un gamin qui ne sait plus.
On n’a plus qu’à se tirer la Tignous (tignasse)
D’vant des bières sans le Charb (charme) d’la mousse.
On est qu’on rit du con (là y’a rien) qui vole un ski (Wolinski !)
D’un Maris (prononcer Marisse) qu’est cocu même pas mari
D’un Charlie qui charria de pauv’mères
Se voilant devant un vrai net beau ma chère (hebdomadaire !).
Celui qui n’a jamais ni relayé l’amer
Ni fait l’humour que contre la guerre
Ressemble ce soir à un papa tant go (va) (Papa Tango) la vie
Qui laisse en chemin des orphelins totalement abasourdis.

Des profonds hips ! (De profondis)

Parole de Mort-c’est-toi-man !
Musique de ci-devant Jean Chopin
Interprété par Louis de Funestre

Patrick Martinat

Commentaires

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  1. Merci à vous tous.
    Vous exprimez parfaitement l’indicible ; tout ce qui se bouscule dans nos têtes et que beaucoup d’entre nous ne savent ni dire ni écrire.
    Continuez !

  2. Déséquilibre et cupidité,

    Après ces événements inqualifiables , on n’entend pas ceux qui s’occupent de la finance en coulisse !!! Ils y sont pourtant pour quelque chose ces affairistes qui pillent depuis si longtemps la “planète” en disant qu’en contrepartie ils apportent la bonne nouvelle (la culture) et le développement. Ils nous font payer cher la crise …leur crise et toutes ses souffrances . On comprend mieux la situation des “jeunes des banlieues”, le désoeuvrement ,l’argent facile des trafics et le jihad vengeur contre l’occident repu. Quand on sait que les sommes d’argent engrangées par le monde de la finance ,mais générées par le travail, pourraient suffire à rendre les populations dignes et heureuses…. on se dit “qu’est ce qu’on attend” …. faut-il vous faire un dessin !!!!?

  3. Je ne suis pas de votre équipe mais, en confrère, je partage évidemment votre émotion et votre hommage.
    Mais je m’interroge sur ce qu’a écrit J-Jacques… Son émotion explique sans doute l’obscurité de son propos : si, dans une société, il n’y a plus trace de religion, il n’y a plus lieu non plus de parler de laïcité. L’un ne se définissant que par rapport à l’autre.
    Dans ce cas, cher J-Jacques, si toute trace religieuse disparaît, la “lumière de la laïcité” s’éteint.
    Allez, pour se remonter le moral, et pour faire dans le style Charlie, je vous propose ce slogan : ” Nous sommes tous Chably”!

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