Bourges : La « vie d’après » de Serge Lepeltier

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Serge Lepeltier, ancien maire de Bourges, n’a pas oublié sa ville. Il l’a retrouve régulièrement, comme pour ponctuer une vie parisienne rythmée par son engagement écologique. Il nous donne ainsi l’occasion d’en savoir plus sur sa nouvelle vie, celle d’un lobbyiste environnemental, un terme qu’il assume et un statut qu’il défend. Pour faire avancer une cause que l’homme politique avait déjà à cœur.

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Les Berruyers vous ont un peu perdu de vue depuis la fin de votre mandat. Quelle est la nouvelle vie de Serge Lepeltier ?

J’assure aujourd’hui la présidence de deux associations environnementales. La première est l’Académie de l’Eau, qui rassemble environ 200 scientifiques de 25 pays différents. A ce titre, j’ouvrirai d’ailleurs le 3 février, un séminaire sur l’eau et le climat intitulé : « Comment se parlent scientifiques et politiques pour agir ? » qui sera fermé par Ségolène Royal, ministre de l’Environnement

Cet intitulé est-il représentatif du travail de l’académie ?

Oui, le but de l’académie et de faire connaître et partager les études et analyses livrées par les scientifiques sur la question de l’eau et du climat, notamment dans la perspective de la conférence environnementale de fin 2015, la COP21, qui se déroulera à Paris. C’est lors de ces événements que scientifiques et décideurs politiques renforcent leurs liens, afin que l’on parte véritablement des analyses, des données scientifiques pour prendre des décisions. Nos politiques décident mais ils n’ont pas toujours tous les éléments pour le faire. L’Académie lutte également pour que l’eau soit au centre de la question du climat, ce qui n’est pas le cas. On se focalise plus sur l’atténuation des gaz à effet de serre et sur l’adaptation au dérèglement climatique. Pourtant, l’eau induit énormément d’autres sujets, souvent liés à la santé.

Comment êtes-vous devenus président de cette structure ?

On est venu me trouver. J’ai lancé la loi sur l’eau lors de mon mandat de ministre de l’écologie. Cela m’a semblé cohérent. 

Vous parliez de deux présidences, quelle est la seconde ?

Celle qui me prend le plus de temps ! Je préside l’association professionnelle « Équilibre des Énergies », qui rassemble des associations du bâtiment, des syndicats professionnels et les plus grandes entreprises. C’est la fusion de trois mondes : la construction, l’énergie et les associations de consommateurs. Avec un double objectif : que l’énergie continue à permettre un développement, et même une relance, de l’économie, mais aussi assure le lien entre énergie et écologie dans la lutte contre le changement climatique. 

Concrètement, que faites-vous en tant que président ?

Actuellement, je travaille sur la loi de transition énergétique. On a l’impression qu’elle est adoptée, terminée, mais pas encore ! Elle va passer au sénat, puis en commission et sera adoptée d’ici l’été. Je suis au cœur de sa conception. J’ai été auditionné deux fois par le sénat pour faire avancer les choses dans les domaines concernant  « Equilibre des Energies ». La relance de la construction par exemple, face au problème du coût de toutes les nouvelles réglementations environnementales, notamment pour les primo-accédants. La construction de maison a chuté d’environ 40 000 par an. On considère que 15 à 20 000 de ces pertes sont dues à ces coûts supplémentaires. Je travaille à ce que l’on soit capable de relancer la construction sans augmentation des coûts, mais en faisant malgré tout des progrès dans la consommation d’énergie et la baisse d’émission de gaz à effet de serre. Et c’est possible, si la réglementation est bien faite.

N’est-ce pas, finalement, les domaines les plus difficiles à faire coïncider ?

Pour moi, c’est un travail passionnant car je pense que l’énergie est le véritable lien entre économie et écologie. Il faut soutenir les entreprises qui apportent de l’emploi et, en plus, travaillent pour l’écologie. 

Peut-on dire que vous êtes devenu lobbyiste ?

Oui, d’une certaine façon. Le terme est vu de façon négative, en France, mais assurer le lien entre les associations professionnelles et les politiques est important. Il ne s’agit pas d’un lobby d’influence ou de moyen, mais de transmission de données professionnelles, de manière objective. On ne peut pas construire de politique intelligente sans les études, les résultats et les conclusions de scientifiques, de spécialistes. 

De quand date votre prise de conscience de la nécessité écologique ?

L’écologie est venue à moi de façon un peu particulière. Jeune, j’étais beaucoup sur l’économie. Je suis d’une famille d’entrepreneurs, j’étais pour le travail, l’emploi, les entreprises qui fonctionnent. Je me disais qu’il y avait d’autres gens qui se battaient pour l’environnement. J’avançais en politique et, à l’époque où je suis devenu sénateur, je suis parti faire de la plongée sous-marine aux Maldives. C’est un sport que je pratique depuis très longtemps, qui forge un lien personnel avec la nature. C’est cette année-là qu’on a découvert à quel point les coraux étaient en danger, voire quasiment disparus dans certains cas. J’ai réalisé que je ne pouvais plus continuer en politique tout en sachant ce qui se passait pour notre environnement. J’ai décidé de m’engager. Je suis arrivé au Sénat, on a demandé un volontaire pour réaliser un rapport sur la lutte contre le réchauffement climatique et je me suis immédiatement proposé. C’était en 1998. Un an plus tard, en décembre 1999, la tempête frappait la France et tout le monde s’est soudain intéressé à ces rapports.

Ce premier rapport au Sénat a été votre « école de l’écologie » ?

Tout ce que j’ai appris à ce moment-là se passe aujourd’hui. Je n’ai pas eu à faire évoluer les données. On ne réalise pas, avant de rédiger un de ces rapports, la qualité des personnes que l’on rencontre. Encore une fois, ce sont l’exactitude des données fournis par les spécialistes, les scientifiques, qui permettent de réaliser une bonne politique. Et c’est ce qui m’a permis d’être ministre de l’écologie.

Que retenez-vous de votre expérience ministérielle?

C’était un moment passionnant. Pendant deux ans, j’étais au cœur de vrais sujets. D’autant que l’écologie était, à l’époque, au cœur de la politique. Depuis 2010, c’est différent. J’ai vécu la montée en puissance de la question écologique. J’ai pu lancer le premier plan climat avec Dominique Voynet, par exemple. Tout ce qui est fait pour analyser les bâtiments, leur classement de A à E, c’est moi. Évidemment, j’aurais souhaité être plus longtemps au gouvernement. C’est comme être maire. On a beau avoir été conseiller ou adjoint, on ne peut comprendre le fonctionnement qu’en étant dans la fonction.

Justement, comment l’écologie s’est-elle inscrite dans votre fonction de maire de Bourges ?

A Bourges les bus roulent au gaz

A Bourges les bus roulent au gaz

Pour moi, l’essentiel était de faire avancer les choses sur le fond. L’accomplissement le plus important restera le chauffage urbain, qui était encore, en partie, au charbon. Un charbon qui venait d’Afrique du Sud ! Nous avons entièrement refait le réseau et mis en place une centrale au bois. Avec la garantie que le bois ne vienne pas du Canada mais d’un rayon de 100 km. On a ainsi divisé par onze les émissions de gaz à effet de serre. Et puis, on est passé au gaz naturel dans les transports urbains, on a créé la rocade verte, qui se termine actuellement autour de Bourges, dans un réseau complètement indépendant à la voiture. Et, enfin, n’oublions pas que nous avons construit le premier immeuble social BBC (Bâtiment basse consommation) de la région Centre. Une norme aujourd’hui obligatoire.

Comment Bourges peut-elle se distinguer aujourd’hui sur le plan écologique ?

Il ne s’agit pas forcément d’être précurseur, l’important, c’est de faire avancer globalement les choses. Et mettre en application les règles. Sur le sujet délicat de la Maison de la Culture par exemple : certains disent qu’elle consommera plus que l’ancienne. Cela n’a pas de sens. Ce sera forcément un bâtiment basse consommation, elle ne pourra pas faire autrement ! Et puis, il faut continuer à travailler sur la biodiversité, sur toutes les zones vertes. Bourges a une grande qualité dans ce domaine. 

Êtes-vous encore régulièrement présent dans la ville ?

Je suis la semaine sur Paris et je m’organise pour venir un week-end sur deux à Bourges. On a l’avantage d’être proche de Paris en train, cela me permet d’avoir une vraie vie personnelle dans ma ville. Une ville à taille humaine, où j’ai la chance d’habiter en plein centre-ville. A Paris, ce qui me manque, c’est la vue de la cathédrale et cette atmosphère, extrêmement liée à notre patrimoine. Bourges, pour moi, est presque une grande famille.

Que regrettez-vous de ne pas avoir réalisé durant votre mandat ?

Le porjet Avaricum © Arte Charpentier DR

Le porjet Avaricum © Arte Charpentier DR

Une chose que j’avais envisagé pour mon premier mandat, c’est un parking souterrain, place Cujas, Cela aurait vraiment apporté un plus au fonctionnement de la ville. Mais je me suis retrouvé en grande difficulté avec tout ce qui était envisagé comme fouilles. On ne pouvait pas donner le nombre d’années que ça allait prendre ! Finalement, cela a fait naître l’idée d’Avaricum.

J’aurai également aimé pouvoir agrandir le Palais d’Auron. Je l’ai toujours trouvé agréable mais il a besoin d’être rénové. L’idée était d’ajouter des salles, le long de l’Auron, pour en faire un véritable palais des congrès. Mais la baisse de la dotation de l’Etat a mis un coup d’arrêt à beaucoup de projets. Malgré tout, ce que le maire actuel subit aujourd’hui est considérable par rapport à ce que j’ai subi. On remet en cause le fondement même de ce que les Français veulent, des villes vivantes qui se développent.

Propos recueillis par Elise Escoffier.  

 Le Big Journal
Journal d’information gratuit à Bourges
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