La guerre des Chambres

C’est peut dire que rien ne va plus entre le Sénat et l’Assemblée. Engagées dans une guerre d’exemplarité les deux assemblées se rendent coup pour coup, ce qui est inédit sous la Vème République et   contraire à la tradition parlementaire française.

hémicycle senatAu petit matin de ce jeudi 29 janvier 2015, Claude Bartolone, président socialiste de l’Assemblée nationale, a mis le feu aux poudres. Interrogé sur RMC et BFM-TV il se prononçait « pour la fin du bicamérisme sous cette forme et en faveur du rapprochement du Conseil économique, social et environnemental du Sénat pour avoir un Bundersrat à l’allemande (piste jadis évoquée par le général de Gaulle) qui s’intéresserait beaucoup plus au long terme ».

Cette déclaration est intervenue dans un contexte tendu. La veille, le bureau du Sénat avait opposé une fin de non-recevoir aux propositions de rapprochement des deux chaînes parlementaires, LCP et Public-Sénat, formulée par l’Assemblée pour manque de projet éditorial, social et financier. Ce même mercredi, le président du Sénat avait également implicitement critiqué le boycot par le président de l’Assemblée de la soirée du Trombinoscope pour cause de la remise du prix du maire évélation de l’année à Steeve Briois, maire FB d’Hénin-Beaumont. « Ou le FN n’est pas conforme aux valeurs de la République et il faut l’interdire, ou il l’est, il faut le combattre, mais pas l’ignorer » a lâché , Gérard Larcher, lui-même désigné comme le sénateur de l’année car il a retrouvé la présidence de la Haute assemblée en 2014 après l’avoir perdue en 2011.

Impossible de travailler le président de l’Assemblée

Trop c’est trop. Coup de sang de Gérard Larcher, qui a jugé désormais impossible de travailler avec le président de l’Assemblée en raison de leur “profond désaccord de conception institutionnelle à un moment au contraire où il aurait dû avoir une attitude propice au rassemblement et à l’unité, selon le vœu du Président de la République”. Joignant la sanction à la parole, Gérard Larcher a unilatéralement mis un terme à la mission commune sur la Nation programmée par les deux chambres. Alors que les deux hommes avaient rendez –vous ce matin-là « pour  travailler ensemble sur la mission que leur a confié François Hollande après les attentats sur l’engagement républicain et le sentiment d’appartenance à la nation ».

Les sénateurs UMP, majoritaires au Palais du Luxembourg ont, eux, immédiatement interprété la suggestion du président de l’Assemblée nationale comme une invitation à supprimer la Haute assemblée. Lors des questions d’actualité au gouvernement, traditionnelles le jeudi au palais du Luxembourg, tous les groupes, gauche et droite confondues, ont demandé un rappel au règlement.

Basse politique politicienne

Le président du groupe UMP, Bruno Retailleau s’est écrié, “M. Bartolone a fait ce matin une déclaration sur sa volonté de faire disparaître le Sénat en tant qu’institution”, soulignant une “manoeuvre de basse politique politicienne », il a ajouté. “En avril dernier, lorsque le Sénat était encore à gauche, Claude Bartolone estimait que le Sénat avait cessé d’être ‘l’anomalie démocratique’ dénoncée par Lionel Jospin. Sous prétexte qu’il rebascule à droite, il redevient une anomalie. Cela blesse l’idée même du débat démocratique”.

S’exprimant au nom du groupe socialiste, Jean-Pierre Sueur n’a pas été plus tendre. Mettant dans le même panier, l’émission sur le Sénat de France 3, la veille à 23h20 « totalement à charge » et les propos du président de l’Assemblée il a rappelé qu’on » oubliait trop facilement  le nécessaire travail accompli au Sénat Nous défendons le Sénat non de manière corporatiste, mais parce que nous sommes profondément attachés au travail que nous y faisons tous. Nous sommes pour le bicamérisme, car s’il y a une chambre unique, plus de débat, plus de navette, plus de construction patiente de la loi, afin qu’elle soit la meilleure possible ».

Ces coups de colère successifs contrastent étrangement avec la sérénité qui jusque- là régnait entre le gouvernement et le Sénat. Désormais la confiance entre les deux chambres paraît sérieusement entamée.

 F.C.

 

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