Orléans: la santé a sa maison à l’Argonne

Qui doit financer la construction d’une Maison de santé? “Ce n’est pas dans les compétences de la ville. Pourtant nous sommes le premier financeur” indique Serge Grouard le maire d’Orléans. Exact. Sur les 1,3 million d’euros qu’a coûté la maison de santé Liliane Coupez de l’Argonne, inaugurée samedi place Mozart, la ville met 700 000€, l’Etat 400 000 et la région 150 000.

Le docteur Bouraqui (au centre) avec des patients du quartier.

Le docteur Bouraqui (au centre) avec des patients du quartier.

C'est la fille de Liliane Coupez qui a coupé le ruban d'inauguration, ici avec Serge Grouard,François Bonneau, Valérie Corre et le préfet Michel Jau.

C’est la fille de Liliane Coupez qui a coupé le ruban d’inauguration, ici avec Serge Grouard,François Bonneau, Valérie Corre et le préfet Michel Jau.

Une clé de répartition déséquilibrée mais balayée par le préfet Michel Jau, “peu importe quel est le rôle de chacun” et de rappeler pour ceux qui l’oublieraient que “la France a le meilleur système de santé du monde, mais nous avons un problème de justice locale, d’égal accès aux soins”.  Orphelin de sa galerie commerciale, le “centre” de l’Argonne fait figure de quartier sinistré avec son seul petit centre commercial et sa pharmacie. En attendant la fin de la convention territoriale qui, comme l’a précisé le maire, n’en n’est qu’à moins de 50% de réalisation. Et ça se voit.  

Cent maisons médicales prévues en région

A côté de la mairie de quartier, cette maison médicale était, comme l’a dit le maire, “fondamentale pour le quartier”. Un premier pas pour la revitalisation de l’Argonne. Avec 82 médecins pour 100.000 habitants, la région Centre était jusqu’ici l’avant-dernière au palmarès du désert médical français (92 en moyenne en France). Alors, le conseil régional a mis le paquet pour soigner ce handicap. Plus de mille infirmières formées en 2014, 90 kinés sortis de l’institut d’Orléans et surtout, 58 maisons médicales financées par le contribuable régional et cent prévues dans le contrat de plan Etat-région signé récemment à Orléans par Manuel Valls, François Bonneau a rappelé derechef lors de l’inauguration samedi, les efforts consentis en ce domaine crucial. “On ne peut pas penser l’aménagement du territoire sans prendre en compte la réalité médicale. Sans possibilité de se soigner, les gens ne viennent pas vivre ici”.

Sauf que, comme l’a rappelé Serge Grouard sur le ton de la plaisanterie, mais c’est presqu’une réalité: “il y a une grande disparité, dans certaines régions il y a plus de médecin que d’habitants”. Entendez du côté de la Côte d’Azur et autres régions ensoleillées ou littorales. Mais comment imaginer une autre répartition dès lors que notre médecine libérale laisse le libre choix d’implantation? Même une commune comme Olivet, la banlieue chic d’Orléans, ne sait pas comment remplacer ses médecins qui partent en retraite. Dans le Gâtinais profond, du coté de Courtenay, le taux est d’un médecin pour 34 médecins pour 100 000 haibtants!

Pas de sang neuf

IMG_6556

Chez le kiné.

IMG_6528Alors les MSP sont-elles la panacée? A l’Argonne, comme l’explique Naima Bouraqui la médecin qui se bat depuis cinq ans pour faire aboutir ce projet, les cinq médecins (quatre généralistes et un cardiologue) qui ont intégré la Maison, pratiquaient déjà sur le quartier. Ce n’est donc pas un apport de sang neuf en matière de médecin, mais une opération de consolidation.  Au total, ce sont 15 professionnels (infirmières, psychologues, kinés, sages-femmes) qui vont faire vivre au cœur de ce quartier où habite une population déshéritée, souvent en situation de grande précarité, une forme de dispensaire bienvenu. “Nous avons la possibilité à l’avenir d’étendre la Maison donc d’accueillir de nouveaux médecins” dit Mme Bouraqui qui insiste aussi sur le rôle de la coordinatrice recrutée par l’ARS (Agence régionale de santé). “Aujourd’hui il faut parfois trois semaines pour avoir un rendez-vous” témoignent deux personnes âgées venus visiter samedi ce bel équipement  de 700 m2 financé par la collectivité.

“De nos jours, les médecins ne veulent plus pratiquer comme avant avec des journées à rallonge et corvéables à merci” explique un spécialiste. Pour autant, faut-il que la puissance publique, c’est-à-dire le contribuable, continue de financer un corps médical qui refuse parfois de jouer le jeu  avec la Sécu? L’aménagement du territoire peut-il se conjuguer avec la liberté complète d’installation des médecins?

Celle-ci a quand même un avantage: on constate que les collections de médecins spécialistes qui œuvrent et prospèrent du côté de la côte d’Azur sont ainsi plus  proches de leurs bateaux de plaisance, une économie non négligeable au plan du bilan carbone…On se console comme on peut.

Ch.B

 

Afficher les commentaires