“Ceux de 14», Maurice Genevoix, de la canne à l’épée

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Une exposition c’est le croisement d’une œuvre et d’un regard sur celle-ci, d’un point de vue qui donne à découvrir, à comprendre et à admirer.

Et, Dieu sait si la découverte de ces carnets manuscrits de guerre , de ces dessins et croquis est un éclairage peu connu, émouvant et précis, sur ce qui servit sans doute pour l’écriture de “Ceux de 14″, série de récits très détaillés sur la guerre que vécut le sous-lieutenant Maurice Genevoix, jeune universitaire tout juste sorti de l’Ecole Normale Supérieure. On voit la “matière” de ces récits de guerre, jusqu’à cette carte tachée du sang de l’officier blessé de trois balles à la poitrine en avril 1915, “Ceux de 14” fait ainsi partie des récits de guerre parmi les plus descriptifs mais aussi les plus humains avec “Le Feu” (Henri Barbusse) ou “Les Croix de bois” (Henri Dorgelès).

Et puis il y a cette canne à tête de loup grossièrement sculptée; perdue en 1915 et miraculeusement retrouvée vingt ans plus tard, prémisse du bestiaire de l’écrivain dont on retrouve le talent de dessinateur dans une autre vitrine, à coté de l’épée d’académicien à la garde illustrée d’une  tête de cerf en argent, emblème du solognot de l’Académie Française. Cette dernière vitrine, si elle nous présente aussi une très amusante fresque en couleurs des camarades de prépa du futur normalien, dans un style entre les pieds nickelés et la famille Fenouillard,  n’a finalement que peu de rapport avec les récit de guerre de “Ceux de 14”

Car il faut bien le dire, quelle que soit la qualité et l’intérêt des objets et des textes présentés, cette exposition est bien médiocre dans sa présentation: une salle trop grande aux murs désespérément vides, affublés de “bâches” sur lesquels s’entremêlent des extraits du texte de Maurice Genevoix avec une iconographie de manuel scolaire, dont la seule lecture nécessiterait la fourniture de pliants, et pour finir les œuvres illustrées de l’écrivain jetées en pâture sur une grande banquette, quelle dérision !

Il est bien dommage de passer à coté de ce qui aurait pu être une attractive exposition sur les événements qui ont marqué la jeunesse du grand romancier. Ce manque de vision artistique et de moyens est malheureusement le résultat de l’absence d’un directeur pour ce Musée des Beaux Arts, dont Mme Sophie Ferkatadji (directrice de la Culture à la ville d’Orléans) a souhaité récemment* “qu’il vive aussi au plan touristique et que son dynamisme soit synonyme de rayonnement pour la ville», cela devient, à l’évidence, d’une criante urgence pour un musée sans direction depuis deux ans !

Gérard Poitou

*Intervention devant l’assemblée générale des Amis des Musées d’Orléans (voir Magcentre)

Je me souviens de “Ceux de 14” Maurice Genevoix
Du Samedi 28 Mars 2015 au Dimanche 31 Mai 2015
Exposition au Musée des Beaux Arts 1 rue Fernand Rabier 45000 Orléans

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