Jean Germain se donne la mort avant son procès, le film de la tragédie

C’est un martyr de la République. Il a été jeté aux chiens, et comme il l’a écrit dans la lettre qu’il a laissé derrière lui, leurs consciences les poursuivra” Dominique Tricaud, l’avocat de Jean Germain s’en est pris aux média et au parquet.

Lise Han à l'ouverture du procès.

Lise Han à l’ouverture du procès.

9h30. La sonnerie du tribunal correctionnel retentit. Des piles de dossiers sont prêtes sur les tables des avocats. Les robes noires sont impeccables. Une vingtaine de journalistes attend. Celui des cinq prévenus dont on ne fait que parler : Jean Germain. Le sénateur socialiste encourt jusqu’à 10 ans de prison et plusieurs centaines de milliers d’euros d’amende dans l’affaire dite des “mariages chinois”. Les faits remontent à 2007, du temps où il était maire de Tours. Il est poursuivi  pour détournement de bien public, complicité de prise illégale d’intérêt, complicité d’abus de bien et recel.

9h32. Chaque prévenu est cité. Jean Germain “absent”

Les parties civiles annoncent que de nouvelles conclusions rectifiées vont être déposées aujourd’hui contre Jean Germain par la ville. Cette procédure est possible jusqu’à la fin du procès. Serge Babary, maire de Tours (UMP), est là, dans le public.

Dominique Tricaud, l'avocat de Jean Germain attend des nouvelles à l'ouverture du procès.

Dominique Tricaud, l’avocat de Jean Germain attend des nouvelles à l’ouverture du procès.

9h40. L’avocat de Jean Germain, Dominique Tricaud est submergé d’émotion. Il se lève et s’adresse d’une voix inaudible au tribunal “c’est une situation infâme. Il a disparu ce matin en laissant une lettre.” La présidente du tribunal suspend l’audience et demande à ce qu’on éclaircisse la situation. Stupeur dans la salle et tout de suite une incrédulité…

9h45. “Vous voyez que la justice peut faire mal. J’espère qu’on va le retrouver vivant”, ose Gérard Chautemps, l’avocat de Lise Han. Lise Han, seule prévenue à rester au centre de la salle avec, sur le visage, la même expression, tout au long de la matinée, une sorte de masque dont on ne saurait lire ce qu’il dissimule. Le personnage reste énigmatique.

9h55. Dominique Tricaud, bouleversé, annonce : ” sa femme m’a appelé pour me dire qu’il avait disparu en laissant une lettre d’adieu.” Emu et très inquiet, il confie ” Je l’ai vu la semaine dernière et j’étais en contact avec lui tout le week-end. (…) Il vivait comme une énorme injustice le procès qui lui était fait. (…) C’est un déshonneur pour lui (…) un tissu de ragots infâmes.” A la question d’un journaliste “c’était aussi l’occasion de se justifier en venant”, Dominique Tricaud a quitté les caméras, sidéré.

Entourée de ses avocats Lise Han attend des informations.

Entourée de ses avocats Lise Han attend des informations.

10h20. Dominique Tricaud, bouleversé, décide de faire une déclaration à la presse. Les journalistes s’attendent à tout sauf à ça. L’avocat de Jean Germain lit la lettre écrite au stylo noir par Jean Germain lui-même et retrouvé dans son véhicule. Voici un extrait : “ Des indications me laissent penser que, alors que les délits n’ont pas eu lieu, le ministère public va requérir à mon encontre pr des raisons plutôt politiques. C’est insupportable.  Autant je peux reconnaître des erreurs, des manques de discernement, autant il m’est impossible d’accepter sans broncher cette forfaiture rendue possible par les actions de madame Han et les mensonges peureux de monsieur Lemarchand. Leur conscience les poursuivra. (…) Soyez sûrs que je n’ai jamais détourné un centime, que je ne me suis pas enrichi, que j’ai toujours oeuvré pour ce que je pensais être le bonheur des Tourangeaux.”

La presse reste sous le choc

10h55. L’avocat de Jean Germain, assis dans la salle d’audience aux cotés de ses dossiers, ferme son téléphone. On l’entend susurrer à l’assistant de Jean Germain “on l’aurait retrouvé”. Ils quittent la salle d’audience et se prennent dans les bras l’un de l’autre. Les caméras cherchent quelque chose à filmer.

11h05. Le procureur, Jean-Luc Beck, demande à tous les avocats de venir. François Lagière, prévenu sort dans la salle des pas perdus, soutenu par un conseil. Liz Han reste assise, seule, sur le banc des prévenus.

Liz Han, seule, devant des chaises vides.

Lise Han, seule, devant des chaises vides.

11h15. Liz Han répond aux questions de quelques journalistes. ” Monsieur Germain est quelqu’un de bien. (…) Je ne suis pas entrée en contact avec lui depuis notre dernière confrontation. (…) Il y a beaucoup de victimes devant la justice. “

11h15. La Nouvelle République annonce que Jean Germain est retrouvé mort.

Tous les journalistes s’observent. Personne ne sait. L’information tarde à arriver jusque dans la salle d’audience du tribunal de grande instance. Une partie de la presse se précipité hors du palais de justice pour “savoir”.

11h20. Le tribunal revient. Les caméras, massées, sont priées de sortir. Il y a un silence, total.

11h22. La présidente et ses deux consoeurs assesseurs entrent. Le procureur prend ainsi la parole ” en raison de circonstances insurmontables (…), cette audience ne pourra se tenir… être renvoyée “

La présidente poursuit en évoquant les contrôles judiciaires des autres prévenus et leurs obligations vis-à-vis de la loi.

11h40. L’audience est suspendue pour statuer le renvoi du procès ainsi que les demandes des avocats des prévenus restants.

12h. Le procès est renvoyé. Dominique Tricaud sort de la salle et annonce le décès de Jean Germain. Il lance aux médias qui l’assaillent : ” Il était cité devant ce tribunal sur un tissu de ragots, sur un tissu de rumeurs, sur un tissu de méchanceté gratuite qui avait pour objectif un plan concerté de parvenir à sa mise à mort politique. Ceux qui ont lancé ce dessin sont probablement allés au-delà de ce qu’ils pouvaient espérer. Sachez que des hommes se battent pr la France, se battent pour la République, se battent pour la Touraine. Et qu’il y a un moment où, à défaut  de reconnaissance, à défaut de tout remerciement, comparaître sur le banc de l’infamie est quelque chose qui ne peut être acceptée.

La presse, le parquet, vous êtes aujourd’hui les responsables de la mort de Jean Germain”

Nous sommes abasourdis.

12h05. L’avocat de Liz Han parle de ce procès comme d’une “forme d’Outreau. Les juges ont fait une erreur. Ils sont partis d’une rumeur. Il y a des polémiques qui n’auraient pas dû exister.”

12h10. Le choc retentit dans la ville.

A-L. P.

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