Tours : la classe politique abasourdie

Drapeau en berne, recueil de condoléances en mairie et mines défaites, c’est une ville sous le choc. L’information a été aussi rapide que la nouvelle d’un attentat. L’ancien maire socialiste de Tours s’est donnée la mort à l’ouverture de son procès dans l’affaire dite des mariages chinois. La classe politique préfère saluer unanimement le parcours “honnête” de l’homme, omniprésent sur la scène locale depuis plus de vingt ans.

Minute de silence au conseil municipal de

Minute de silence au conseil municipal de Tours

” Je veux saluer le travail, l’énergie, l’engagement, le dévouement “ de Jean Germain qui laisse “son empreinte dans la cité”. Le maire UMP Serge Babary, qui a fait chuter l’an dernier Jean Germain de son fauteuil de maire au bout de 19 ans de mandat, a évoqué avec émotion celui avec qui il y a eu des divergences politiques mais aussi “une certaine affection depuis notre amitié de collégiens. “

Le maire s’est montré très affecté “il était accablé par cette affaire. Au départ, l’idée des mariages chinois était une bonne idée, je l’ai défendu en son temps. Les attaques, les sous-entendus et les difficultés à s’exprimer sur ce sujet… parce que c’était quelqu’un de pudique, de silencieux. Ce matin, c’est un coup de tonnerre pour la ville. ”

Son honneur “jeté aux chiens”

Serge Babary, le successeur de Jean Germain hier à Tours.

Serge Babary, le successeur de Jean Germain hier à Tours.

Sur la difficulté pour un élu d’affronter un jour la justice, Serge Babary confie “même si les hommes politiques semblent parfois avoir une cuirasse… C’est terrible. En politique, on a à faire à des hommes et des femmes sensibles, fragiles. Il y a rarement de reconnaissance. Il ne faut pas perdre, jamais, sinon on se retrouve seul. On peut donner l’impression d’être extrêmement solide. La pression, la malveillance, la rumeur peut créer au coeur de l’un ou de l’autre une faille… un honnête homme, dont l’honneur a été jeté aux chiens”. Jean Germain avait été poursuivi sur dénonciations dans une lettre anonyme.

Une minute de silence a été observée en début d’après-midi à l’ouverture du conseil municipal de la ville, impossible à décaler (le temps réglementaire s’arrête en fin de semaine) en raison de deux reports précédents pendant la campagne des élections départementales. Les élus socialistes avaient tous un visage atterré par la nouvelle. Jean-Patrick Gilles, qui avait pris la tête du Parti Socialiste à la suite de Jean Germain, a lu un bref communiqué avant de quitter les sièges du conseil municipal avec tous les élus. Le conseil municipal avec surtout le vote du budget des Tourangeaux, a donc été voté sans les socialistes.

“Je ne comprends pas”

Jean-Patrick Gille, dé:puté PS de Tours et ancien premier adjoint de Jean Germain à la mairie, ici avec Serge Barbary.

Jean-Patrick Gille, dé:puté PS de Tours et ancien premier adjoint de Jean Germain à la mairie, ici avec Serge Barbary.

Jean-Patrick Gilles a confié : “ Ce matin, dans son sms, il me disait “c’est injuste”. On imaginait bien que c’était une épreuve mais on imaginait plutôt que c’était la fin du cauchemar (…)  l’occasion pour lui de se blanchir. Il ne s’était jamais expliqué, il était pudique (…) Même avec ses proches, il en parlait assez peu, si ce n’est pour partager ce sentiment d’injustice. “

Très touché, le député socialiste se dit “abasourdi, abattu. On ne peut que s’en vouloir de ne pas avoir présenti les choses, sûrement un désarroi (…) Devenir maire était son rêve d’enfant. La ville était toute sa vie. (…) Après la défaite de l’an passé, on avait senti un petit coup de mou mais il s’était réinvesti pleinement (…) ” Je ne comprend pas. ..”

Le caractère un peu secret de Jean Germain lui a fait prêté bien des postures qui restent des énigmes. ” Certains l’ont vu encore hier. Et même ce matin, quelqu’un devait passer le prendre et l’a eu un quart d’heure avant au téléphone, il n’y avait rien de particulier… “

Sa vie privée sur la place publique

Des bougies ont été allumées devant l'hôtel de ville par les Tourangeaux.

Des bougies ont été allumées devant l’hôtel de ville par les Tourangeaux.

La tristesse se lisait aussi sur le visage d’Alain Dayan, fidèle parmi les fidèles de Jean Germain, dans ses heures les plus lumineuses comme les plus sombres. Il se refuse aux commentaires mais son chagrin déborde ” il va peut-être falloir se poser des questions, que la presse s’interroge… C’était un grand homme politique

et personnellement je perds mon meilleur ami. ” C’est avec lui que Jean Germain a terminé sa dernière grande soirée politique, au soir du meeting d’entre deux tours de Manuel Valls à Tours le 26 mars dernier. Jean Germain avait rapidement partagé un verre avec quelques camarades au bar en face la mairie avant de retirer, évitant les uns et les autres, sans saluer la presse, l’air presqu’incognito…

Beaucoup d’élus, tous bords confondus, disent n’avoir aucun doute sur l’honnêteté de Jean germain (la justice le poursuivait notamment pour détournement d’argent public). Mais à demi-mots, nombreux notent que ce procès était pour Jean Germain  le risque de voir sa vie privée déballée sur la voie publique. Sa liaison supposée avec Lise Han, également prévenue dans cette affaire et salariée à l’époque des mariages chinois de Jean Germain, avait fait beaucoup de bruit médiatique. Et pour un homme tout en retenue, cette épreuve s’ajoutait aux soupçons de malversation. “Il ne méritait pas ça”, entend-on dans les couloirs de la mairie.

A-L. P.

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