Gérard Larcher évoque Pierre Bérégovoy: “le système n’a rien retenu”  

« Jean Germain s’est senti condamné avant même d’être jugé par un système qui n’a finalement rien retenu depuis Pierre Bérégovoy, ce système qui s’emballe sans discernement, sans discernement pour l’honneur, pour amener un homme à l’irréparable », s’est écrié Gérard Larcher, depuis son fauteuil de président du Sénat devant un hémicycle comble qu’il a convié à un instant de recueillement, en la présence du président tunisien Béji Caïd Essebsi, en visite d’Etat à Paris et venu  parler de son pays et de ses liens avec la France devant la Haute Assemblée.

Gerard Larcher le président du Sénat (archives).

Gerard Larcher le président du Sénat (archives).

Dans la matinée, alors qu’ils regagnaient le Palais du Luxembourg après le week-end pascal, les sénateurs apprenaient, incrédules,  que leur collègue Jean Germain  venait de se donner la mort. La semaine dernière,  le maire de Tours de 1995 à 2014, âgé de 67 ans, considéré comme proche de François Hollande avait travaillé normalement, plaisanté quand l’occasion s’en était présentée.

Jean Germain à gauche avec Jean-Jacques Filleul, sénateur d'Indre-et-Loire.

Jean Germain à gauche avec Jean-Jacques Filleul, sénateur d’Indre-et-Loire.

« Je suis abasourdi » a répété plusieurs fois Didier Guillaume, le président du groupe socialiste du Sénat avant de lire à voix haute et très ému, la lettre d’adieu du sénateur d’Indre-et-Loire parvenue en début de journée au Sénat : « Je sais le mal que je vais faire, la peine que je vais diffuser à ceux qui m’aiment mais on ne  peut laisser la chasse systématique aux politiques se dérouler normalement, quotidiennement…. Il est des êtres, j’en suis, pour lesquels l’injustice et le

IMG_3068déshonneur sont insupportables », écrivait le défunt qui s’est suicidé à son domicile tourangeau d’une balle de fusil de chasse selon les premières constatations. Jean Germain qui, à la surprise générale, alors  qu’il y avait donné rendez-vous à ses proches, ne s’est pas présenté au tribunal où pendant trois jours devait se dérouler le procès dit « des mariages chinois » dans lequel il était poursuivi pour «  complicité de prise illégale d’intérêts et de détournements de fonds publics ».  Entre 2007 et 2011 des “Noces romantiques en Touraine” ont été organisées pour une clientèle chinoise aisée. Le maire de Tours, ceint  de son écharpe posait sur les marches de l’Hôtel de ville après un simulacre de mariage qui faisait connaître sa ville en Asie. . Un ancien membre de son cabinet, Lise Han, est mis en examen dans cette affaire pour escroquerie. Dans sa lettre d’adieu, Jean Germain a dit et répété qu’il « ignorait tout des agissements de Mme Han….  Sa conscience la poursuivra…. Je n’ai pas touché un centime ».

IMG_3260Le Sénat n’était pas seul à être ému. L’Elysée, Matignon et l’Assemblée étaient également sous le choc. Selon ses collaborateurs François Hollande, atterré, ne parvenait pas à cacher son émotion.  Manuel Valls avec lequel  il était « très lié » déclarait “Je savais qu’il avait à affronter un moment difficile. Je pensais qu’il avait la force et la détermination pour pouvoir se confronter à la justice. Il faut respecter ce choix et la douleur de tous ses proches.” Marisol Touraine  évoquait « la perte d’un ami», Eric  Doligé, sénateur UMP du Loiret, « Je le connaissais depuis des décennies en  tant que maire et vice- président de la Région. Au Sénat il appartenait à la commission des Finances où il savait défendre ses projets tout en permettant des échanges ».

Assez sensible pour réussir son suicide

Jeanny Lorgeoux (à droite) en 2012 avec François Hollande et François Bonneau.

Jeanny Lorgeoux (à droite) en 2012 avec François Hollande et François Bonneau.

Mais indéniablement, le plus remué, le plus touché  parce qu’il « voyait partir une partie de sa jeunesse”, était le sénateur PS du Loir-et-Cher, Jeanny Lorjoux, « Jean avait trois ans de plus que moi. Nous avons été étudiants ensemble à Tours de 1967 à 1970. Je n’ai rien vu venir. IL me parlait de cette affaire mais en minimisait l’importance. Qu’il n’a pas touché un centime, j’en suis sur. Fils de parents résistants et grands résistants, il avait des valeurs auxquelles il était incapable de déroger. C’était un homme très cultivé qui tenait à la Touraine et à Tours. Il les avait dans le sang. De 67 à 71 à Tours nous avons préparé la fusion de la Convention des Institutions Républicaines et de la SFIO. On se donnait rendez-vous à la brasserie de ‘l’Univers, un symbole Jean était un humaniste, un démophyle (Ami du peuple) Il y a des gens qui ne sont pas au niveau des responsabilités qu’ils occupent. Jean était un être sensible, assez sensible pour réussir son suicide ».

 Françoise Cariès

 

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