Terrorisme : surveiller pour prévenir

Contrairement à l’idée trop répandue, les candidats au djihad ne proviennent pas des seules zones défavorisées. De plus en plus de jeunes djihadistes sont parfaitement intégrés, ont ou ont eu de bons résultats scolaires, ont parfois accompli leur parcours dans des établissements privés catholiques et sont issus des classes moyennes.

En 2014 leur nombre a augmenté de 84%. 1 432 Français sont partis en Syrie, 413 dont 119 femmes parmi lesquelles des mineures étant effectivement dans les zones de combats. Aussi, dans son rapport sur « l’organisation et les moyens de la lutte contre les réseaux djihadistes » issu d’une commission sénatoriale qui a longuement enquêté, Jean-Pierre Sueur insiste-t-il sur la prévention. Il y consacre la majeure partie des 110 propositions émises (lire le précédent article).

Jean-Pierre Sueur

Jean-Pierre Sueur

Sous couvert de buts prétendument humanitaires, ou au nom d’un message religieux dévoyé, des filières prônent un discours de haine. Elles ne manifestent aucune considération humaine pour leurs recrues et les poussent à entreprendre des actions criminelles, mettant en danger leur propre vie et celle des populations qu’elles côtoient. De plus en plus souvent elles utilisent internet souvent en cryptant leurs messages. Aussi la Commission par la voix de son rapporteur exhorte-t-elle les parents à se montrer vigilants, du moins autant qu’ils le peuvent et souhaite que les enseignants, les éducateurs, les intervenants sociaux et les magistrats reçoivent une formation universitaire sérieuse à la détection des signes de radicalisation. Elle propose également de confronter dans de vrais face- à- face les aspirants djihadistes à des repentis dont on s’est assuré qu’ils sont de vrais repentis et non de membres de cellules dormantes à qui il a été fourni des éléments de langages pour apparaître des repentis, « des discussions pour montrer la réalité du djihad et des tâches souvent subalternes réservées aux combattants étrangers ». Le rapport demande avec insistance le retour à l’autorisation parentale de sortie du territoire supprimée en 2013 et le renforcement sensible des moyens du Centre national d’assistance et de prévention de la radicalisation (CNAPR) afin de lui permettre de fonctionner 24 heures sur 24.

S’attaquer au nerf de la guerre, l’argent

daechMesurant l’amplificateur qu’est le net et son impact sur des gens en recherche d’idéal, le rapporteur préconise une surveillance accrue des réseaux sociaux. Pour cette demande il s’appuie sur un chiffre choc : en janvier dernier, la video de revendication d’Amedy Coulibaly, l’auteur de la fusillade de Montrouge et de la prise d’otages de l’Hyper Cacher a été chargée par une plateforme de propagande qui l’a transmise à 3 millions de destinataires.

Pour empêcher les départs et les attentats le rapport s’attaque au nerf de la guerre, l’argent. Il propose de doubler les effectifs de TRACFIN affectés à la lutte contre le financement terroriste et souhaite des effectifs européens pour surveiller les frontières de la zone Schengen.

Afin d’éviter la propagation de l’islamisme en prison où il fait des ravages, les sénateurs demandent la généralisation des quartiers isolés en les limitant à 10 ou 15 islamiste maximum, tous en cellule individuelle. Ils appellent notamment à « tripler dans un délai rapide les effectifs du bureau de renseignement pénitentiaire, en y créant au moins 100 postes supplémentaires ».

Un certain nombre de ces mesures peut s’inscrire dans la loi renseignement actuellement en débat devant l’Assemblée nationale et bientôt devant le Sénat. Les sénateurs souhaitent que le budget « lutte contre le terrorisme » qui est actuellement éparpillé soit identifié dans la loi de finance et que ses dépenses puissent être suivies avec exactitude. Enfin, si les 110 mesures préconisées demandent un financement , Jean-Pierre Sueur fait valoir que « l’éducation a un coût mais qu’on n’arrive pas à chiffrer celui de l’ignorance ».

Françoise Cariès

 

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