Comme un esprit du 11 janvier et de Résistance…

Ils l’ont tellement voulu au Panthéon ces amis de Jean Zay. Enfin! Le visage de l’Orléanais ministre du Front populaire, est un simple dessin comme au fusain, tout à gauche au fronton du Panthéon, grandiose et pompeux. Pour autant qu’elle affiche la solennité qu’il convient, la cérémonie n’a rien de lugubre. Il ne gèle pas à pierre fendre comme en 1964 pour l’entrée de l’autre grand résistant, Jean Moulin. Rien de glacial dans le cérémonial, il fait un beau printemps, chaud, pas de voix chevrotante et caverneuse d’un Malraux.

IMG_8871

Ce qu’il faut d’émotion quand vibre le chant des Partisans superbement chanté par la chorale militaire. Mais les grappes de jeunes qui accompagnent les cercueils font des taches de couleurs comme les uniformes martiaux des gardes républicains. Un tonnerre d’applaudissements  ponctue les propos de François Hollande. Ce n’est pas sa personne que l’on plébiscite mais la République. “La France a rendez-vous avec le meilleur d’elle-même” a-t-il dit. Et la Résistance “c’est le meilleur de la France”.  Il y a de l’émotion, du respect, mais les 800 invités ne sont pas en mode tristesse. Il y a aussi du bonheur dans cette foule du tout politique et médiatique. On se retrouve sur ses vraies valeurs. Même si par moment on se croirait revenu à la garden party de l’Elysée, sans la pelouse ni les petits fours.

Sarkozy avait un rendez-vous…

Nathalie Kociuslo-Morizet (UMP) une des seule figures de l'opposition présente au Panthéon, ici avec Bernard Debré et Jean-Vincent Placé.

Nathalie Kociuslo-Morizet (UMP) une des seule figures de l’opposition présente au Panthéon, ici avec Bernard Debré et Jean-Vincent Placé.

Le tout politique, le tout Paris ou presque, le tout Orléans ou presque. Olivier Carré, le député-maire intérimaire de la ville, à qui tout le monde reconnait un magnifique discours dans la cour de l’hôtel Groslot, est dans la tribune. Le recteur, le préfet, un historien comme Benoit Verny, le vice-président de l’université Pierre Allorant, le tout Orléans plutôt de gauche, car la plupart des parlementaires de droite, hormis Philippe Vigier, ont séché le cours d’histoire. Comme Nicolas Sarkozy, retenu par un “rendez-vous important ailleurs”

Trois des artisans de l’entrée de Jean Zay, le mal aimé, le juif franc- maçon radical, cible de toujours de l’extrême-droite, se regroupent pour la photo. Il y a là Jean-Pierre Sueur, le sénateur proche de toujours des filles de Jean Zay, Avelino Vallé et Jean-Michel Quillardet, les deux piliers de l’association “Jean Zay au Panthéon”, deux membres influents du Grand Orient. “Nous sommes les sherpas de Jean Zay” lance Jean-Pierre Sueur à Manuel Valls qui serre, sans crier gare une série de mains.

Le long chemin pour Jean Zay

Hélène Mouchard Zay et Yvan Levaï qui a été un grand artisan de l'entrée au Panthéon.

Hélène Mouchard Zay et Yvan Levaï qui a été un grand artisan de l’entrée au Panthéon.

“La première fois que l’on est sorti du bureau de Philippe Bélaval on n’en menait pas large” se  souvient Avelino Vallé.  “Derrière tout cela il y avait une autre affaire Dreyfus, ce n’était pas gagné”. Sylvie Hubrac, l’ancienne directrice de cabinet du Président y fut pour beaucoup aussi. “Ce fut un long chemin” confirme Jean-Pierre Sueur qui a ouvert plein de portes. C’est au président du Centre des monuments nationaux que François Hollande avait demandé un rapport sur le rôle du Panthéon intitulé “pour faire entrer le peuple au Panthéon“. “On m’avait demandé des profils, pas des noms” dit devant la tribune Philippe Belaval qui vit une consécration.  “Les réticences sur Jean Zay, elles ont été vite levées. Le patrimoine de Résistance de Jean Zay ne fait pas de doute, il est mort pour la France”. Un journaliste classé dans les allées du pouvoir confie: “ce n’était pas à Jean Zay que François Hollande pensait au départ”, plutôt à Léon Blum, “il me l’a confié lors d’un déjeuner”.

Hélène Mouchard-Zay mercredi au Panthéon.

Hélène Mouchard-Zay mercredi au Panthéon.

Catherine Zay rayonne, son visage et ses mots sont habités par l’instant historique: “je savais que cela arriverait, l’injustice n’a qu’un temps… C’est plus qu’un événement, c’est quelque chose de concret dans le temps“. Et l’ancienne libraire orléanaise d’aller d’une interview à l’autre, tellement elle crève l’écran. Hélène sa sœur, l’enseignante, la créatrice du Cercil (centre de mémoire sur les camps du Loiret) est aussi bouleversée, et se remémore la cérémonie à la mairie de Paris la veille ,qu’elle a prisé “pour sa simplicité”.  Au sortir du Panthéon où les familles des quatre étaient seules avec le Président, Hélène Mouchard-Zay confie son émotion: “à l’intérieur, c’était calme pas de caméra, nous avons pu échanger des souvenirs avec le Président…Je lui ai dit “j’ai trouvé bon votre discours qui fait le lien entre l’histoire et le présent”.

L’extrême droite ne lâche jamais ses proies

IMG_8615Elle embrasse Yvan Levaï comme du bon pain. Le journaliste se souvient comment il a fallu ramer à Cannes pour faire apposer une plaque pour Jean Zay, le créateur du Festival, “pour damner le pion à la Mostra de l’Italie fasciste”.  Gérard Boulanger, l’historien avocat et militant bordelais du Parti de gauche, auteur d’un ouvrage qui fait référence, “l’affaire Jean Zay, la République assassinée” (Calman Lévy), en est persuadé, “c’était mal parti avec cette pétition contre lui, l’extrême droite ne lâche jamais ses proies”.  Dans les travées, Nathalie Kociusko-Morizet, flanquée des Debré, Jean-Louis et Bernard, est l’une des seuls personnalitées de l’opposition visible.  Anne Hidalgo, la maire de Paris, est loin,à l’autre bout de la tribune, près de Lionel Jospin et Jean-Marc Ayrault. Gérard Larcher, le président du Sénat, en avance, est aux premières loges, et ne boude pas son plaisir “républicain”. “C’est une journée qui s’inscrit dans les valeurs de la République” et il précise qu’il y a deux jours il était  à  Auschwitz”. “C’est une journée qui rassemble”. Drôle de hiérarchie en tribune officielle, Robert Badinter le “tueur” de la peine de mort qui entrera peut-être un jour au Panthéon, a été relégué tout là haut…

Pas de communiste au Panthéon

IMG_8836

Catherine Zay très sollicitée.

Pierre Laurent, le sénateur de Paris, secrétaire général du PC, râle à sa manière, toujours policée: “nos aurions aimé que toutes les composantes de la Résistance soient représentées et honorée, y compris la communiste”.  Celles qu’il aurait voir entrer au Panthéon? “Il n’y avait que l’embarras du choix, Marie-Claude Vaillant-Couturier ou Missak Manouchain”. A la première, un hommage devait être rendu en fin de journée au siège du Parti communiste, en présence du secrétaire d’Etat aux Anciens combattants. De quoi consoler Pierre Laurent.

François Hollande lui, surfe à la fois sur l’histoire et sur la réalité de l’horizon de 2017 qui se déboucherait un peu. Réclamé à grand cris par les jeunes qui ont participé à la cérémonie sur les marches du Panthéon, il pose derechef pour la photo. Et puis rue Soufflot, il se lance dans un bain de jeunes impromptu, comme il aime, au grand dam de sa protection rapprochée. Avec cette entrée de quatre grands Français, en une cérémonie sobre mais emprunte d’émotion et où ont flotté sans arrêt les valeurs de la République immortelle, le Président a voulu faire revivre aussi l’esprit du 11 janvier. Contre toutes les intolérances, un certain esprit de Résistance.

Ch.B.

Commentaires

Toutes les réactions sous forme de commentaires sont soumises à validation de la rédaction de Magcentre avant leur publication sur le site. Conformément à l'article 10 du décret du 29 octobre 2009, les internautes peuvent signaler tout contenu illicite à l'adresse redaction@magcentre.fr qui s'engage à mettre en oeuvre les moyens nécessaires à la suppression des dits contenus.

  1. … et la foule, et pour mieux dire le peuple, était parquée loin de là.
    Par sécurité ? ou par crainte d’explosions de colères envers des gouvernants qui musèlent toute contestation de leur politique.

Comments are closed.

Recevez chaque jour les nouveaux articles par e-mail

Votre e-mail ne sera communiqué à aucun tiers et servira uniquement à vous envoyer les titres chaque jour par e-mail