“Enquête sur un suicide politique”: plaidoyer et réquisitoire 

L'hommage à Jean Germain, après son suicide.

L’hommage à Jean Germain, après son suicide.

Le livre qui vient de sortir aux Editions du Cherche midi intitulé « enquête sur un suicide politique, Jean Germain, maire de Tours », alors que s’ouvrira dans quelques jours à Tours le procès dans lequel ce dernier devait comparaître, aux côtés de quatre autres personnes, est un curieux mélange entre un plaidoyer en faveur du prévenu et un réquisitoire contre nombre de personnalités tourangelles, désignées ad nominem comme responsables de la fin tragique de l’ex maire de Tours.

Le rôle du procureur

Alain Dayan.

Alain Dayan.

Il est heureux qu’Alain Dayan, co-auteur du livre, ancien adjoint à la mairie de Tours, évincé sur la liste lors des dernières élections, ne puisse faire justice lui-même ! Et pourtant, on sent bien qu’il aimerait dans cette affaire tenir le rôle de procureur et infliger des peines sans sursis à tous ceux qui ont eu à un moment ou à un autre l’heur de déplaire à son ami, décrit comme un homme exemplaire, au parcours sans tâche.

Visionnaire, bâtisseur, humaniste, bienveillant, drôle, gentil, à l’écoute de tous … aucun adjectif n’échappe au discours élogieux de cet ancien élu tourangeau qui a décidé de se désigner lui-même comme le défenseur de Jean Germain, celui qui le vengerait de tous les méchants qui l’ont, selon lui, conduit vers sa fin. Rien sur sa première épouse, rien sur les raisons qui ont mené à son échec lors des dernières élections, rien sur la relation amoureuse, confirmée pourtant par l’intéressé lui-même, avec la désormais célèbre Lise Han, personnage sulfureux au cœur de l’affaire des mariages chinois, rien sur les erreurs de jugement puis les erreurs de communication de son mentor…

Juste avant le procès

En revanche, il est difficile de ne pas être scandalisé par les attaques qu’il porte à certains, en particulier à Jean-François Lemarchand, directeur de la structure ayant « accueilli » sur les ordres de son président la chinoise devenue gênante au cabinet du maire. N’aurait-il pas mieux valu attendre le verdict des juges avant d’accuser qui que ce soit de quoi que ce soit ? Il est vrai qu’il aurait été dommage pour les ventes du livre de rater l’ouverture du procès.

livre germainHeureusement, Arnaud Roy, journaliste tourangeau, second co-auteur, tempère ce pathos par une enquête qui, si elle est menée à décharge elle aussi, a le mérite d’être intéressante parfois, et surtout un peu plus réaliste.

Enfin, et pour couronner le tout, cet ouvrage qui ne restera pas dans les annales, se ferme sur quelques mots écrits par Nora, la compagne de Jean Germain, sous forme de lettre adressée à ce dernier. Si on ne peut que respecter la peine de celle qui marcha à ses côtés si longtemps, on peut cependant s’étonner de la voir l’exposer ainsi dans ce qui devait être une enquête minutieuse et qui n’est en fait qu’un récit assez long et souvent redondant de la vie de l’ex-premier magistrat de Tours qui a choisi, pour des raisons personnelles (un suicide ne l’est-il pas toujours ?) de mettre fin à ses jours, un matin d’avril dernier.

C.T

 

 

 Enquête sur un suicide politique, Jean Germain, maire de Tours, par Arnaud Roy et Alain Dayan, éditions du Cherche-Midi, 16,50€.

Lire aussi l’article du Canard Enchaîné de cette semaine, intitulé “à Tours il y a des renards mais pas de corbeaux”.

 

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