Noël aux élections, Pâques aux régions

Pierre Allorant

Pierre Allorant

Par Pierre Allorant

Mais comment peut-on être centro-ligerien ? À l’instar de Montesquieu dans les Lettres persanes, l’interrogation est légitime et opportune, au moment où la région née des provinces du Berry, de l’Orléanais et de la Touraine atteint sa maturité.

Un demi-siècle après une création problématique, sous le double signe du doute sur son identité et d’une intense rivalité urbaine entre ces anciens chefs-lieux de généralité d’avant 1789, il est plus que temps de trouver un autre hymne que le refrain trop paresseusement ressassé, le « Je t’aime, moi non plus » entonné par Orléans, Tours et parfois Bourges.

La région sans malédiction

Comme le releva Pierre Sudreau, maire de Blois, ancien préfet du Loir-et-Cher et futur président de la région Centre, lors des débats parlementaires du printemps 1972, au moment de la création des Établissements Publics Régionaux par le gouvernement Chaban-Delmas, en France, la région a longtemps été maudite, de la captation de l’idée par la droite maurrassienne à sa mise en œuvre détestable par Vichy.

Revenue par la fenêtre de l’aiguillon économique, la région a pâti, comme la construction européenne, de son enfance technocratique : comment faire rêver avec une circonscription d’action régionale, liée à la mise en œuvre du plan ? Et pourtant, l’équipement et l’aménagement du territoire, le réveil de la province, ce « désert français » si longtemps endormi et écrasé par l’hégémonie de la capitale, voilà l’acquis incontestable de la préhistoire de la région, avant son émancipation démocratique en 1986, premières élections directes indispensables à l’émergence de véritables collectivités territoriales.

Treize régions en quête d’auteurs

nouvelles regionsDepuis trois décennies, les régions ont, par-delà les alternances, conduit des politiques vigoureuses qui ont contribué à l’émergence de véritables métropoles et à une irrigation des territoires ruraux et des villes moyennes par des crédits et des contrats essentiels au maintien de l’activité économique, de l’animation culturelle, de la desserte ferroviaire ou encore de la présence d’antennes universitaires de proximité.
Avec la récente loi NOTRe, une nouvelle étape s’ouvre. Si l’on a pu espérer un temps une simplification et une clarification plus radicales des compétences, le renforcement du couple intercommunalité-région, singulièrement sur l’économie, et la réduction du nombre de régions de 22 à 13 bouleversent le paysage institutionnel français. Mais c’est au prix fort, celui d’une fragilisation des chefs-lieux décapitalisés, de Limoges à Amiens, et du risque d’éloignement et d’oubli des pays les plus enclavés, loin des yeux des décideurs Bordelais ou Strasbourgeois.

Et au Centre coule la Loire

Dans notre région enfin réconciliée avec son fleuve, dans ses villes-centres embellies et désormais dans sa dénomination, l’enjeu est essentiel et le risque lourd de se contenter de la permanence du périmètre territorial en repoussant à plus tard l’approfondissement des politiques publiques. Avec les centristes Pierre Sudreau et Maurice Dousset, et depuis 1998 avec une gauche gestionnaire, la collectivité régionale a su porter ou accompagner des investissements nécessaires et même renforcer le sentiment d’appartenance commune.

©P.Forget.

©P.Forget.

Toutefois, on reste encore loin des perspectives ambitieuses rêvées par les « pères fondateurs » : métropole-jardin du Val de Loire Orléans-Blois-Tours, métro-Loire ferroviaire cadencé, université fédérale du Val de Loire, CHU bi-site… Même le tourisme, en dépit de l’incontestable réussite de « la Loire à vélo », reste très en-deçà du formidable potentiel naturel et culturel d’une région qui ne limite pas à l’image emblématique de Chambord et des cathédrales, comme en témoigne ces jours-ci le colloque international Voyages et voyageurs au Centre de la France. L’identité d’une région vue par ses visiteurs qui se tient à l’hôtel Dupanloup ce jeudi et vendredi.

Élire, c’est choisir

Bulletin vote election urneDans ce contexte législatif nouveau, l’échéance électorale du mois de décembre doit être vue comme une chance, une occasion de booster les projets régionaux en les mettant au cœur du débat public. La période de l’année est-elle si incongrue ? N’oublions pas que l’élection fondatrice de la présidentialisation de la Cinquième République s’est tenue, avec une forte participation, en décembre 1965, 117 ans après la première élection présidentielle, celle du « Prince-Président » du 10 décembre 1848…sans que ce clin d’œil historique résonne comme une incitation à rechercher l’homme (ou la femme) providentiel, à en perdre le… Nord.

Alors que l’indifférence et la désillusion envers la politique s’étendent comme une tumeur maligne, l’examen en toute transparence d’enjeux concrets et quotidiens constitue une chance – la dernière avant la sortie de route populiste ? – d’intéresser nos concitoyens berrichons et ligériens à l’utilisation optimale de l’argent public en période de vache maigre. Comment assurer l’accès aux soins pour tous, une réelle démocratisation de l’enseignement supérieur, un rebond de l’économie régionale profitant au tissu de PME ou encore une mutation de l’agriculture préservant la beauté de nos paysages, la sécurité alimentaire et la santé de tous y compris des producteurs ?

Espérons que la multiplication des listes (4 de l’extrême gauche à la gauche pourtant unie depuis deux mandats au sein de l’exécutif régional) ne nuira pas à la lisibilité des enjeux qui ne sauraient se résumer à la reconduite ou au remplacement de l’équipe sortante. Comme l’a vécu amèrement Lionel Jospin en 2002, une élection se joue rarement sur un bilan, mais sur un « désir d’avenir », l’appétence suscitée par un projet mobilisateur. À défaut, c’est le cartel nauséeux de la démagogie et du déclinisme qui gagne.

Si gouverner, c’est choisir, permettre aux électeurs de comprendre et de donner leur avis en amont, c’est s’éviter bien des incompréhensions et des lendemains qui déchantent.

Conseil aux électeurs, quand vous croiserez sur les marchés mesdames et messieurs les candidats, « demandez le programme » !

Pierre Allorant.

Commentaires

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  1. Merci monsieur ALLORANT pour ” ma ” Loire à vélo dont je suis et reste l’ inventeur et le créateur . D ‘ un Olivetain à un autre .
    Régis Réguigne

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