Rendre la mobilité aux personnes en fauteuil, c’est possible

Difficile pour un handicapé en fauteuil de se déplacer ailleurs que dans son quartier. La voiture adaptée est hors de prix. Devant ce constat, Charlotte de Vilmorin privée de l’usage de ses jambes et de ses bras a eu l’idée de créer un site de location de voitures adaptées. Et ça marche !

Charlotte de Vilmorin et Elise Lucet au journal de France 2

Charlotte de Vilmorin et Elise Lucet au journal de France 2

Pas facile d’organiser ses déplacements quand on est en fauteuil roulant. Confrontée à cette réalité depuis le plus jeune âge, et surtout quand elle est entrée dans la vie active, Charlotte de Vilmorin vient de lancer un site de location de voitures adaptées entre particuliers. Mis en service en avril dernier, www.wheeliz.com  met en contact les propriétaires de voitures équipées d’une rampe pour l’accès des personnes en fauteuil ou d’un poste de conduite aménagé et les particuliers qui désirent en louer une.

Le prix de la location est fixé librement, mais le site suggère un tarif moyen de 50 à 70 euros la journée, environ deux fois inférieur aux solutions actuelles spécialisées. Une commission de 30 % est perçue par la société Wheeliz pour couvrir ses frais, notamment une assurance tous risques conçue par la Maif. “Il s’agit du premier site” de ce type, explique à l’AFP Charlotte de Vilmorin, 25 ans. “Nous démarrons avec environ 60 voitures inscrites sur toute la France, pour des locations à la semaine, journée ou demi-journée. À terme, lorsque nous aurons un parc automobile suffisant, nous aimerions pouvoir proposer des services très ponctuels.”

Selon la jeune femme, il y a en France environ 100 000 particuliers qui possèdent une voiture équipée pour personnes à mobilité réduite”. Ceux qui ne s’en servent pas tous les jours pourraient ainsi choisir d’arrondir leurs fins de mois, tout en rendant service. Car “il est très difficile de se déplacer quand on est en fauteuil”, souligne-t-elle. Il y a trois ans, elle avait créé un blog, Wheelcome, où elle racontait avec humour toutes les petites galères de la mobilité au quotidien, notamment dans les transports.

En mars dernier, elle a publié un livre émouvant et drôle, Ne dites pas à ma mère que je suis handicapée, elle me croit trapéziste dans un cirque (éd. Grasset). Elle y retrace sa scolarité, effectuée entièrement en milieu ordinaire car ses parents se sont toujours battus pour qu’elle n’aille pas en centre spécialisé, jusqu’à son entrée dans la vie active.

Elle y raconte sa prise de conscience brutale de sa différence, à sept ans, quand la maîtresse demanda : “Combien êtes-vous dans la classe, les enfants ?” et qu’une petite fille répondit fièrement : “Vingt-trois plus Charlotte.” Rentrée à la maison, elle pleura dans les bras de sa mère avant que celle-ci la gifle : “Tu prends sur toi et tu arrêtes !” Ayant ainsi appris à ne pas s’apitoyer sur son sort, elle poursuivit ses études avec une prépa littéraire, puis un diplôme d’une grande école de communication.

Coûts prohibitifs

Le livre s’arrête lorsqu’à l’issue d’un stage dans une agence de publicité, elle se voit proposer un contrat de travail et y renonce en découvrant que le Syndicat des transports d’Ile-de-France (Stif), qui prenait en charge ses déplacements dans une voiture aménagée tant qu’elle était étudiante, ne le fera plus. Premier devis d’une entreprise spécialisée : 220 euros par jour. “C’était impossible à payer. Je me suis rendu compte qu’il y avait énormément de personnes dans cette situation, qui renoncent à travailler alors qu’elles ont une proposition d’embauche, faute de pouvoir se déplacer jusqu’à leur lieu de travail.”

Dans la réalité, elle déménage des Hauts-de-Seine à Paris pour avoir accès à la PAM 75 (Pour aider à la mobilité), service de transport subventionné par la Ville et le Stif. Mais même ainsi, c’était “trop contraignant” et en juin dernier, elle a quitté son travail pour se consacrer à son projet, avec une petite équipe de deux personnes.

Elle a levé près de 21 000 euros grâce à une campagne de financement collaboratif, et déposé les statuts de la société fin octobre 2014.

Pour le moment, la personne handicapée doit pouvoir conduire elle-même ou être accompagnée, mais Wheeliz prépare un service de chauffeurs. “On voudrait aussi pouvoir s’internationaliser, pour créer une communauté de partage de voitures aménagées qui permette aux personnes handicapées de faire du tourisme plus facilement.”

André Degon (avec l’AFP)

 

Commentaires

Toutes les réactions sous forme de commentaires sont soumises à validation de la rédaction de Magcentre avant leur publication sur le site. Conformément à l'article 10 du décret du 29 octobre 2009, les internautes peuvent signaler tout contenu illicite à l'adresse redaction@magcentre.fr qui s'engage à mettre en oeuvre les moyens nécessaires à la suppression des dits contenus.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Code de sécurité *