Les empires : pas de quoi en rire

Les 18e Rendez-vous de l’Histoire de Blois ont donc planché sur les Empires, tous défunts – ou presque ! Avant d’annoncer le thème de l’édition 2016 : partir. « Le rire posthume des Empires ». C’est ainsi que le journaliste Bernard Guetta, président de cette 18e édition des Rendez-vous de l’histoire avait nommé sa conférence de clôture. Un moment attendu par tous, mais osera-t-on écrire ici qu’il a un peu déçu, Bernard ?

B Ghetta

Bernard Ghetta

Certes la synthèse des empires défunts fut établie froidement, chirurgicalement à défaut d’en posséder le souffle brillant du style d’orateurs qu’on a parfois entendu à la même place les années précédentes (Erik Orsenna pour les paysans. Robert Badinter pour la justice…). De l’ex empire austro-hongrois des Habsbourg aux Ottomans, en passant inévitablement par les Soviétiques, « les empires ont mauvaise presse », dira-t-il d’emblée. « Quand, au début du XXe siècle, ils deviendront coloniaux, ils seront, jusqu’à la décolonisation l’incarnation de la domination des mondes européens sur les civilisations non-européennes ». Pour autant, les empires « étaient garants de la coexistence de populations diverses. Ils comblaient un vide, répondaient à des intérêts communs voire convergents. » Avant d’ajouter, pour essayer de plaider en leur faveur : « Réduire les empires à leurs injustices c’est leur faire un procès manichéen, et faire preuve d’aveuglement. »

« Comme s’ils nous disaient : je vous l’avais bien dit ! »

Passé des empires coloniaux table rondeMalgré leur chute, malgré leurs fins souvent tragiques, les empires ont des soubresauts contemporains que Bernard Guetta voit dans « la carte des conflits actuels ». La naissance des Etats-nations, qui ont fini par faire craquer les empires, ont-ils tout résolu ? Force est de constater que non, et on peut même dire sans mauvais jeu de mot que certains de ces États sont « pire » que les empires… « Le rire posthume des empires défunts résonne dans ces Etats-nations qui ne marchent pas si bien que ça. Parfois, ils échouent bien plus qu’échouaient les empires », conclut-il. « Comme s’ils nous disaient : je vous l’avais bien dit ! » Selon le journaliste chroniqueur sur France Inter, « Ils n’étaient pas qu’artificiels, ils répondaient à des besoins et pas seulement à la brutalité de la conquête ». Avant de formuler un vœu : « Une union volontaire des États souverains, qui n’aurait aucun des défauts des empires ni des États-nations ». On voit se dessiner, derrière ce propos final, l’utopie européenne. Une Europe qui réussirait.

Le cercueil “Empires” s’étant refermé en même temps que cette 18e édition, il ne restait plus qu’à Jean-Noël Jeanneney d’annoncer le prochain thème, très en phase avec l’actualité : “partir”. Comme chacun sait, c’est mourir un peu…

Alcide Arnould.

Les programmes d’histoire font débat

Inévitablement, le débat au sujet de la refonte des programmes d’histoire s’est invité aux Rendez-vous du même nom. D’ailleurs ils étaient au programme… les programmes. “A-t-on vraiment besoin de programmes d’histoire ?” était en effet le sujet d’une table ronde animée par Emmanuel Laurentin (la Fabrique de l’histoire sur France Culture) avec Romain Bertrand (directeur de recherche au Ceri et à Sciences Po Paris), Patrick Boucheron (Paris 1 Panthéon-Sorbonne et Collège de France), Raphaëlle Branche (Université de Rouen), Michel Lussault (géographe, professeur à l’ENS Lyon et président du Conseil supérieur des programmes – le CSP).

“Parfois les programmes devancent la recherche”, s’est-il étonné. “C’est quand même un peu troublant…” Patrick Boucheron s’interroge aussi : “les programmes changent régulièrement, quant aux programmes d’histoire, ils sont très passionnels, comme si l’histoire était la seule à former à la citoyenneté”. Et il ajoute : “Une ligne de programme, c’est une heure de cours, en infusion immédiate dans la société : c’est absurde !”

Trop de sources, trop de connaissances

Tous les participants de la table ronde s’accordent pour dire que les programmes étaient trop lourds, et qu’il fallait les alléger. “Dans la première mouture, qui a été tant contestée avant l’été, il y a avait une liberté pédagogique. Mais on nous a dit : votre vision est trop idéologique. On a laissé seul le CSP alors qu’on a médiatiquement écouté ceux qui n’avaient aucune légitimité pour s’exprimer. Qu’est-ce qui est arrivé pour que personne ne réponde ?” se lamente Michel Lussault. “Et qu’est-ce qui est arrivé au pouvoir politique pour qu’il dise : on a entendu, et réponde au critique ? Selon moi, il y a une disproportion. Le CSP se trouve au croisement de toutes les lignes de forces. Le moindre évènement prend des proportions considérables”, ajoute-t-il, constatant qu’il n’y a pas de lecture collective et qu’on n’a pas fait de toutes ces rumeurs des objets de débats.

Finalement, le bon sens général est venu par Raphaëlle Branche de l’université de Rouen : “Il y a trop de place pour l’histoire contemporaine dans les programmes, il y a trop de sources, trop de connaissances. Vouloir à tout prix courir après est-ce une solution ? Comment on fait quand on change de thème toutes les cinq séances avec des jeunes de 10 à 15 ans qui n’ont aucune mémoire historique ?”

That is the question…

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