Des élections nationales et locales à l’heure de la mondialisation

Patrick Communal

Patrick Communal

 

Par Patrick Communal 

C’est Danièle Mitterrand qui raconte qu’alors qu’elle interrogeait son époux, devenu président de la république et doté d’une majorité parlementaire à son service, sur les raisons pour lesquelles il ne mettait pas en œuvre son programme politique, celui qu’il avait promis au pays, ce dernier exposait en substance que le président de la France avait finalement bien peu de pouvoirs dans l’économie mondialisée.

L’interdépendance des économies nationales dans la mondialisation, le choix majoritaire des états européens de s’incliner devant les diktats de la finance internationale et de mettre en œuvre les politiques d’austérité qu’elle impose, l’exemple grec, nous renvoient, bien évidemment, aux réelles marges de manœuvres d’un état-nation ayant fait le choix de s’extraire de cet engrenage mortel qui voit s’accroître les inégalités, les pauvres s’appauvrir encore plus et une minorité de riches continuer à accroître leur fortune.

valls

Manuel Valls

Il y a les socialistes comme Valls et Hollande qui pensent qu’il faut accepter le jeu de la compétition, réduire le coût du travail pour renforcer les marges des entreprises et relancer la croissance, conditions d’un retour à une politique de redistribution et de réduction du chômage de masse, quitte à sacrifier, pour l’heure, une partie de notre modèle social. De part et d’autre on a une droite qui estime que les socialistes ne vont pas assez loin dans cette direction et des « frondeurs » qui ne veulent pas mettre en péril la majorité politique mais tentent de sauver les meubles d’un état providence cerné de tous côtés par la vague néo-libérale.

marine le pen

Marine Le Pen

Dans l’opposition, on a le front national qui pense pouvoir fermer les frontières, tenter une forme de repli sur soi économique et culturel qui parait bien compliquée à l’heure où les transactions financières mondialisées sont entièrement autogérées et régulées sur des autoroutes électroniques peu contrôlables.

Cette tendance, à laquelle s’associe une droite souverainiste qui se cherche, fait le choix d’une sortie de l’Europe et d’un retour à la monnaie nationale qui sera immédiatement l’objet d’attaques spéculatives sur les marchés. La démarche stratégique du FN parait difficilement concevable sans la mise en place d’un état autoritaire dont la cohésion sociale reposerait sur la désignation de boucs émissaires. Certains appellent ça le fascisme…

Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon

Au front de gauche, la tendance est de demeurer européen de revenir à une politique keynésienne de croissance « greenwashed » par les vertus conceptuelles de l’éco-socialisme, virage politique conquis en tapant du poing sur la table franco-allemande (version Mélenchon) ou à la suite d’une évolution des majorités politiques au sein des états européens lassés de l’austérité (version Pierre Laurent).

 

Les abstentionnistes : premier parti de France

Faute d’approfondissement et de mise en forme d’un corpus théorique et pratique conséquent, j’ai juste l’impression que rien de tout cela ne fonctionne. Laurent Binet rappelait cette semaine, en présentant son dernier ouvrage, cette citation de Kundera selon laquelle le roman est le territoire de l’ambiguïté ; on pourrait aussi renvoyer les programmes  politiques à l’univers de la fiction littéraire, après tout Mitterrand – encore lui – ne nous dit-il pas qu’on n’en sort qu’à son détriment ? Les gens doivent implicitement en être convaincus et penser que la politique n’a ni les moyens, ni les pouvoirs de ses enjeux, puisque les abstentionnistes sont devenus le premier parti de France.

Le paradoxe, c’est que l’abstention frappe surtout les élections locales dans les territoires où se gèrent la proximité et le quotidien – la vie réelle en somme – et où subsistent de vraies alternatives alors que la participation se maintient aux élections nationales où, au contraire, les marges de manœuvre du pouvoir politique se réduisent comme peau de chagrin. Résultat des courses : pour tenter d’intéresser l’électeur aux scrutins qui concernent son espace vital, on ne lui parle que d’affrontements nationaux hors sujet.

Commentaires

Toutes les réactions sous forme de commentaires sont soumises à validation de la rédaction de Magcentre avant leur publication sur le site. Conformément à l'article 10 du décret du 29 octobre 2009, les internautes peuvent signaler tout contenu illicite à l'adresse redaction@magcentre.fr qui s'engage à mettre en oeuvre les moyens nécessaires à la suppression des dits contenus.

  1. Merci Patrick pour cette analyse (pas franchement radieuse) mais simple et claire.
    Battons nous donc pour les enjeux des scrutins locaux et continuons à agir pour multiplier et faire connaître les initiatives locales.

  2. Ces considérations – globalement justifiées – ne dédouanent pas nos Présidents de leur renoncement à des promesses qui ne dépendaient pourtant pas du contexte international : par exemple le vote des étrangers pour François Mitterrand ou le droit à l’euthanasie pour François Hollande. Serait-ce une particularité des “François” de ne pas tenir leurs promesses ? Il est vrai que d’autres Présidents ont fait encore bien pis !

  3. L’observation d’oldpuzzle est fort intéressante et me conduit à quelques prolongements sur les modes de représentation politique. Dans un régime parlementaire à scrutin proportionnel tel que ceux qui sont en vigueur dans beaucoup de pays européens, aucune formation politique n’a la majorité absolue et les gouvernements sont donc composés de coalitions de plusieurs partis sur la base d’un compromis politique et d’un programme de gouvernement, le compromis est l’expression du rapport de forces entre les membres de la coalition. Les choses sont relativement claires : on va mettre une dose de social, une dose d’écologie, une dose de libéralisme selon ce rapport de forces qui est aussi le miroir de l’opinion.
    Dans un régime présidentiel à scrutin majoritaire où les pouvoirs sont fortement concentrés entre les mains du chef de l’état, le compromis ne résulte pas des résultats de l’élection qui donne la majorité à un seul parti mais d’un choix personnel du président qui apprécie l’état de l’opinion. Lorsqu’il l’apprécie mal, on a par exemple les grandes manifestations pour l’école privée du premier septennat de Mitterrand qui avait alors abandonné son projet de grand service public laïque et unifié de l’éducation. Cette prise en compte de l’état de l’opinion qui incombe au seul chef de l’état et n’est donc pas le fruit d’une négociation collective crée un désarroi chez ses partisans qui ne comprennent pas pourquoi, lorsqu’on a tous les pouvoirs on n’exécute pas ses promesses politiques, ce qui crée un sentiment de trahison des engagements. La réponse est que la société civile ne fonctionne pas selon le mode majoritaire mais obéit à ses propres équilibres. Si le droit de vote des étrangers n’a pas été accordé, c’est parce qu’il n’y a pas de majorité pour voter la réforme constitutionnelle et que le droit à l’euthanasie ne fait pas encore consensus dans l’opinion publique. Le seul contre-exemple c’est l’abolition de la peine de mort sous Mitterrand alors que l’opinion y était majoritairement hostile. Mais l’engagement pris avant les élections était particulièrement solennel. Moralité : il est sans doute temps de passer à une sixième république, celle que réclame Mélenchon alors que paradoxalement il est sans doute l’un des leaders politiques dont les partisans paraissent les plus éloignés de la pratique du compromis politique tel qu’on le met en œuvre dans les régimes parlementaires européens.

  4. Hélas, 1000 fois Hélas cette analyse est tellement vrais. Depuis déjà bien longtemps nos politiques ne sont que des marionettes dans les mains des milieux économiques. Il est effectivement dommage que les électeurs boudent les elections locales alors que c’est l’endroit où une bonne partie des choses de notre quotidien sont décidées, modifiées ou annulées.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Code de sécurité *




Recevez chaque jour les nouveaux articles par e-mail

Votre e-mail ne sera communiqué à aucun tiers et servira uniquement à vous envoyer les titres chaque jour par e-mail