Quand les murs religieux tombent à la Source…

“Tuer au nom de Dieu, c’est la perversion la plus absolue”. Ces mots de condamnation sans appel des fous de dieu sont ceux de Monseigneur Blaquart, l’évêque d’Orléans à l’origine de la rencontre eucuménique de mardi soir à la salle Péllicer d’Orléans-la-Source.

interreligion islam musulman chretiens Dans ce quartier d’Orléans qui pratique le métissage depuis les années 1960, les cornettes des sœurs côtoient des femmes voilées, des barbes, des djellabas, des jeunes femmes en tee shirt et jean de l’association Coexister, des chrétiens, des juifs, des boudhistes, des hommes têtes nus, d’autres avec une chachia, et sans doute quelques athées, une collection d’imams de l’Argonne, de Fleury-les-Aubrais, de Saran, ils ont été près de cinq cents à “prêcher” le vivre ensemble au cours de cette soirée.

La réponse fraternité

IMG_0833Emotion, compassion vis-à-vis des victimes, cette communion entre communauté dix jours après les attentats de Paris a connu un succès inespéré. “Il y avait beaucoup plus de musulmans que la première fois” confiait un témoin catholique qui avait assisté au rassemblement d’après le 7 janvier, à l’église Saint-Dominique.
Pas de forces de police à l’entrée de la salle, seuls quelques fonctionnaires de la DGSI dans le public dont une partie est restée debout, faute de places assises suffisantes. “Nous avons fait tomber le mur” a plaisanté L’évêque lorsque la cloison qui coupe la salle en deux a été manœuvrée pour agrandir la capacité. Soucieux de combattre la stigmatisation de la population française de confession musulmane, Mgr Blaquart a dit “il faut sortir, aller vers celui qui est différent, de religion, de culture…La fraternité et une réponse à ceux qui veulent diviser pour mieux régner”. Accrochée à la petite tribune en bois une cocarde tricolore, et l’évèque a répété plusieurs fois le mot “France”.
blaquart imamMustapha El Touazani, qui préside l’Union des associations musulmanes d’Orléans a lui aussi refusé le “piège de la division tendu par les terroristes… Les musulmans ne doivent pas être les boucs émissaires”. Les interventions “officielles” ayant été judicieusement réduites au strict minimum, des voix dans la salle ont été invitées à témoigner de ce qu’elles font au quotidien pour le “vivre ensemble”. Des témoignages toujours émouvants, justes, tiré du meilleur de l’homme mais qui n’ont pas prétention non plus à résoudre les guerres. “Je n’ai pas à l’excuser d’être musulman, comme d’autres n’ont pas à s’excuser d’être juifs, chrétiens…”.

Un bain de vivre ensemble

blaquart

Monseigneur Blaquart devant une assemblée très eucuménique.

Un chef des scouts musulmans de France qui a fait en 2015 des camps avec des scouts catholiques de Beaugency, se demande pourquoi “on attend des événements tragiques pour se rassembler”. Une femme dit “on avait besoin de ce bain de vivre ensemble” et  raconte ses voyages à Alep, à Damas avant guerre et ajoute qu’elle n’a jamais eu “de problème avec les communistes, les chiites, les sunnites, les boudhistes…”. Une retraité sourcienne parle de sa voisine Fatima qu’elle fréquente depuis 25 ans et elles s’embrassent pleines d’affection. Fouzia se lève dans le public et la directrice d’Initiative citoyenne de l’Argonne dit en quelques mots choisis de ce que tout le monde pense tout bas, “dommage que ce genre de rencontre ne se fasse pas avant qu’on ait besoin de ce choc électrique…”. D’autres associations racontent ce qu’elles font ou ont en projet comme Jean-Marc Schneider, président du comité des fêtes d’Orléans La Source qui propose de faire “écrire un livre sur le bien vivre ensemble par les Sourciens” dont la parution est prévue en mai 2016.

Malik Arbaoui, président de l’Association de solidarité Loiret-Algérie (ASLA) qui lutte contre le terrorisme en Algérie depuis 1997 et qui, avec l’association El Kantara (Bourges), lance un projet de partage de la musique arabo-andalouse, symbole aussi de la diversité culturelle. Il y a là encore une association qui organise le 5 décembre un après-midi de conférence où des spécialistes parleront sans langue de bois des “courants de l’Islam” (à 15h 30 à la mosquée de la Source, 5 rue Jules Ferry).

Reste aussi à entendre les athés, les “laicards”, dont certains qui militent dans des associations de solidarité n’ont pas pris la parole mardi mais avaient tenu à en être, au coude à coude “avec l’autre”. Cette France du “vivre ensemble”, de la diversité assumée, les barbares peuvent-ils la mettre à genou? Parce qu’ils naissent ici dans les quartiers, après les bons et grands sentiments et les communions œcuméniques, il faut maintenant s’attaquer à la racine du mal,qui les ronge l’injustice, la pauvreté, la matérialisme galopant, le fric roi… Prier on peut, mais il faut aussi d’urgence refaire de la politique.

Ch.B

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