Cérémonie des Invalides : « la France restera elle-même »

Il soufflait un vent glacial sur la cour d’honneur des Invalides mais les blessés, qui sur des brancards, qui en chaise roulante, étaient là, recueillis, douloureux, pleins de compassion pour les 130 morts, pour les blessés encore dans les hôpitaux et intransportables, qui comme eux avaient rencontré les balles djihadistes le vendredi 13 novembre 2015 à Paris et pour leurs familles endeuillées dont l’avenir, en un instant, avait basculé dans l’innommable.

©L. Blevennec

©L. Blevennec

Tous étaient là, dignes et souffrants, partageant la solidarité de la Nation, se réconfortant de cette Nation qui ne se laissait pas dénaturée et proclamait qu’elle allait de l’avant, coûte que coûte.

hommage invalides A 10h30 précise, à l’heure prévue, le chef de l’Etat est entré seul dans le quadrilatère sacré. Sur sa droite, debout, les plus hauts dignitaires de l’Etat, l’ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, le gouvernement au complet ou presque, les présidents des deux assemblées, plusieurs anciens Premiers ministres côte à côte, Jean-Marc Ayrault, François Fillon, Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin, Edith Cresson, Lionel Jospin, la maire de Paris, Anne Hidalgo, les chefs de partis, Jean-Luc Mélenchon séparé de Marine Le Pen par Florian Philippot, des religieux de différentes obédiences réunis pour cette cérémonie éminemment laïque, de nombreux membres des corps diplomatiques, tous placés sans distinction de tendances. A côté d’eux sur une autre estrade des représentants des services de secours et de police en uniformes intervenus lors des attentats.

Tandis que retentissait la Marseillaise

Dépassant la garde républicaine qui rythmait en musique son avancée, le président de la République, incarnation de la République et de la France, arrivé au centre de l’esplanade ceinte de murs s’est arrêté, immobile tandis que retentissait la Marseillaise suivi d’une minute de silence. Les cœurs étaient lourds et cette lourdeur envahissait le silence. Nul n’y échappait, chacun ressentait l’horreur qui avait engendré ce rassemblement, tous se redressaient et regardaient droit devant.

e5ead69fde6b6e218082b463a0df4cade93dc7eaPuis, François Hollande gagna le siège solitaire qui l’attendait devant les corps constitués. S’élevèrent alors les premiers vers de la chanson mythique de Jacques Brel « Quand on n’a que l’amour », écrite en 1956, message de paix et d’union adressé aux terroristes. Yael Naïm, chanteuse franco-israélienne de 37 ans, en s’accompagnant à la guitare, d’une voix cristalline et douce a entonné « Quand on n’a que l’amour, à s’offrir en partage, au jour du grand voyage ». Camélia Jordana a pris la suite de sa voix suave pour un nouveau couplet, puis Nolwenn Leroy au timbre puissant pour un troisième. Les trois jeunes femmes ont terminé en chœur sur « amis du monde entier ».  Accompagnée au piano par Alexandre Tharaud, la soprano Nathalie Dessay, a interprété « Perlinpinpin » la sublime chanson de Barbara, débordante de colère, d’indignation, de force, de s tendresse, d’ amour et d’humanité.

Égrené un par un, les noms et les âges des victimes

3269f87fd279af5a70bec4d686f06d535078b5dc-1Dans le silence plein d’émotion qui a suivi, ont commencé à être égrené un par un, dans l’ordre alphabétique, les noms et les âges des victimes tandis que leurs portraits souvent souriants, toujours tendres et pleins de vie, défilaient sur le grand écran qui masquait l’entrée de l’église des Invalides. Alternativement une voix masculine et une voix féminine ont évoqué pendant dix minutes ces disparus qui, en grande majorité n’avaient pas plus de trente ans : Ana, Marion, Hodda, Hyacinthe Lola, Romain, Quentin… Une famille avait cependant demandé que le nom de son cher disparu ne soit pas évoqué. L’émotion était à son comble et bien des visages avaient du mal à retenir leurs larmes pendant la minute de silence qui a clôturé cette douloureuse énumération.

Hommage à une génération 

« Vendredi 13 novembre, ce jour que nous n’oublierons jamais, la Franc a été frappée en son cœur » a déclaré le chef de l’Etat en ouverture de son allocution, évoquant « un acte de guerre organisé de loin et froidement exécuté par une horde d’assassins agissant au nom d’une cause folle et d’un Dieu trahi ».

hommage invalides« Aujourd’hui, rassemblée la Nation pleure ses victimes » a-t-il enchaîné, visage fermé, il a évoqué les « 130 noms, 130 vies arrachées, 130 destins fauchés, 130 rires que l’on n’entendra plus, 130 voix qui à jamais se sont tues C’est parce qu’ils étaient la France qu’ils ont été abattus, c’est parce qu’ils étaient la liberté qu’ils ont été massacrés… Des parents qui ne reverront plus leur enfant. Des enfants qui grandiront sans leurs parents. Des couples brisés par la perte de l’être aimé. Des frères et des sœurs pour toujours séparés… 

Ces femmes et ces hommes venaient de plus de 50 communes de France. De villes, de banlieues, de villages. Ils venaient aussi du monde. Dix-sept pays portent aujourd’hui avec nous le deuil. Ces femmes, ces hommes en ce vendredi 13 novembre étaient à Paris. Une ville qui donne un manteau de lumières aux idées, une ville qui vibre le jour et qui brille la nuit… Ces hommes, ces femmes avaient tous les âges. Mais la plupart avaient moins de 35 ans. Ils étaient des enfants lors de la chute du mur de Berlin. Ils n’avaient pas eu le temps de croire à la fin de l’Histoire. Elle les avait déjà rattrapés quand survint le 11 septembre 2001 Ces femmes, ces hommes étaient la jeunesse de France. La jeunesse d’un peuple libre qui chérit la culture.. Nous multiplierons les chansons, les concerts, les spectacles. Nous continuerons à aller dans les stades et notamment au Stade si bien nommé, le Stade de France à Saint-Denis… 

Les terroristes veulent nous diviser, nous opposer, nous jeter les uns contre les autres ? Je vous l’assure, ils échoueront. Ils ont le culte de la mort, mais nous, nous avons l’amour de la vie Nous ne cèderons ni à la peur ni à la haine. Et si la colère nous saisit, nous la mettrons au service de la calme détermination à défendre la liberté au jour le jour».

Puis François Hollande a conclu « L’attaque du 13 novembre restera dans la mémoire de la jeunesse d’aujourd’hui comme une initiation terrible à la dureté du monde mais aussi comme une invitation à l’affronter en inventant un nouvel engagement. Je sais que cette génération tiendra solidement le flambeau Je salue cette génération nouvelle. Elle a été frappée. Elle n’est pas effrayée. Elle est lucide et entreprenante. Elle vivra pleinement au nom des morts que nous pleurons aujourd’hui. Malgré les larmes, cette génération est aujourd’hui, devenue le visage de la France ».
En quarante- sept minutes d’une cérémonie sobre, solennelle et digne que les chaines de télévision de très nombreux pays ont retransmise au monde entier la France a montré qui elle est, sur quoi elle s’est construite, ce qu’elle a de meilleur et ce qu’elle entend faire de son avenir quelles que soient les difficultés.

Françoise Cariès.

CUzoipwWoAAseHzLes victimes et leurs familles escortées de soignants et de psychologues prêts à intervenir si nécessaire entraient par une porte différente et éloignée de celle réservée aux journalistes et aux invités. Aucune photo hors des champs larges et de groupe n’était autorisé pas plus que les interviews dans l’enceinte des Invalides.
La presse était soumise à un filtrage sévère à partir d’une liste d’accrédités pré- établie à l’Elysée à partir de demandes effectuées au plus tard la veille en fin d’après-midi. S’ensuivait une fouille minutieuse avec le concours des chiens renifleurs qui auscultaient le matériel des cameramen, des photographes et des rédacteurs en possession d’ordinateurs.

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