Nicolas Vanier, le Solognot : « mettre d’accord 196 pays c’est très compliqué »

Lorsqu’il ne parcourt pas le Grand Nord, Nicolas Vanier l’aventurier, habite en Sologne. Il a raconté ses aventures dans plusieurs livres et films. Celle qui est provisoirement la dernière, « La Yukon Quest », course mythique qui emprunte l’ancien tracé des chercheurs d’or entre Whitehorse au Canada et Fairbanks en Alaska est l’objet de « La Grande Course » qu’il publie chez XO éditions.

Il y raconte sans fioritures ses peurs, son épuisement mais aussi ses joies et sa fantastique complicité avec ses chiens. En ce moment, il est à Paris où il participe à la COP 21.

La Yukon Quest

Nicolas Vanier

La Yukon Quest demande vraiment beaucoup à ceux qui la font ?

On ne peut pas dire qu’elle soit une promenade de santé. Mais il serait plus difficile pour moi de rester dans un bureau à la Défense que de courir dans le Grand Nord. C’est ma passion.. Je viens à Paris lorsque j’y suis obligé pour des raisons professionnelles. Je ne suis pas un grand amoureux des villes mais on ne peut s’en passer.

Comment vivent vos chiens entre deux courses ?

Nicolas Vanier

En ce moment ils sont au Canada où ils sont entraînés. J’ai ce qu’on appelle un handler, ce qu’est un palefrenier pour le cavalier qui s’occupe d’eux quand je suis absent. Je ne les ai pas ramené en Sologne car en France, en ce moment la température n’est pas assez basse et qu’il n’y a pas suffisamment de neige.

Ces chiens tiennent une grande place dans votre vie ?

Bien sur. C’est une fusion avec un animal qui partage avec vous le même plaisir d’agir. C’est çà qui est extraordinaire. J’ai traversé la Sibérie avec des rennes. Le matin ils n’ont pas envie de courir, ils préféreraient rester à brouter de l’herbe. Les chiens n’ont qu’un désir, courir.

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21ème Conférence des Parties

Vous qui avez pu observer les modifications qu’occasionne le changement climatique dans le Grand Nord . Vivons nous de ce point de vue une période cruciale ?

Nicolas VanierIl est plus qu’urgent d’agir. Toute la communauté scientifique s’accorde à dire qu’il ne faut pas un réchauffement de la planète de plus de deux degrés. Or on l’a déjà laissé se réchauffer d’un degré. Il nous en reste un à « dépenser ». On sait exactement la quantité de gaz carbonique qu’on a encore le droit de brûler pour rester dans les limites acceptables.

Si nous ne relevons pas ce défit des phénomènes d’emballement vont se produire. Ils seront excessivement lourds de conséquences pour la faune et la flore, pour les hommes aussi puisqu’on parle de 200 millions de réfugiés climatiques qui viendront s’ajouter à ceux qui fuient la guerre et le terrorisme dont on sait d’ailleurs qu’il prend en partie ses origines dans des problèmes climatiques qui créent d’énormes problèmes entre pays qui ont de l’eau et ceux qui en sont dépourvus, entre pays qui possèdent du pétrole et ceux qui n’en ont pas, entre pays qui disposent de richesses insoutenables et ceux qui n’en ont pas.

Des réfugiés climatiques ? On n’en parle pas.

Si, on commence à en parler. Ce sera d’ailleurs l’un des points discutés à la COP 21. Il est même question qu’on accorde un statut de réfugié climatique au même titre que réfugié politique. Mes les réfugiés politiques sont quelques uns, les réfugiés climatiques seront plusieurs centaines de millions.Qu’es t-ce qu’on en fera car si nous créons ce statut nous serons obligés de  les accueillir ? Cela coûtera très cher, des sommes énormes. On rechigne aujourd’hui à dépenser quelques milliards pour régler cette problématique alors qu’il en coûtera dix, cent fois plus si, malheureusement, on ne parvient pas à limiter le réchauffement.

Pensez-vous que la COP 21 aboutira à des décisions suffisantes et pérennes ?

Nicolas VanierOn le sait déjà. Une grande partie des négociations se sont terminées il y a quinze jours en Allemagne. On sait donc plus ou moins de quoi va accoucher la COP 21. Selon le point de vue où on se place ce sera un demi succès ou un demi échec. L’accord qui n’est pas assez contraignant va limiter le réchauffement à 2,5° peut être 3° ce qui est beaucoup trop.

J’aimerais que le Canada parle comme la Chine, car le Canada est une catastrophe qui freine des quatre fers pour que l’accord ne soit pas trop contraignant. Il tire une grande partie de sa richesse des énergies fossiles comme un certain nombre de pays arabes. Heureusement les Etats-Unis et la Chine qui ont contribué à l’échec de Copenhague sont des pays qui sont entrés dans la danse, et la Chine de façon surprenante. Politiquement, les dirigeants chinois se rendent compte qu’ils ne peuvent plus gérer la pollution dans leur pays. L’air à Pékin est irrespirable. Ensuite parce que les Chinois sont très pragmatiques dans un pays jeune contrairement à la France et qu’ils savent que demain leur économie va reposer sur les énergies renouvelables et propres. Ils sont en train d’énormément investir dans ces domaines. C’est eux qui vont nous vendre les voitures de demain.

Ce sera un demi succès car il subsistera de nombreux problèmes. Mettre d’accord 196 pays c’est très compliqué d’autant plus qu’il y a des pays pauvres qui subissent quelque chose dont ils ne sont pas responsables, à qui on a promis 100 milliards à Copenhague et à qui on n’en a pas donné la moitié.

Que pensez-vous du travail qu’a entrepris Jean-Louis Borloo  pour aider l’Afrique à s’électrifier ?

Formidable. J’y participe. On est aujourd’hui dans un monde qui ressemble de plus en plus à un tout petit village, ce te dont on ne se rendait pas compte il y a cinquante ans parce que les avions n’allaient pas aussi vite et qu’il n’était pas aussi facile . Il est devenu insoutenable qu’on accepte en le sachant que des gens gaspillent du caviar quand des femmes avec leurs bébé meurent de faim. De telles inégalités sont aujourd’hui insoutenables.

Recueilli par Françoise Cariès.

La Grande Course
Nicolas Vanier
XO éditions
308 pages 19,90 euros

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