Chartres: Alain Juppé dit aux Français “d’ouvrir les yeux” sur le programme du FN

Alain JUppé à: Luisant avec Philippe Vigier, Guillaume Peltier et Marc Fesneau.

Alain Juppé à: Luisant avec Philippe Vigier, Guillaume Peltier et Marc Fesneau.

Bruno Le Maire à Blois dimanche, Nicolas Sarkozy mercredi soir à Orléans, la droite et le centre mettent le paquet sur la région Centre-Val de Loire, une des régions qui pourraient basculer si l’on en croit les derniers sondages. Mardi soir à Luisant dans la banlieue de Chartres, un autre ténor de LR, Alain Juppé est venu soutenir la liste de Philippe Vigier (UDI), Guillaume Peltier (LR) et Marc Fesneau (Modem).

Alain Juppé au gymnase de Luisant mardi soir.

Alain Juppé au gymnase de Luisant mardi.

Le maire de Bordeaux qui fait figure de favori pour la primaire à droite en vue de 2017 s’est taillé un franc succès en pays chartrain puisqu’il a attiré près de 900 personnes au gymnase de Luisant plein comme un oeuf. 

Comme il l’avait fait un peu plus tôt en île de-France aux côtés de Valérie Pécresse, le maire de Bordeaux a rebondi sur les propos de Pierre Gattaz le patron du Medef qui avait dénoncé la veille le programme économique du Front national. 

En préambule à ce meeting, Alain Juppé a répondu aux questions de Magcentre.

 

Alain Juppé, comment voyez-vous l’issue de cette campagne en région Centre-Val de Loire qui se fait à droite sous le signe de l’union?

Je suis confiant car nous avons ici une excellente équipe et d’excellentes équipes départementales qui font une campagne de terrain très intense. En cette dernière semaine ils y mettent du punch et l’union est au rendez-vous, Républicains,UDI et Modem, c’est la condition qui n’est pas suffisante mais nécessaire à la victoire. Et les réactions de l’opinion sont bonnes donc c’est une région où l’on peut avoir confiance.

D’après ce que vous voyez et entendez sur le terrain les électeurs n’ont-ils pas d’autres préoccupations depuis les attentats que ce rendez-vous électoral?

On dit toujours cela mais je viens de voir un sondage récent, 65% des Français ont l’intention de participer aux élections. Il faut se méfier des idées toutes faites sur l’abstention. Il faut rappeler  à nouveau que la région c’est la vie des Français au quotidien, les transports ça compte, c’est aussi la formation professionnelle, des jeunes, l’apprentissage, les lycées, c’est donc la vie quotidienne qui est en jeu.

Néanmoins le Front national progresse dans les sondages, ici en Centre-Val de Loire il a pris quatre points dans le dernier paru dans la presse régionale, il surfe sur les attentats?

C’est l’exemple d’une campagne démagogique d’une grande ampleur. Alors, il faut continuer à ouvrir les yeux de nos concitoyens: je suis paysan je vais voter pour le Front national qui propose de sortir de l’Union européenne et donc de casser la politique agricole commune? Je suis commerçant, restaurateur, hôtelier, je vais voter pour le Front national, pour un parti qui fait fuir les touristes? Je suis chef d’entreprise, je travaille à l’export et je vais voter pour un parti protectionniste qui veut rétablir les contrôles aux frontières? Cela n’a pas de sens. L’autre jour j’ai entendu cet argument incroyable de la part d’un chef d’entreprise, “On en a marre, on va voter pour eux mais on sait bien qu’il ne le feront pas leur programme”.

Il faut se garder de pousser le cynisme électoral trop loin, non il faut se réveiller. Je suis heureux de voir que les responsables économiques prennent la parole pour dénoncer le caractère aberrant du programme économique du FN, la collection de propositions démagogique de ce parti.

Sur l’état d’urgence, êtes-vous d’accord avec le supplément de mesures demandées par Nicolas Sarkozy?

Bien sûr les Français sont inquiets, ils ont une exigence de sécurité à laquelle il faut répondre. Des mesures ont été annoncées mais ce qui compte ce sont les résultats.

Ce qui est importants c’est leur mise en oeuvre. On nous dit 8 500 recrutements. Mais demandez à n’importe quel préfet combien de temps il faut pour recruter 8 500 policiers, gendarmes, il faut des mois et des mois, pour ne pas dire deux ans. Il faut faire autre chose. J’ai suggéré par exemple qu’on remette sur le terrain des policiers qui passent le tiers de leur temps à faire des procédures. De même il y a des failles dans le renseignement. Insuffisance de coordination, insuffisance aussi de ce qu’on appelle le renseignement territorial. 90% du territoire sont couverts par la gendarmerie, or celle-ci n’est pas partie prenante de l’organisation du renseignement!

Des failles aussi dans le maillage du renseignement au plan européen?

Il y a une situation très inquiétante mais moi je reste européen, on ne s’en tirera pas tout seul. Mais l’Europe est impuissante et déboussolée. Il faut reprendre à zéro ce qu’on appelle encore Schengen. J’ai discuté de cela récemment avec le directeur exécutif de Frontex, un Français. Il a 150 agents pour 7 000 km de frontières terrestres et 40 000 maritimes. Il m’a dit, “mes agents peuvent enregistrer ceux qui arrivent dans les hotspots sur un fichier spécifique mais ils n’ont pas accès au fichier de police!” Il faut repartir de zéro et faire un vrai contrôle aux frontières extérieures. Sinon, que va-t-il se passer? On va remettre des frontières entre les pays européens ce qui serait un retour en arrière catastrophique.

Dans les préoccupations il y a la sécurité c’est vrai, mais la préoccupation majeure c’est le chômage. Il a encore augmenté de 42 000 personnes, ici le taux de chômage est de 11%  et ne parlons pas du chômage des jeunes. Or, le chômage, c’est le terreau de beaucoup de choses, y compris dans les quartiers difficiles. 

Propos recueillis par Ch.B

 

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