Pour quoi « Faire » ?

 

François Fillon ne s’ennuie pas bien au contraire. Il effectue la tournée des popotes avec sous le bras son livre au titre évocateur : Faire. Mais pour Faire quoi ?

fillon vigier peltier
Ne pas se laisser Faire. C’est sans doute ce que s’est dit l’ancien « collaborateur » – pardon, Premier ministre – de Nicolas Sarkozy durant son quinquennat. Laisser dire, et ne pas se laisser Faire. Le 6 mai 2012 vers 20 heures, François Fillon a du se demander, du reste, ce qu’il allait désormais Faire ? Faire la gueule ? Faire les comptes ? Faire un règlement de compte ? Faire le ménage ? Faire la lessive ? Faire l’inventaire ? Il a probablement rangé ses petites affaires (à Faire ?) dans son cartable de Premier ministre studieux, loyal et docile, obligé de Faire aussi sa valise. Pénélope, son épouse, rêvait sans doute de lui Faire des papouilles pour le consoler. François Fillon a tout emporté et tout rangé, sauf ses crayons et un bloc notes : son savoir Faire ne s’arrêtait pas à la porte de Matignon.

Faire et dé-Faire

9782226318992-jCroyant bien Faire, il a entrepris de conquérir le parti qui avait aidé à la conquête du pouvoir en 2007. Mais Jean-François Coppé ne voulait pas, lui non plus, se laisser Faire. Il a d’ailleurs tout fait pour lui barrer la route : Faire la guerre entre vieux copains, voilà un autre savoir Faire de droite, comme de gauche (et même au centre). Cette lessive de linge sale en famille laissa des traces : la maison était à re-Faire.

Faire et dé-Faire, c’est toujours travailler, dit-on. Alors François Fillon a décidé de Faire le tour de la France. Pas en vélo, non, Faire de la bicyclette ce n’est pas son truc, lui c’est plutôt les voitures de course, origines sarthoises oblige, et les randonnées dans les Pyrénées. Il est allé Faire des rencontres, Faire le point sur la situation qu’il connait bien : numéro deux d’un Etat « en faillite » ça laisse le temps de Faire (ou pas) des choses. « La France n’est pas foutue ! La décadence n’est pas inéluctable. Le génie français n’est pas dilué dans la mondialisation (…) Notre pays est grand et beau (…) Pourquoi nous sentons-nous aussi mal ? Pourquoi avons-nous si peu confiance en nous ? Pourquoi avons-nous en permanence l’impression que les autres font mieux ? » interroge le bon docteur Fillon dans son introduction.

Réduire de 577 à  400 les parlementaires ; de 343 à  200 les sénateurs

Trois cent douze pages plus loin, le programme est dressé : retour en arrière sur les 35 heures ; allègement des charges qui pèsent sur les entreprises en freinant les embauches ; allègement des normes écrasantes, freins aux investissements ; liberté, autonomie et autorité en matière d’éducation ; flux migratoires maîtrisés et orientés vers la recherche de talents et compétences dont la France a besoin ; action diplomatique aux antipodes de celle conduite depuis 40 ans ; Europe indépendante s’appuyant sur un euro fort, etc. Avec quelques passages symboliques mais noir sur blanc quand même, du côté de la foi, des paysans de l’Ouest, des chrétiens d’Orient, et de… Vladimir Poutine.

Dans un chapitre nommé « Les trois mois qui changeront la France », François Fillon propose même de Faire ce qu’on aurait presque hâte de voir à l’œuvre : réduire le nombre de parlementaires de 577 à environ 400 ; celui des sénateurs de 343 à environ 200. « Des parlementaires moins nombreux mais qui auront plus de responsabilités et de meilleurs conditions de travail pour les exercer » (p. 310). Et pour faire avaler l’amer potion aux parlementaires eux-mêmes – peu enclin à scier la branche sur laquelle ils sont assis – F. Fillon fera statuer le destin des élus par le peuple, « qui est la source de toute légitimité politique » (p. 311). Une idée qui va sûrement Faire long feu…

Finalement, lorsqu’on referme Faire de François Fillon, nous vient immanquablement cette question qu’il aborde d’ailleurs lui-même au chapitre 6 : « Pourquoi feriez-vous demain ce que vous n’avez pas fait hier ? » Et l’ancien Premier ministre de N. Sarkozy de Faire son propre avocat, invoquant la « loyauté institutionnelle et personnelle » : « J’étais son premier ministre : si je m’appropriais ce bilan, on me blâmerait ; si je le reniais, on me le reprocherait aussi. Je ne m’approprie pas ce bilan : c’est le sien. Je ne renie pas ce bilan : c’est le nôtre. J’assume totalement d’y être associé » (p. 71).

Il a raison F. Fillon : faut se laisser Faire.

Alcide Arnould

Faire, de François Fillon.
320 pages, Albin Michel. 20 €.

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