Interview du maire d’Orléans: une nouvelle “Arena” version Carré !

Six mois après la démission de Serge Grouard et son élection par le conseil municipal, Olivier Carré le député-maire d’Orléans s’est confié à Magcentre sur ses rapports avec son prédécesseur et sur ses grands projets dans le domaine  économique, numérique et culturel. Olivier Carré assume l’héritage de Serge Grouard et révèle même un projet de grand équipement sportif dans la lignée de l’Arena. Interview.

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Olivier Carré, vous avez été élu maire en juin dernier, il y a six mois. Et pour l’instant vous êtes maire dans la lignée de Serge Grouard. Quand allez-vous imprimer la marque Carré, vous émanciper, et quelle sera cette marque Carré?

guillemets-anglais-ouvrantLa marque Carré, elle est là depuis 2001 avec la marque Grouard puisque nous avons fonctionné ensemble, établi les programmes ensemble, j’ai été son bras droit durant quinze ans. Et un certain nombre de réalisations comme la restauration du centre ancien, la transformation d’Orléans, la rénovation du quartier de la Source, sont des dossiers que j’ai portés à bout de bras, avec son assentiment. Ces chantiers, j’ai à cœur de les achever. Sur le centre ville nous avons encore la partie Carmes qu’il faut que l’on arrive à débloquer. Sur la Source, certains secteurs ont été très bien restaurés mais d’autres se dégradent, le chantier continue.

carréJ’ai la volonté d’apporter plus de numérique, que la ville soit davantage impliquée dans le XXIème siècle. Serge avait aussi initié une politique écologique, et cela continuera d’être une priorité. Orléans est pionnier et a des résultats magnifiques dans ce domaine, des réussites qu’il faut poursuivre. Sur la transition numérique, Orléans a beaucoup de potentialités, elle n’est pas en retard mais elle n’est pas non plus en pointe. Et nous avons les moyens d’y parvenir, cela fait partie des grands chantiers.

Pour vous, la priorité est davantage l’économie. Le passage de Famar d’un grand projet d’équipement sportif, l’Arena, à un chantier de l’économie numérique est-il le signe de cette transition entre les deux maires?

Famar

Sur le dite Famar

L’état nous a lâché en pleine campagne sur ce projet et on s’est donc retrouvé avec ce grand paquebot. Alors j’ai proposé de le transformer. C’est vrai que j’ai un appétit pour le dynamisme économique, Serge l’a aussi, il a toujours reconnu que la force de l’Orléanais résidait dans un bassin économique puissant. C’est la raison pour laquelle il m’avait demandé de m’occuper de Famar via l’agglo il y a un an… malgré l’absence de réelle promotion pour le Lab’O, 16 entreprises sont déjà inscrites et le jury ne pourra en sélectionner que 10 de plus. Parce qu’on ne peut pas tout ouvrir d’un seul coup.

Est-ce Serge Grouard qui a insisté pour être adjoint? on dit que vous n’étiez pas tout à fait d’accord?

Non il n’a pas insisté, c’est moi qui le lui ai proposé. Ne serait-ce que parce que c’est utile qu’il puisse continuer à avoir un regard sur ce qui se fait, à donner des conseils avec sa personnalité. Les Orléanais y sont attachés, c’est une personnalité politique d’Orléans, et plus je peux rassembler – et à fortiori dans mon camp – mieux je me porte pour faire avancer la ville.

De mon côté, je n’ai jamais souhaité être calife à la place du calife. J’apporte mon empreinte, il apporte son empreinte, on construit la ville. Nous avons aussi avec nous des débutants et chacun amène sa sensibilité.

Nous avons réussi jusqu’à présent à ce qu’il n’y ait pas de rivalité mais fait en sorte que l’unité règne autour du projet. C’est lui qui nous tire vers le haut. Je veux le souligner car je ne suis pas sûr que ce soit toujours comme ça dans toutes les familles politiques.

Avec le jeu du cumul des mandats et en raison de l’écrêtement des indemnités l’ancien maire Serge Grouard, gagne autant que vous, tout en travaillant moins depuis son accident de santé. Il a une assistante attitrée à la mairie, une voiture de fonction, est-ce bien normal…?

carréS’agissant de sa rémunération ville, il est adjoint. Il a une mission qui est de représenter la ville comme il le fait à la COP 21. Je crois que nos émoluments pour la ville sont d’environ 1000€. S’il y a une anomalie, elle est dans la faiblesse de ce montant. Demain si je devais choisir de rester maire au lieu d’aller à l’Assemblée, je ne pourrais pas rester à 900€ par mois et je demanderais au conseil municipal d’être au montant normal.

Cela vient de ce que vous évoquez : l’écrêtement. C’est-à-dire que quel que soit le nombre de mandats que l’on vous a confiés, les rémunérations sont plafonnées. En général, et c’est notre cas, c’est le montant versé par les collectivités qui est écrêté et pas celui versé au titre de notre mandat national. Enfin, je trouve normal que Serge soit assisté dans l’exercice de ses missions au titre de la ville.

On vous dit plus en rondeur que Serge Grouard, réputé plus raide voire colérique. Vous avez de l’empathie avec les gens, vous faites vos courses derrière votre caddy, alors que lui préfère sauver la France avec François Fillon, on a changé d’époque…

Le tempérament de Serge m’a souvent séduit. Je suis un homme libre. Si cela ne m’avait pas plu, je me serais tiré. Il se trouve qu’un certain nombre de fois, il s’est rangé à ma vision des choses et réciproquement. L’une de nos grandes forces a toujours été de partager des fondamentaux communs et en même temps d’avoir une vision différente de la société. Le respect que nous avons l’un pour l’autre et qui s’est forgé dans l’amitié fait que l’on est riche de nos visions. Je respecte les siennes, il respecte les miennes. Parfois il se moquait de moi en disant que j’étais moins libéral que lui parce que j’étais autoritaire sur certains dossiers. Dans l’ensemble, j’essaye d’être rond. Mais parfois, pour aboutir, il faut savoir aussi couper le nœud. En fait, malgré ce que vous avez décrit, il a souvent été extrêmement patient et tout en rondeur.

Serge Grouard est-il un maire bis? Vous avez été absent au moment des attentats de Paris, vous étiez en Chine. Et lors de la conférence de presse, c’est l’ancien maire qui était à la baguette devant la première adjointe Muriel Sauvegrain.

 

Lors de la passation de pouvoir avec Serge Grouard.

Lors de la passation de pouvoir avec Serge Grouard.

Dans les circonstances actuelles, c’est une chance qu’il y ait des gens de qualité qui se soient mobilisés. La première adjointe a tenu son rang, elle a pris les arrêtés qu’il fallait, elle a réuni le conseil municipal… Maintenant, le fait que le député, adjoint, maire il y a encore six mois, participe à la conférence de presse dans ces circonstances très très exceptionnelles et se soit montré plus disert, plus allant, quoi de plus normal. C’est un homme politique expérimenté. Si Jean-Pierre Sueur était intervenu, vous n’auriez jamais posé la question de savoir s’il était un maire-bis. Je suis sûr qu’il aurait aussi pris la parole de façon très affirmée, on le connait. Et cela aurait été naturel qu’il le fasse, en tant que sénateur et en tant qu’Orléanais.

Ce n’est pas un abus d’autorité…?

Mais non! Je l’ai eu au téléphone durant la crise, il a voulu s’assurer que j’étais bien au fait de la situation, je l’étais. Au final nous avons conclu que j’allais faire un message, ce qui n’était pas prévu initialement.

La police municipale va être armée plus vite que prévu, le confirmez-vous et était-ce bien nécessaire d’armer aussi la police des transports?

police municipaleOui. L’armement a déjà commencé. Sur la police des transports, l’arme est un élément dissuasif qui par ailleurs donne confiance aux policiers. Dès lors que les personnes sont formées, qu’elles ont subi des tests psychologiques, j’ai une entière confiance dans nos policiers. Ce ne sont pas des cowboys malgré tout de que l’on raconte, ce sont des gens très posés, ils savent ce qu’ils font. Et en ce moment c’est particulièrement tendu. Heureusement que nous avons pris cette décision en amont, cela évite de le faire dans l’urgence. Tout ceux que j’entendais, à gauche, brocarder la décision d’Orléans sont les premiers à armer leur propre police.

Votre nom va rester attaché au Grand projet de ville de la Source mais ce quartier va-t-il aussi retrouver une âme?

La Source est en train de trouver une âme. Autant j’ai été attaché à restaurer le centre anien pour fédérer les Orléanais, autant à la Source j’ai voulu faire en sorte que la génération des 30-40 ans, ceux qui nés à la Source, s’approprient le quartier. La génération d’avant était composée de déracinés qui étaient venus travailler aux chèques postaux. Certains étaient issus de la banlieue parisienne, d’autres venaient du bled. Il y avait des pieds noirs, des Portugais… Vous  ne créez pas une ville avec des gens qui n’y ont pas de passé. A fortiori une ville nouvelle. Vous créez une ville avec des gens qui ont du vécu à l’intérieur, qui y ont des ascendants et qui vont avoir des descendants. Ils ont besoin de projets et la ville est la résultante de ces projets. Ils restent, ils achètent des pavillons, des appartements, d’autres sont locataires. Ils ont des réseaux de proximité. Mon rôle, c’est que ces projets individuels trouvent leur place, et souvent c’est à la Source.

Reste le problème des commerces qui ferment

Nous allons refaire Bolière 3, ainsi que l’avenue de la Bolière. A la Source il y a toujours eu des problèmes de commerce. J’ai relu les papiers d’Henri Blanquet* entre 1972 et 1974 et je me suis aperçu que les principales récriminations sont les mêmes qu’aujourd’hui. A propos du commerce, un rapport commandé par Jean-Pierre Delport (premier adjoint de Jean-Pierre Sueur) montrait très bien que Leclerc, puis les surfaces qui se sont développées aux Aulnaies avaient cannibalisé l’ensemble du commerce de la Source et qu’il serait difficile de créer une vraie dynamique commerciale au regard de ces poids lourds implantés à deux ou trois kilomètres.  J’observe que les commerçants de Bolière 3, par exemple, gardent un niveau de chalandise très bon parce que ce sont des commerçants de très grande qualité. Et il faut les soutenir.

Parmi les grands chantiers d’Orléans, qu’en est-il de l’avenir du parc des expositions et du Zénith?

Ca avance…

On va vers une rénovation du Zénith?

dieudonné manifestation zénithOn va vers l’instauration d’un nouveau complexe qui va englober le Zénith et se situera à proximité immédiate. Ce sera un très gros équipement avec une belle salle de sports pour l’OLB en résidence, un vrai parc des expositions digne d’une capitale régionale. Le Zénith va rester comme il est parce que c’est une belle salle qui marche bien. Simplement, on la mettra en connexion avec les autres bâtiments. Nous aurons alors une succession d’équipements apparemment distincts mais qui pourront fonctionner ensemble selon un jeu architectural.

La grande salle sera donc située à proximité, sur le parking actuel?

Oui, et on trouvera une solution de parking ailleurs.

Ce ne sera pas un projet aussi onéreux que l’était l’Arena?

On n’en sera pas loin. L’arena a été décriée mais bêtement, pour rester poli. Aujourd’hui il serait quasiment achevé, et Orléans pourrait prétendre à des compétitions internationales qui mettraient son nom toute les semaines à la une. Il accueillerait un certain nombre de manifestations de TF1. Ce type d’équipement est un super instrument de promotion, un magnifique porte-voix. Pour un montant un peu plus faible, nous allons avoir des outils originaux.

Quel montant, 80 millions environ…?

Oui c’est à peu près cela. Tout compris, on devrait être autour de 80 millions au lieu de 100.

L’ancienne prison transformée en piscine ou en parc aquatique, c’est toujours dans les tuyaux?

C’est moins avancé mais c’est une idée que je trouve utile à la ville.

Un projet pour la mandature ou après…?

C’est pour la suivante mais cela se prépare dès maintenant

Le social: l’opposition vous reproche le “magot” du CCAS…

Ma réponse ne varie pas: qu’on m’amène une seule personne qui aurait été rejetée du CCAS au motif qu’il n’y auraitpas de budget

Pour le Relais orléanais, que devient le projet de reconstruction…?

Des réunions ont été organisées sur le sujet par Alexandrine Leclerc avec les acteurs concernés. Avec le département, nous avons pour rôle d’articuler une politique d’ensemble des associations qui interviennent. Nous avons la chance d’avoir Alexandrine Leclerc à la fois à la ville et au département et elle est remarquable, elle connait bien ces questions, et elle a à la fois du cœur et de la fermeté pour les traiter. Ce qu’elle me proposera sera suivi.

Le festival de Jazz n’a pas eu lieu l’an dernier au Campo Santo. Etait-ce un bon choix?

carréLe festival de jazz a eu toute se pertinence au moment où Augustin Cornu l’a imposé. Il y avait peu de festival, a fortiori dans cette période de l’année. Il ouvrait la saison culturelle en France. Mais depuis une dizaine d’années, ce n’est plus vrai.

On va créer des nouveaux évènements puisque le budget de la culture sera, avec celui de la sécurité, le seul à augmenter cette année. Je tiens à ce que l’on fasse vivre la culture à Orléans en dehors des institutions. En dehors des murs du théâtre, des murs du Conservatoire, en dehors de la salle de l’Institut. Il faut que ça se passe en ville, nous avons un cadre magnifique, presque un cadre de théâtre. On va lui donner une âme, une vie, de la sensibilité. Orléans est ouverte là-dessus. Orléans compte un grand nombre d’artistes, des petite troupes de théâtre amateurs excellentes, des gens confirmés au Cado, au CDN et à la Scène nationale. On a tout ce qui faut pour donner une dynamique. Pour que ce soit à Orléans que ça se passe. J’y crois.

Et l’Astrolabe, ou envisagez vous de l’installer puisqu’il n’ira pas sur le site de l’ancien hôpital?

Il faut un lieu alternatif, on y travaille, ce devrait être fait l’année prochaine.

La tenue du conseil municipal le lundi a soulevé les protestations de l’opposition. Vous persistez?

J’entends les arguments. Ce que je vois c’est qu’il y a plus de monde dans les tribunes. On va plus vite, les agents de la ville ne sont pas obligés de faire des heures sup. Aucun regret. Mes collègues de gauche à l’Assemblée me posent même la question et je pense qu’il va bientôt y avoir pas mal de villes où l’on siégera le lundi après-midi.

Un poste va se libérer prochainement: Eric Doligé va quitter la présidence de LR que dans les Loiret. Vous prendrez sa succession?

Je suis très sollicité mais je n’ai pas encore donné ma décision. Je veux avoir l’assurance que cela se fasse de façon unitaire, alors que s’annoncent des primaires et qu’il faut être crédible pour permettre l’alternance.

Si la région est gagnée par vos amis, qu’attendez-vous du futur exécutif?

Je souhaite qu’il soit plus attentif aux politiques menées dans les agglomérations. Actuellement, ils font une politique de guichet qui n’est pas inutile parce qu’on en profite. Nous bénéficions de financements de la région, je ne crache pas dessus. Mais sur certains points il faudrait d’avantage discuter  des projets, par exemple sur les transports, le ferroviaire, les liaisons entre nos villes…  Aujourd’hui,  le dialogue est insuffisant.

Propos recueillis par Christian Bidault

*Henri Blanquet, journaliste à la République du Centre avait en charge l’actualité du quartier et a été responsable d’une agence locale du quotidien à Orléans la Source.

 

Commentaires

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  1. “L’armement a déjà commencé. Sur la police des transports, l’arme est un élément dissuasif qui par ailleurs donne confiance aux policiers.”

    Une arme à feu c’est pas fait pour dissuader, c’est fait pour tuer. La Police des transports elle n’a pas un rôle coercitif, elle a un rôle administratif. Il y a une disproportion des moyens. Ils ne pourront jamais utiliser leur arme. Heureusement. Tout ce que l’on fait c’est mettre toujours plus d’armes en circulation. C’est n’est pas du tout la solution. Et c’est dangereux : suicides, drames familiaux…bavures…

  2. Je ne suis pas non plus partisan de l’armement des polices municipales et des transports. Mais en ce moment, tout ce qui porte un uniforme est marqué d’une cible.
    Cela m’a fait tout drôle en passant devant la gare de mon enfance, celle où nous allions sur une passerelle pour se faire enfumer par les locomotives à charbon, de voir 3 policiers en train de boire un café pendant que 2 militaires veillaient. Huit cents mètres de quais, 2 passerelles, un tunnel propice aux attentats, deux entrées-sorties. On peut se dire a priori que leur présence ne sert à rien et qu’ils ne dissuaderaient pas un commando déterminé. Etat d’urgence, état de guerre, état de siège ?

  3. A propos du Relais Orléanais et malgré plusieurs relances aucun contact à ma connaissance n’a été malheureusement repris.
    Mde LECLERC n’a pas remis les pieds au RELAIS depuis plus d’un an;

  4. Le titre sur une “Nouvel Arena” n’est pas un poisson de Noël. Le Centre d’Analyse Critique du Sport (CACS) – et pas que lui sans aucun doute – le croyait tant l’idée est absurde. 100 millions d’euros pour une nouvelle salle réservée à une élite alors qu’une foule de petites salles ouvertes à tous restent délabrées. 100 millions à l’heure où l’on diminue les subventions à une foule d’associations et aux syndicats, 100 millions à l’heure on l’on repousse indéfiniment le “bac” piétons-vélos que des centaines de personnes utiliseraient quotidiennement, 100 millions d’euros à l’heure où la seule excuse pour expliquer une politique restrictive (et des choix non innocents) est d’évoquer sans cesse la baisse des dotations de l’Etat, c’est délirant. Les Orléanais ne doivent pas croire, sous le seul prétexte que le mot sport est prononcé, que le sujet est intouchable, indiscutable. Ne laissons pas revenir dans les dossiers prioritaires ce projet fou d’une grande salle Arena. Ce qui est dit sur le nouveau projet comme sur l’ancien “bêtement décriée” est d’une… bêtise absolue (pour rester poli !).

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