Jargeau: la France rend hommage, 70 ans après, aux tsiganes internés durant l’occupation

L’Etat français aura mis 70 ans pour rendre un premier hommage aux milliers de tziganes internés durant la seconde guerre mondiale. «On a beaucoup souffert là-dedans, on a eu faim et on a aussi beaucoup pleuré », se souvient Denise Henri, internée avec sa famille entre 7 et 12 ans.

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« Mais on n’en parlait pas beaucoup… Cet hommage, c’est bien », ajoute-t-elle avant d’aller déposer un œillet sur la plaque commémorative. Quand on lui demande ” qui gardait le camp de Jargeau (Loiret) elle répond, “des douaniers, certains étaient gentils mais d’autres, comme Gédéon, le chef, il nous donnait des coups de bottes…”. C’était mardi matin au collège de Jargeau où une plaque rappelant l’emplacement de ce camp d’internement seulement en 1991.

Le ministre au Cercil guidé par Hélène Mouchard-Zayy.

Le secretaire d’Etat guidé par Hélène Mouchard-Zayy.

Le secrétaire d’Etat Jean-Marc Todeschini, chargé des anciens combattants et de la mémoire, a pour la première fois rendu officiellement hommage au nom de la France aux milliers de Tsiganes internés en durant la deuxième guerre mondiale, mardi à l’occasion du 70e anniversaire de la fermeture du camp de Jargeau (Loiret).  « Le chef de l’Etat souhaitait que toutes les mémoires soient honorées, y compris les mémoires douloureuses. Des Tsiganes ont été internés ici, par les Français et ont connu la souffrance. Il était temps de leur rendre hommage », a déclaré le secrétaire d’Etat à l’issue de la cérémonie, qui s’est déroulée en présence de collégiens (cf infra) et d’anciens internés tsiganes.

Le secrétaire d'Etat devant la plaque aux tsiganes.

Le secrétaire d’Etat devant la plaque aux tsiganes.

La commémoration a eu lieu à l’emplacement de l’ancien camp, aujourd’hui occupé par un collège, et longtemps oublié dans la mémoire collective. Seule une plaque, inaugurée en décembre 1991, rappelle qu’entre 1941 et 1945, 1700 personnes y furent internées, dont 1200 Tsiganes.

Qu’avaient-ils fait pour mériter ça?

« Je veux lire à travers cette plaque l’histoire et les itinéraires individuels de tous les tsiganes internés dans les camps français, à Arc-et-Senan, à Fort-Barraux,  à Saliers, à Mérignac, à Rivesaltes, à Gurs, à Poitiers, à Montreuil-Bellay et partout ailleurs », a encore déclaré le secrétaire d’Etat, qui avait auparavant visité le musée du Centre d’études et de recherche sur les camps d’internement du Loiret à Orléans.

jargeau« Désormais vit au Struthof la mémoire des tsiganes morts dans les camps nazis comme vit ici, à Jargeau, la mémoire des nomades français internés sur le sol de France. »

« Qu’avaient donc fait nos grands-parents pour mériter ça », s’est de son côté exclamé Alain Daumas, président de l’union française des associations tsiganes. Jean Richard, arrêté avec sa famille à l’âge de douze ans raconte combien les nomades ont été victimes à l’époque  de préjugés et de racisme: “le fait que les nomades gênent suffit souvent exclusivement, à justifier leur internement”. 

Une cinquième des Tsiganes internés en France pendant la deuxième guerre mondiale sont passés par le camp de Jargeau, où ils ont vécu dans des conditions très dures jusqu’à sa fermeture, bien après la fin du conflit, le 31 décembre 1945.

Ch.B

 Djelem, Djelem,

Hymne des Tziganes chanté par les élèves du Collège de Jargeau

J’ai marché, marché sur les longues routes,
J’ai rencontré des tziganes heureux.
J’ai marché, marché au bout du monde,
Et la chance était avec eux.
Ô Rom, toi l’homme, toi l’enfant,
Ô Rom, d’où êtes-vous venus
Dans vos tentes, sur les chemins de fortune.
Où êtes-vous, maintenant ?
Où sont les hommes ? Où, les enfants ?

Comme vous, j’avais une grande famille
Comme vous, les hommes en noirs l’ont massacrée.

Venez avec moi, tous les Roms de la terre
Car les routes tsiganes nous sont ouvertes.
Voici l’heure. Debout, Roms !
Nous ferons ce que nous voudrons.
Ô Rom, toi l’homme, toi l’enfant,
Venez avec vos tentes, sur les chemins de la fortune.

Traduction: http://holocratie.over-blog.com/article-31206662.html

Grâce à un jeune historien et à la presse

Longtemps ce camp a été oublié par l’histoire. Comme Pithiviers et Beaune-la-Rolande sur lesquels des historiens avaient travaillé. Mais il fallu les révélations de la presse, cinquante ans après, pour que les camps de transit de Beaune-la-Rolande et Pithiviers dans le Loiret, gérés par l’administration française, préfecture et sous-préfecture, soient portés à la connaissance des Français. Même voile pudique jeté sur Jargeau jusqu’en 1988. A cette époque, un jeune historien, Pascal Vion fait son mémoire sur Jargeau et les Tsiganes, la presse régionale en publie des extraits et Jargeau refait surface. Le maire François Landré, courageux propose d’ériger une plaque dans le collège. Refus de son conseil municipal qui ne tient pas à ce qu’on ravive ces mauvais souvenirs. Pugnace, le maire obtiendra au final gain de cause.

Mais “rien n’est dit sur la participation de l’administration française” précise Hélène Mouchard Zay, la présidente du Cercil qui a sobrement mais efficacement raconté la tragédie de Jargeau. En 1995, Jacques Chirac avait enfin reconnu la responsabilité de l’Etat français dans la déportation des juifs. François Hollande dans son discours de Drancy en 2012 a lui aussi souligné la “responsabilité de Vichy”. 

Devant des représentants de la communauté tzigane très émus, pour la première fois un ministre de la République s’est incliné dans ses fonctions sur une plaque à la mémoire des tziganes internés. A Jargeau des prostituées furent aussi internées. La cérémonie au cœur du collège de Jargeau fut empreinte d’émotions au moment où les enfants chantèrent l’hymne tzigane puis la Marseillaise. Le maire de Jargeau, Jean-Marc Gibey avait opportunément dans son allocution rappelé l’importance de cette reconnaissance par l’Etat français à l’heure “où des formations politiques prônent le repli sur soi et la haine de l’autre”.

 

Commentaires

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  1. Ce n’étaient pas des tziganes, mais des Manouches, des Sintés. Il n’y avait pas de tziganes en France (Roms ou romanichels sont des termes plus corrects), et vu qu’aucune de ces populations nomades n’est d’origine égyptienne, le terme “tzigane” est totalement impropre.

  2. Mais , qui donc a construit ce camp , pour quel prix , avec quel bénéfice ? Qui fournissait la nourriture aux retenus , et mêmes questions ?
    Les gergoliens de 2016 peuvent – ils le demander à ceux de ” 40 ” , si il en reste , et si mémoire ils et elles ont ?

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