2016, une longue année de fiançailles avec Marianne

Pierre Allorant

Pierre Allorant

   
    
    
Par Pierre Allorant

 

 

Clio de 5 à 7

Clio en regorge d’exemples : à quoi tient une victoire (ou une défaite) électorale ? À bien peu de choses, et ce n’est pas le déroulement de la journée de dimanche 13 décembre qui viendra infirmer ce sentiment. Le double message des électeurs, en deux tours, trois mouvements, pourrait se résumer en « La valise ou le sursaut » : la colère du corps électoral est retenue, pour un dernier sursis, qui témoigne de la conscience de l’incapacité du Front National à apporter des solutions concrètes et à présenter des équipes aptes à gérer des collectivités régionales aux compétences renforcées. Mais le sursaut civique, impressionnant dans le regain de la participation, est tout sauf un blanc-seing pour la droite et davantage encore pour la gauche, qui a sauvé quelques régions, et surtout son honneur en appliquant un barrage républicain unilatéral. Score de tennis accroché, ce 5-7 (dont 3 régions écartées du Front national par les électeurs de gauche) rappellera, par le souvenir sonore, aux plus anciens le drame de la France pompidolien et, un incendie de dancing le « 5-7 » qui avait, par négligence des mesures de sécurité, fauché une jeunesse insouciante des Trente glorieuses.

tours attentat

Aujourd’hui, au risque de rapide amnésie de la classe politique, il faut rappeler après la vague terroriste qui a frappé au cœur une autre jeunesse, que les dirigeants nationaux et locaux n’ont plus droit à l’erreur, ils doivent enfin répondre par des mesures concrètes au manque d’espoir des adultes de demain, de préférence en arrêtant les formules à l’emporte-pièce, de la « race blanche » de l’un à la possible « guerre civile » de l’autre, en passant par la consternante épuration d’un politburo de pacotille, fort peu « républicain ». Tout à l’inverse de tels discours ou rodomontades de braillards de buvette, les Français espèrent très majoritairement une union sacrée contre le chômage, sans attendre les échéances électorales de 2017.

2016, année a-électorale ?

voteEn France, les années sans élection sont rares. 2016 en sera une, mais sans doute pour se faire pardonner cette cure d’austérité, elle précédera et préparera 2017, année cumularde : les présidentielles seront suivies des législatives et des sénatoriales, renouvellement intégral inédit des pouvoirs exécutif et législatif nationaux.

Rassurons-nous : cette séquence décisive sera fortement influencée par le déroulement de l’année 2016, singulièrement du scrutin informel organisé par Nicolas_Sarkozy_la droite et, peut-être, tout ou partie du centre, pour sélectionner son poulain au grand prix de l’Elysée. En effet, le retour de Nicolas Sarkozy à la tête de l’UMP, la transformation immédiate de ce parti et sa revendication, osée, de l’exclusivité de l’héritage républicain n’ont eu que cet objectif : façonner des primaires à sa convenance, tremplin imparable vers un Sarkozy II le retour, on l’espère moins coûteux pour le contribuable que le précédent « sarkothon », tant a été salée la note mutualisée de cette drôle de « campagne pour tous », mais moins garanti dans son succès grand public qu’un nouvel épisode de Star Wars. Or tout ou presque dépendra de la manière dont sera organisée cette consultation, non seulement son résultat, mais la suite et probablement l’issue de la campagne présidentielle.

Primaires, vous avez dit primaires ?

Alain Juppé

Alain Juppé

Au vu du paysage politique actuel, redessiné par les régionales, un seul vainqueur clair : le cartel des autonomistes et des nationalistes corses, et sauf à y voir un lien avec le seul déplacement autorisé par sa base à l’ancien président de la République entre les deux tours, comment se présentent les primaires ? En fils politique adultérin de Charles Pasqua, son mentor des Hauts-de-Seine, Nicolas Sarkozy le sait parfaitement : à la loyale, si le scrutin mobilise largement des millions de sympathisants de droite et du centre, et même des déçus du hollandisme, il a fort peu de chances de l’emporter face au « meilleur d’entre nous », nouveau chouchou des sondages, revenu de nul part, Alain Juppé, probablement aidé au second tour par François Fillon.

Laurent Wauquiez

Laurent Wauquiez

Frustrations et rancœurs se sont accumulées dans son camp, et on voit mal Nadine Morano, NKM et même Valérie Pécresse, au poids renforcé par le gain de l’Ile de France, être frappées d’un même mouvement pour retrouver leur enthousiasme juvénile de 2007 envers l’ancien joueur de flûte charmeur des électeurs du FN. Pire, la possible candidature, en plus du droitier Hervé Mariton, du baron prêt à tout, sorti du Puy, Laurent Wauquiez, serait un coup très rude pour Nicolas Sarkozy, étouffant dangereusement son espace politique à la droite de la droite, forte, décomplexée ou populaire.

Ne l’appelez plus jamais Come-back : star des années 80

SarkozyEn revanche, l’unique voie de salut pour lui consisterait tout à la fois à précipiter les échéances et à corseter le corps électoral des primaires. Impopulaire, rejeté par une majorité de l’électorat sur lequel ses vieux standards n’impriment plus, « Sarko » sait encore faire vibrer la ferveur de son fan club de militants, en des meetings dont le ressort et l’assistance ressemblent à la tournée « stars des années 80 » ; il peut même les persuader, contre tout et contre tous, que les procédures judiciaires qui font tomber un à un ses proches, y compris au sein du corps préfectoral, ne sont que force ni que rage de « juges rouges » partiaux, déterminés à empêcher son retour providentiel. Bref, convoquées à la hâte dès juin, tronquées et peu regardantes sur la qualité du contrôle des opérations, les primaires peuvent encore accoucher d’une souris peu démocratique. Mais qu’adviendrait-il d’une victoire obtenue dans de telles conditions ? Plusieurs concurrents ont déjà menacé de ne pas tenir compte d’une éventuelle parodie de consultation, et de se réserver le droit de se présenter alors directement au suffrage des Français. marine le penAssurément, au minimum, François Bayrou, toujours populaire et courtisé en dépit du ressentiment des militants de droite, se sentirait pousser des ailes. Une telle configuration rendrait improbable la qualification au second tour d’un camp aussi divisé, alors que la candidate frontiste dispose d’une voie dégagée et que même le président sortant n’a plus guère de rival crédible à gauche, avec des Verts éclatés et un Front de gauche en plein divorce. François Hollande a cependant un boulet au pied : sa promesse de lier sa candidature à une décrue marquée du chômage, piège qui pourrait se refermer sur lui, comme tout excès d’habileté manœuvrière. Cette condition pourrait entraver sa manœuvre stratégique : diriger, selon le modèle Mitterrand 1988, la « France unie ».

Grands cimetières sous la lune

Année sans élection, 2016 nous donnera bien des clés pour 2017, et surtout sur l’essentiel, on peut l’espérer : des perspectives qui ne se réduisent pas à terrasser le mal absolu du terrorisme, ce nihilisme de notre temps, mais qui prennent la peine de tracer enfin les chemins de l’avenir, des raisons de faire société, des motifs de fierté d’une nation à part, qui manquerait au monde si elle n’existait pas. Par deux fois, 2015 nous a servi le plat amer des Grands cimetières sous la lune et nous avons eu, par deux fois, en janvier puis en novembre, le sentiment d’être Sous le soleil de Satan, exactement. Puisse 2016 apporter des éléments de réponse à un titre, celui-là méconnu, de Bernanos :

La liberté, pour quoi faire ?

Pierre Allorant.

Commentaires

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  1. Tour d’horizon plus que pertinent par Pierre ALLORANT. Merci. Nous savons ce qui nous attend. A chaque citoyen, comme esquissé au second tour des régionales le 13 décembre, de se ré-emparer de la politique, qui n’est pas une chose sale, mais un bien commun, que nous devons faire vivre ensemble, au service de notre pays et de ses concitoyens/concitoyennes. Et à nos politiques d’être à la hauteur de la situation.

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