« Dansez, embrassez qui vous voudrez… » au Louvre jusqu’au 29 février

« Dansez, embrassez qui vous voudrez… »: Fêtes et plaisirs d’amour au siècle de Madame de Pompadour. Décors champêtres, jeunes gens élégants et loisirs raffinés : l’exposition de l’hiver 2015-2016 au Louvre Lens célèbre, jusqu’au 29 février, le thème de la Fête galante et de la Pastorale.

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Popularisés par Antoine Watteau puis François Boucher dans la première moitié du 18e siècle, ces sujets connurent un immense succès jusqu’à la Révolution. D’abord adoptés par les peintres, ils se propagèrent rapidement à d’autres disciplines – notamment les Arts décoratifs – et se diffusèrent à travers toute l’Europe.

< Manufacture de tapisserie de Beauvais, d’après Jean-Baptiste Huët, L’Escarpolette, vers 1782-1790, laine et soie, Paris, musée du Louvre

Manufacture de tapisserie de Beauvais, d’après Jean-Baptiste Huët, L’Escarpolette, vers 1782-1790

Grâce aux prêts exceptionnels du musée du Louvre et d’une vingtaine d’institutions prestigieuses, l’exposition réunit 220 œuvres. Dans une scénographie bucolique, elle mêle peintures, arts graphiques, mobilier, céramiques, tapisseries ou encore costumes de scène. Depuis les sources jusqu’aux derniers développements, elle retrace la fortune d’un art délicat et séduisant, qui enchanta l’Europe du Siècle des Lumières. Un hommage au goût français et au bonheur de vivre !

L’exposition s’articule en sept salles thématiques, dont la scénographie tente de restituer le goût de l’époque pour les beaux paysages, notamment par des jeux de lumières colorées et des effets de feuillage au sol. La salle d’introduction est conçue comme une bulle évoquant une clairière, animée de silhouettes en ombres chinoises, vêtues à la mode du 18e siècle. Les visiteurs y sont accueillis sur l’air de la célèbre ronde Nous n’irons plus au bois, reprise par la Pompadour en 1753 et interprétée ici par le public du Louvre-Lens pendant les Journées européennes du patrimoine 2015.

Le 28 août 1717, Antoine Watteau (1684-1721) était reçu membre de l’Académie royale de peinture et de sculpture en présentant une grande toile décrivant Le Pèlerinage à l’Isle de Cythère (Paris, musée du Louvre). Le sujet de l’œuvre avait été laissé à son libre choix. Depuis plusieurs années, le maître avait manifesté un vif intérêt pour le thème du pèlerinage et de l’île d’amour, support à une rêverie galante. Il donnait à cette occasion ses lettres de noblesse à un sujet qui suscitait déjà un vif engouement et que les académiciens désignèrent alors sous le titre de « feste galante ». Pour la première fois, le genre recevait une reconnaissance officielle.

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Dans le sillage de Watteau, le thème de la Fête galante fut adopté par son élève Jean-Baptiste Pater ainsi que par ses suiveurs Nicolas Lancret, Bonaventure de Bar ou Pierre-Antoine Quillard. Répondant à une soif de liberté et à un assouplissement des mœurs pendant la Régence de Philippe d’Orléans (1715-1723), influencé également par le répertoire contemporain du théâtre et de l’opéra, ce thème clamait la joie de vivre, les délices de l’amour, l’alchimie des sentiments et le besoin de paraître. D’autres maîtres en proposèrent à leur tour des variations, pastorales chez Fran- çois Boucher, mélancoliques chez Jean-Honoré Fragonard ou délicatement sentimentales chez Louis-Joseph Watteau de Lille.

La Fête galante et la Pastorale fournirent aussi un exceptionnel répertoire de sujets à la manufacture de Sèvres. Hors des frontières, dans une Europe parlant français, nombreux furent les artistes à s’emparer du thème, l’estampe et la circulation des œuvres favorisant amplement sa diffusion. Les manufactures allemandes de porcelaine, en particulier celle de Meissen, multiplièrent les figurines d’amoureux vêtus à la moderne, de galants de théâtre ou de bergers transis pour de jolies bergères. Les peintres, tels Christian Wilhelm Ernst Dietrich, Cornelis Troost ou Norbert Grund, n’hésitèrent pas à plagier ces sujets à la mode. Le sculpteur Ferdinand Tietz orna de ces mêmes figures les jardins aristocratiques et princiers d’Allemagne.

Antoine Watteau n’était plus là pour mesurer combien son art avait conquis ses contemporains. L’Europe avait su lui rendre hommage. À l’exemple de Madame de Pompadour, elle fredonnait un air commun à tous les peuples : « Dansez, embrassez qui vous voudrez… »

 

Commissaire de l’exposition : Xavier Salmon Directeur du département des Arts graphiques du musée du Louvre.

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