Déchéance de la nationalité: la base et les parlementaires PS divisés

Elle est déjà loin la belle unanimité de la campagne régionale du second tour.

Elle est déjà loin la belle unanimité de la campagne régionale du second tour.

Y aurait-il une cassure entre la base du Parti socialiste et ses grands élus? A première vue dans “les fédérations, c’est partagé” lance Alain Dayan, secrétaire régional PS du Centre-Val de Loire et il rectifie aussitôt, “dans les 94% des Français favorable à la mesure, il y a aussi beaucoup de socialistes mais ils ne font pas le bruit que font les contre”.

Alain Dayan

Alain Dayan

Pour le socialiste tourangeau “il ne faut pas opposer valeurs et lutte contre le terrorisme, ni rentrer dans un débat faussé sur français “de souche” et les autres… puisque les français avec une seule nationalité ne sont pas tous, loin de la, “de souche”. On ne stigmatise pas les binationaux en appliquant les traités internationaux ! Mon fils binational canadien français ne se sent pas stigmatisé. Alors arrêtons ce débat qui creuse les fossés entre français, entre socialistes, entre humanistes… j’estime qu’en tant que républicains, de gauche, il est urgent de réaffirmer l’incompatibilité des valeurs de la nation française avec un terrorisme qui a pour ennemi l’égalité , la liberté et la fraternité !”. 

Du  côté des “contre” ce projet de loi qui avait été annoncé par François Hollande dans tous ses volets il y a un mois et qui n’avait alors donné lieu à aucun cri d’orfraie, on trouve les parlementaires socialistes habituellement classés “frondeurs” comme Laurent Baumel, le maire de Bilan-Miré, Yanne Gallut (Cher) et le fraîchement élu vice-président de la région Centre-Val de Loire, Jean-

Jean-Patrick Gille

Jean-Patrick Gille

Patrick Gille, qui estime qu'”à l’inverse d’une République fraternelle, cette initiative crée une inégalité entre Français. Or les binationaux ne sont pas moins français que les autres. Face au terrorisme, la seule réponse réside non pas dans une société fracturée, divisée suspicieuse mais dans la mobilisation d’une France unie, rassemblée et solidaire.”. Jean-Patrick Gille qui annonce qu’il ne votera pas cette réforme. “Face au terrorisme, la seule réponse réside non pas dans une société fracturée, divisée suspicieuse mais dans la mobilisation d’une France unie, rassemblée et solidaire.”.

De grandes déchirures à gauche

Valérie Corre

Valérie Corre

Plus surprenante, la position hostile au projet de révision constitutionnelle des deux parlementaires socialistes du Loiret Valérie Corre et Jean-Pierre Sueur d’ordinaire hollandistes dans la ligne du gouvernement. Et comme le dit le sénateur du Loiret dans la presse locale, “cette situation crée de grandes déchirures à gauche alors que nous avons besoin d’union et je ne m’y résous pas”. 

Et pendant ces chantiers internes aux socialistes, la situation s’envenime en Corse. C’est pourtant là qu’est l’urgence à la parole républicaine face à une montée effrayante du racisme et de la xénophobie. Mais dès lors qu’on laisse des “bi-nationaux”, mi-Corse mi-Français prononcer leurs discours officiels en patois local pimentés de propos indépendantistes sans risquer eux la déchéance de la nationalité, comment s’étonner de la montée de l’intolérance sur l’île dite de “beauté”? 

Le courage consisterait aussi pour les Socialistes à débattre des urgences et à agir sinon la gangrène raciste va gagner le continent. Faute de quoi, au final, une fois les communauté montées les unes contre les autres, c’est le projet de Daech qui va s’accomplir.

Ch.B

rabier guillemets-anglais-ouvrantLa déchéance de nationalité, tout un symbole

La France et la gauche en particulier défendent l’idée que les citoyens sont tous égaux devant la loi. Cet héritage de la Révolution Française a déjà connu des entorses, certes. Mais est-ce une raison pour y contribuer ?
Rappelons que la gauche a réduit la portée de la déchéance de nationalité en 1998 afin de respecter l’article 15 de la déclaration des droits de l’homme qui exclut la possibilité de créer des apatrides.
Christiane Taubira faisait il y a quelques jours une déclaration sur une radio algérienne où elle confirmait être opposée à la déchéance de nationalité et en réaffirmant le droit du sol. Tout un symbole quand nous savons qu’en Algérie, la France a été honteusement capable d’instaurer une citoyenneté à 2 vitesses lors de la colonisation. Le statut juridique des « indigènes d’Algérie » serait il remis au goût du jour ? A coup sûr, les 1,5 millions de binationaux français ne doivent pas bien vivre l’annonce les touchant, même si de toute évidence 99,9999% d’entre eux ne sont pas des terroristes en puissance.

La procédure actuelle de déchéance de l’article 25 du code civil, est héritée du décret de l’abolition de l’esclavage en 1848. Il nous faut rappeler que cette mesure exceptionnelle a régulièrement été élargie en période de conflits notamment sous le régime de Vichy où il y eu 18000 dénaturalisations. Ne faudrait il pas s’en inquiéter d’autant plus que le FN est aux portes du pouvoir ?
Le FN qui a toujours souhaité la préférence nationale et la différenciation des citoyens entre ceux dits « de souche » et ceux qui sont étrangers, se frotte les mains et appelle déjà à appliquer la déchéance nationale beaucoup plus largement, notamment pour les crimes graves…
Est-ce une manière à moindre frais de déradicaliser ? Absurde. La France pourrait-elle envoyer des terroristes dans d’autres pays, sans que ceux-là ne fassent de même ? Accepterions-nous alors d’accueillir des terroristes venant du monde entier, du seul fait qu’ils sont également français ? Nous le voyons bien, cela n’est ni viable, ni juste, ni efficace, et de plus dégraderait l’image de la France dans le monde.
Les grandes valeurs de gauche ne sont pas à solder sur l’autel de la triangulation et des sondages !
Une mesure qui peut n’être que symbolique mais qui touche justement aux symboles républicains, n’est pas une bonne mesure.
Philippe Rabier.

 

 

Commentaires

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  1. N’inverse-t-on pas la manière dont le sujet devrait être abordé? Ce n’est pas à la République et à ses représentants(pas plus au peuple s’il était fait appel au référendum) de décider par un texte de la déchéance de nationalité.
    Lorsqu’un héritier potentiel tue son “auteur”, il est déchu de la succession. C’est le terroriste qui s’exclut lui même de la nationalité du pays qu’il renie par son agression; le reste n’est que verbiage et source de division.

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