La Ronde des cadeaux

Gérard Hocmard

Gérard Hocmard

 
Par Gérard Hocmard

Nous avons tous connu ça, comme cadeaux de Noël ou comme étrennes : le roman historique, don de l’oncle Adrien que l’on n’ouvrira jamais parce que l’on n’aime que la science-fiction, le pull aux couleurs improbables tricoté aux aiguilles par Mamie, la cravate aux motifs à vomir offerte par la tante Mathilde ou l’ouvre-enveloppes à pile dont on sait d’avance qu’il va aller droit au placard.

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Nous avons tous, bien sûr, abondamment remercié, mais le livre est sans doute encore quelque part non ouvert dans la bibliothèque, le pull et la cravate sont longtemps restés au fond d’une penderie avant d’être jetés, un jour de tri avant déménagement, et le gadget s’est heureusement démantibulé en tombant de son étagère.

Très évidemment, nous aurions tous préféré, enfants ou ados, qu’oncles et tantes, marraines et grands-parents nous donnent de l’argent afin de pouvoir le dépenser à quelque chose qui nous ferait vraiment plaisir. À moins que nos envies n’aient été plus ou moins subtilement sondées, nous préférerions souvent aujourd’hui des chèques-cadeaux, ou des séjours et autres stages gourmands pré-payés, à certains présents plus ou moins bien venus trouvés sous le sapin. Mais je reste stupéfait devant cette frénésie de revente dont nous entretiennent ces jours-ci les journaux et que confirment les reportages télévisés auprès de boutiques ou de sites spécialisés.

Le prix symbolique dépasse a priori la valeur marchande

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Parce qu’enfin, au-delà du rituel qui fait que l’on se sent obligé, en ces périodes de fêtes, d’offrir quelque chose à ceux que l’on aime (ou pas vraiment, d’ailleurs) et obligé aussi de s’extasier par exemple sur le cardigan à motifs lapons que belle-maman a été heureuse de vous offrir, un cadeau est quand même d’abord et avant tout un geste, dont le prix symbolique dépasse a priori la valeur marchande. Il n’est certes pas toujours facile d’en choisir un et chacun fait selon ses moyens et son imagination. Mais Mamie tricotait avec amour, la tante Mathilde avait repéré que vous portiez une cravate l’an dernier au jour de l’an, et l’oncle Adrien souhaitait inconsciemment vous faire partager ses goûts en matière de livres.

Au moment de la Fête des Mères, on peut comprendre que certaines aient des sentiments mitigés, voire des envies refoulées de meurtre, devant les gadgets destinés à alléger « leurs » tâches ménagères offerts sur les conseils (et avec participation) de papa. Mais, même si leur valeur marchande était assurée, quel parent irait revendre le collier de nouilles peint à la main ou le porte-crayons confectionné à partir d’une boîte de conserve ?

Ces cadeaux, de Noël ou autre, restent le signe d’un souhait de créer ou de manifester un lien affectif et les revendre me paraît quelque part comme une insulte faite derrière son dos à celui qui les a faits. Qu’ils n’aient de valeur autre que marchande aux yeux de celui qui les reçoit et que celui-ci s’empresse de les remettre en circuit a quelque chose de triste quant à la considération accordée aux liens familiaux ou sociaux. Sentiment, quand tu nous tiens !

 

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