Wroclaw capitale 2016 de la culture, dans une Pologne au pouvoir europhobe

Ca tombe mal: la Pologne vient d’élire un gouvernement ouvertement europhobe. Le drapeau étoilé de l’UE a été retiré de la salle de conférence de presse du gouvernement et Jaroslaw Kacynski qui tire les ficelles du gouvernement avec son parti ultra-conservateur “Droit et justice”, ouvre des fronts de tous les côtés. Y compris (en paroles) contre l’Allemagne. Ainsi plusieurs milliers de manifestants sont descendus dans la rue pour dénoncer l’eurosepticisme du nouveau pouvoir et ses dérives autoritaires.

Place du marche - Tomasz Wozny

Place du marche – Tomasz Wozny

Métissage historique et culturel

C’est dans ce climat qu’une des plus belles cités de Pologne, Wroclaw (à prononcer “grosse soif”!), capitale de la Basse Silésie, endosse le titre en 2016 de capitale européenne de la culture (comme San Sébastian en Espagne). “L’année 2016 constitue une occasion unique d’ancrer la position de la culture polonaise parmi les cultures des autres peuples d’Europe” lançait lyrique un responsable de l’organisation de Wroclaw en juin dernier (avant les élections…). A moins que le métissage historique et culturel de Wroclaw, qui fut même capitale de Prusse (Breslau), écartelée entre Tchèques, Hongrois, Allemands, Autrichiens, sans parler des Russes du temps du bloc soviétique.

La “Venise du nord”

Avec son nom imprononçable pour des Français, Wroclaw au sud-ouest de la Pologne, proche de la République thèque et de la Pologne, écartelé par les traités de Potsdam et de Yalta, s’appela succéssivement Wratislawia puis Presslaw sous les Hasbourg. Transformée en dernière forteresse par les allemands en 1944 devant l’avancée implacable de l’armée rouge, Wroclaw ville martyre qui ne capitulera que le 6 mai 1945 après Berlin, subira ensuite un inimaginable transfert de population. C’était en 1948: la population d’origine allemande de la ville passa de 230 000 à 2 000 et les Polonais de 30 000 à 300 000 qui vinrent peupler Wroclaw depuis lla ville voisine de Lvov, en Ukraine, ainsi “purifiée”.

Reconstruite de A à Z

Installée sur l’Oder, le fameux fleuve frontière, dotée ici de 130 ponts ce qui n’est pas rien, Wroclaw, 635 000 habitants dont 150 000 étudiants,  a été baptisée un peu facilement “la Venise du nord”.

Détruite au trois-quarts en 1945, elle n’a eu de cesse depuis de se reconstruire, comme Varsovie. Le cœur de la vieille ville s’organise autour de la cathédrale Saint-Jean-Baptiste dont les deux dernières flèches ne datent que de 1990 et du Rinek, la place du marché qui date du XIII ème avec son magnifique hôtel de ville gothique et renaissance, lui aussi reconstruit autour desquels fourmillent les restaurants, pubs et autres clubs qui font le bonheur des Européens en goguette.

Les musées qui retracent l’histoire fournie et tourmentée de Wroclaw sont incontournables: le musée historique qui raconte scrupuleusement l’histoire de la ville et le musée national où sont conservés quelques uns des plus beaux chefs d’œuvre polonais, piéta, autels, tableaux de l’école de Prague. Au tout dernier étage, ne pas rater des artistes vedettes de l’art contemporain polonais comme Hasior, ou Kantor.

Une fresque circulaire en hommage à Kosiuszko

L’un des musées les plus prisés des Polonais et à juste titre car c’est une petite merveille, le panorama de Raclawice raconte la bataille gagnée par un certain Tadeusz Kociuszko, un remake du David contre Goliath. Dans une longue fresque circulaire (1800 m2), à la mode au XIX ème qui détaille les épisodes, les légions de paysans armés de faux et de quelques bataillons mettent la raclée à la grande armée russe à Raclawice (en 1794), près de Cracovie. Tout un symbole que ce tableau réalisé pour le centenaire de la bataille qui resta dans l’ombre jusqu’en 1985, on comprend pourquoi, et qui est devenu l’un des monuments les plus visités de Wroclaw. Ce panorama hyperréaliste se tient dans une sorte d’improbable bunker.

Halle du Centenaire

Halle du Centenaire

Autre réalisation en béton, mais gigantesque celle-là, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, la Halle du Centenaire est un palais des congrès construit en 1913 par l’architecte allemand Max Berg. Pour l’époque c’est une performance technique hors du commun que cette cathédrale du “modernisme” et ses 42 000 tonnes de béton armés qui peut contenir 10 000 personnes. La Halle a abrité sous son dôme de 23 mètres des manifestations et spectacles les plus divers, d’Hitler en 1936 à Jean-Paul II en 1997 en passant par le congrès des intellectuels pour la paix en 1948, des concerts rock, des opéras et des championnats du monde de volley-ball, de basket et de hand.

Les anars d’Alternative orange

Mais Wroclaw est riche culturellement de sa double identité historique allemande et polonaise. De nombreux mouvements artistiques notamment littéraires avec en particulier les anarchistes d’ “Alternative orange” qui ridiculisaient la classe politique avec force surréalisme dans les années 1980, avec force lutins dessinés sur les murs, sont nés à Wroclaw.

Parions que les artistes locaux et étrangers ne seront pas les derniers à envoyer au cours de cette année 2016 capitale pour Wroclaw, des messages aux couleurs de l’Europe fraternelle, en direction du  nouveau pouvoir polonais.

Christian Bidault

Les prix du cinéma européen au Nowe Horyzonty

New Horizons Festival fot.Miłosz Poloch

New Horizons Festival fot.Miłosz Poloch

Les autorités de Wroclaw et de Pologne à l’époque de la préparation ont voulu faire de cette année européenne 2016 de la culture, un foisonnement dans toute la ville. “Nous voulons faire participer le plus grand nombre d’habitants” expliquait le maire Rafał Dutkiewicz –maire de Wrocław en juin dernier.

Et dans toutes les disciplines. Le programme a été lancé en juin devant la presse au stade municipal par un spectacle multimédia éblouisssant avec Andréa Bocelli. Une centaine d”artistes viendront de toute l’Europe, 180 expositions sont prévues,  et 150 000 personnes devraient participer de près ou de loin à ce qui devrait être un festival permanent. Wroclaw devrait entre autres, accueillir la journée mondiale du jazz.

New Horizons Cinema fot. ECoC

New Horizons Cinema fot. ECoC

A Wroclaw, tout le monde connait le cinéma Nowe Horyzonty. Associatif, atypique et convivial, il fait le pont entre plusieurs générations de cinéastes du monde entier. Son désormais célèbre «T-Mobile Festival» est inscrit au programme de Wroclaw 2016 et se déroulera du 24 juillet au 3 août. “Le cinéma devra aller jusque dans les arrières cours des immeubles” promettent les responsables du volet cinéma.

Le Kino Nowe Horyzonty, le célèbre cinéma de Wroclaw, accueillera cette année la remise des Prix du Cinéma européen. La cérémonie aura lieu le 3 décembre 2016. On y fêtera également les 25 ans d’existence de l’Académie Européenne du Cinéma qui promeut le cinéma européen. La remise des prix est organisée toutes les années impaires à Berlin, où est situé le siège de l’Académie. En années paires, la cérémonie est organisée dans des différentes grandes villes européennes. C’est donc la ville de Wroclaw, Capitale européenne de la culture 2016 qui a été choisie.

 

Commentaires

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  1. Est – ce , par ailleurs , le retour des amis de feu le maréchal PILSUDSKI ? Celui – ci est honoré par de nombreux polonais au château du WAVEL à CRACOVIE . Faîtes qq recherches sur ce personnage et vous aurez une vision particulière sur la POLOGNE des années 30 …

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